Corrigé bac pro agricole 2018 : français, Le Soleil des Scorta
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Proposition de corrigé — non officielle. Épreuve E1, remplacement 2018, Nouvelle-Calédonie et Wallis. Les trois questions de lecture et la lettre demandée sont traitées.
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Lecture du texte de Laurent Gaudé
1. La richesse des plats servis — 4 points
L’auteur fait éprouver au lecteur l’abondance du repas par plusieurs procédés. D’abord, les énumérations multiplient les aliments : moules, anchois, poulpes, tomates, aubergines, puis différentes sortes de poissons. La succession des plats donne l’impression que le service ne peut pas s’arrêter. Elle montre aussi leur diversité : les invités peuvent goûter à tout, sans se limiter à un seul mets.
Les indications de quantité et de taille renforcent cette profusion. Une dizaine d’entrées, deux saladiers, cinq bouteilles et cinq grands plats dépassent le repas ordinaire de cette famille modeste. Les adjectifs qui grossissent les portions font de la table un spectacle. La progression du récit ajoute à cette impression : alors que les convives se croient déjà rassasiés, une nouvelle série de poissons arrive. La richesse se construit donc aussi par la surprise et la répétition du service.
La description sollicite enfin les sens. La texture des anchois, la fumée des saladiers, la couleur des crevettes et la cuisson au feu de bois rendent les aliments concrets et appétissants. Les comparaisons, notamment celle des moules avec un pouce, donnent une mesure familière au lecteur ; celle du vin avec le sang du Christ associe sa couleur à une image forte. Quant à l’hyperbole de l’appétit qui semble pouvoir durer plusieurs jours, elle traduit l’enthousiasme des invités plutôt qu’une durée réelle. Ces procédés font sentir à la fois la variété, la quantité et le plaisir du banquet.
2. Le repas comme partage — 2 points
Dans le passage indiqué, la répétition du pronom collectif « On » rassemble les convives. Le récit passe des actions d’une personne à celles de l’ensemble du groupe. Les courtes phrases parallèles consacrées à la discussion et au rire donnent une même place à ces plaisirs communs. Leur rythme rend perceptible la simplicité heureuse de l’échange.
L’imparfait, qui domine ce moment, installe une scène durable, faite d’actions simultanées. Les échanges ne sont pas réduits à une parole isolée. Enfin, le couple « Chacun » et « son voisin » montre une attention réciproque : les invités surveillent l’assiette de l’autre. Partager ne consiste donc pas seulement à être assis ensemble, mais à parler, rire et veiller à ce que personne ne manque de nourriture.
3. Un moment exceptionnel — 3 points
Ce repas se distingue d’abord par la réunion du clan : une quinzaine de personnes constate que la famille a grandi. Raffaele accomplit un rêve en accueillant tous ceux qu’il aime. Son agitation pour servir chacun révèle que ce moment compte autant pour l’hôte que pour les invités.
Le caractère exceptionnel est aussi exprimé par le narrateur : c’est la première fois que les Scorta mangent de cette façon, et le souvenir restera durable. L’abondance contraste avec la modestie de leur condition. L’enthousiasme collectif à l’arrivée des pâtes et le trouble heureux de la cuisinière rendent visible leur reconnaissance.
Même rassasiés, les convives continuent pour honorer ceux qui ont préparé le banquet et célébrer la vie. Le plaisir dépasse donc la satisfaction de la faim : il devient une fête familiale. La fin du passage associe cependant cette joie à la crainte du manque futur. Manger avec excès permet de saisir un bonheur rare tant qu’il est présent. Cette fragilité donne au repas sa valeur : les invités savent qu’une telle profusion n’appartient pas à leur quotidien.
Écriture : une lettre à la classe — 11 points
La lettre suivante constitue une proposition de rédaction, sans signature, conformément au sujet.
Chères camarades, chers camarades,
Pour la fête du lycée, je vous propose que notre classe organise un repas auquel chacun puisse participer. Après les cours, les devoirs et les examens que nous avons partagés, ce serait une belle occasion de nous retrouver autour d’une table, de parler autrement que pendant une pause et de terminer l’année avec un souvenir commun.
Pourquoi laisser quelques personnes préparer seules un moment qui nous concerne tous ? Nous avons des talents différents : certains aiment cuisiner, d’autres savent accueillir, décorer ou organiser. Même sans être un grand chef, on peut apporter une idée, dresser une table ou aider à ranger. Une heure donnée par plusieurs personnes représente déjà une aide précieuse. Ce repas peut donc réussir sans reposer sur les épaules d’un petit groupe.
Je sais que le coût est une préoccupation. Justement, préparons un menu simple et fixons ensemble un budget raisonnable avant tout achat. Nous pourrions répartir les tâches et choisir des produits de saison, en évitant les quantités inutiles. Personne ne devrait se sentir obligé de dépenser au-delà de ses moyens. La participation pourrait prendre plusieurs formes, et nous demanderions l’accord du lycée sur l’organisation et les solutions possibles.
Ce serait aussi l’occasion de découvrir les goûts de chacun. Une recette familiale, un plat que l’on aime préparer ou une idée venue d’ailleurs peut ouvrir une conversation. Imaginons une table où personne ne reste à l’écart, où ceux qui parlent peu en classe trouvent leur place, où un plat devient le début d’une histoire. Le plaisir d’un repas tient autant aux personnes présentes qu’à ce que l’on mange.
Nous devrons naturellement tenir compte des allergies, des habitudes alimentaires et des règles d’hygiène. Ce n’est pas un obstacle insurmontable : décidons d’un menu clair, indiquons les ingrédients et prévoyons des choix adaptés. Nous veillerons également à limiter les déchets et à laisser les lieux propres. Une fête réussie ne se termine pas par une salle que quelqu’un d’autre doit remettre en ordre.
Je vous invite donc à consacrer un court moment à ce projet lors de notre prochaine réunion de classe. Nous pourrons décider si l’idée nous plaît, former des petits groupes et choisir un repas que nous sommes capables de préparer. Rien n’est encore imposé : vos propositions comptent.
Ne laissons pas cette fin d’année se réduire à une dernière sonnerie. Faisons-en un moment que nous aurons construit ensemble. Le repas sera peut-être simple, mais le souvenir peut être grand. J’espère que vous serez nombreux à participer.