Bac pro agricole 2020 : français : corrigé
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat professionnel agricole, E1 français, toutes options, session 2020, Métropole, Réunion et Mayotte, code 2020-PRO10-NOR-ME-RE-MA. Toutes les questions de lecture et l’écriture sont traitées.
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Lecture — Apollinaire, lettre-poème à Lou
Question 1. Une lettre écrite au front
Apollinaire écrit à Lou, sa bien-aimée, le 18 avril 1915, depuis le front, pendant la Première Guerre mondiale. Le paratexte explique leur rencontre et la correspondance qu’il lui adresse. Le texte possède plusieurs marques épistolaires : une date, une adresse affectueuse, l’emploi de la première personne face à un destinataire tutoyé, des formules d’adieu et une signature. L’envoi d’une fleur et les références aux portraits de Lou matérialisent cette relation à distance. La disposition en vers ne supprime donc pas la forme de la lettre intime.
Question 2. Guerre atténuée et beauté de la vie
a. La guerre apparaît à travers les avions et les obus, mais le poète ne décrit pas les blessures ni les morts. Il présente d’abord l’ennui des soldats et leurs jeux dominicaux. La métaphore musicale appliquée au bruit des projectiles transforme un phénomène terrifiant en chanson triste. La comparaison cosmique des obus avec de petits mondes donne une image poétique au mouvement meurtrier. Cette atténuation ne signifie pas que la guerre soit joyeuse : la tristesse et l’incertitude du retour restent présentes.
b. La fleur du printemps, la beauté de Lou et la contemplation de ses portraits maintiennent un lien avec la vie. L’évocation de Paris multiplie les lieux, lumières et silhouettes qu’il souhaite revoir. Ces images quotidiennes deviennent précieuses parce que le soldat en est séparé. Les végétaux associés aux couronnes relient l’amour, la poésie et le combat, mais le poème revient finalement à une tendresse familière. Face au front, le désir de revoir la ville et la femme aimée fait exister un avenir.
Question 3. Expression de l’amour
L’apostrophe à Lou rapproche le destinataire absent. Les possessifs et termes affectueux expriment l’intimité, tandis que la répétition de son attachement exclusif montre le désir de garder pour lui le portrait aimé. Les anaphores interrogatives sur le retour donnent à l’attente un rythme insistant et révèlent l’inquiétude. Le vocabulaire de l’adoration magnifie Lou ; à la fin, les diminutifs et le langage familier rendent l’amour plus tendre que solennel. Le mélange de ces registres montre à la fois la ferveur, la vulnérabilité et la proximité du poète avec sa correspondante.
Écriture — Proposition de discours
Chers camarades,
Notre établissement ouvre un concours de poésie et de chanson. Je vous invite à y participer, y compris si vous pensez ne pas être poètes. Faut-il attendre de posséder des mots extraordinaires pour parler de ce qui nous touche ? Apollinaire nous montre qu’une fleur, une lumière ou un portrait peuvent devenir le point de départ d’un poème.
La poésie permet de regarder autrement ce que nous croyons connaître. Une rue que nous traversons chaque jour, une voix que nous reconnaissons immédiatement, le silence après un départ : ces détails peuvent contenir tout un monde. Écrire, c’est leur donner le temps et l’attention qu’ils méritent.
Elle permet aussi d’exprimer des sentiments difficiles à dire directement. Nous savons tous combien une déclaration, un souvenir ou une inquiétude peuvent rester enfermés en nous. Un rythme, une image, une chanson nous offrent une autre voie. Il ne s’agit pas de copier la voix d’un auteur célèbre, mais de chercher une forme qui corresponde à la nôtre.
Participer à ce concours, c’est enfin partager. Chacun pourra découvrir ce que les autres voient, aiment ou redoutent. Nos textes ne seront pas identiques, et c’est précisément leur intérêt. Une chanson peut toucher par son refrain ; un poème, par quelques mots sobres ; un autre, par une histoire ou une image inattendue.
Ne renonçons pas avant d’avoir essayé. Nous pouvons commencer par un détail, écrire une première version, la lire à voix haute, reprendre une phrase qui sonne faux. La beauté d’un texte ne dépend pas seulement du talent que l’on s’attribue : elle naît aussi du travail et de l’attention.
Alors apportons nos souvenirs, nos colères, notre joie et nos espoirs. Faisons de cette semaine un moment où chacun peut offrir quelque chose de sa sensibilité. Nous avons tous une expérience du monde ; donnons-lui des mots, et peut-être une musique.