Corrigé bac pro agricole français 2021 : Suite française
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Proposition de corrigé — non officielle. Bac professionnel agricole, E1 français, remplacement 2021, Métropole-Réunion-Mayotte (2021-PRO10-RPL-ME-RE-MA).
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Lecture — L’incipit de Suite française
1. Les informations qui ouvrent le roman
L’action se situe à Paris, pendant la nuit du 3 au 4 juin 1940 : la note et le paratexte précisent la date, tandis que la Seine, les rues et les monuments situent la ville. L’alerte aérienne place immédiatement les habitants dans la guerre et dans la menace d’un bombardement.
L’incipit ne présente pas un héros unique. Il donne une vision collective des Parisiens : malades, mères, amoureux, dormeurs et enfants. Le passage de la nuit au lever du jour organise la scène, jusqu’au signal de fin d’alerte. Le lecteur découvre ainsi un lieu, un moment historique, une situation dangereuse et plusieurs réactions humaines.
2. La menace et les réactions
La menace est celle des bombardements, dans le contexte de l’avancée de l’armée allemande. Les bombes sont déjà tombées la veille et les tirs se rapprochent. La lumière de la Seine pourrait guider les avions : cette idée est rapportée comme une inquiétude de certains habitants, non comme une certitude du narrateur.
Les réactions sont contrastées. Des personnes somnolentes minimisent le danger et restent au lit ; d’autres prennent les précautions nécessaires, ferment les fenêtres ou habillent les enfants. Les mères tentent de rassurer. L’incompréhension domine aussi devant les mauvaises nouvelles : le calme apparent n’exclut ni la peur ni le désarroi.
Le texte juxtapose enfin la guerre et les événements ordinaires de l’existence : naissance, sommeil, maladie et mort. Les mêmes sons n’ont pas le même sens pour le dormeur, le parent ou le mourant. Cette variété empêche de réduire la population à une réaction uniforme de panique ou de courage.
3a. Les rôles des femmes
Les mères pensent à leurs fils au front, prennent les enfants dans leurs bras et les protègent. Les femmes amoureuses portent la marque des larmes. D’autres mettent au monde des enfants pendant l’alerte : la vie continue au milieu du risque. Les marchandes de quatre-saisons représentent aussi le travail quotidien interrompu, avec leurs charrettes abandonnées.
Les femmes ne sont donc pas seulement des silhouettes effrayées. Elles assurent des gestes de protection, participent à la vie économique et incarnent la continuité de la vie. Leur présence relie l’espace public à l’intimité des familles.
3b. Une nature très présente
Les comparaisons donnent une force sensible au paysage : la Seine est rapprochée d’un miroir puis d’une rivière de lait. La lumière rend la ville belle et visible au moment même où elle devrait se cacher. Cette beauté est donc liée à une ambiguïté inquiétante.
Les énumérations d’oiseaux — pigeons, hirondelles, moineaux — et les verbes de mouvement et de chant remplissent l’espace au lever du jour. La nature suit son rythme, malgré les tirs. Le contraste entre les sons de la guerre et le chant des oiseaux fait percevoir une continuité vivante qui ne supprime pourtant pas le danger.
Écriture — Exemple de lettre
Le sujet propose une lettre fictive à la première personne. Cela ne signifie pas que l’extrait du roman soit raconté par un personnage nommé « je » : il faut distinguer la voix narrative du texte et le rôle donné dans la consigne d’invention.
Ma chère amie,
Ta lettre m’a touchée. Je sais ce qu’il t’en coûte de m’imaginer ici à chaque alerte, et je ne prends pas ton inquiétude à la légère. Mais je ne peux pas me résoudre à quitter Paris.
Tu connais les miens. Comment partir seule alors qu’ils auraient encore besoin de moi demain ? Nous avons organisé les choses ensemble : les papiers sont rangés, les affaires des enfants préparées et nous descendons à l’abri dès que la sirène retentit. Rester ne signifie pas fermer les yeux.
Je sais bien que des bombes sont tombées. Pourtant, le matin, lorsque la Seine s’éclaire et que les oiseaux reviennent sur les toits, la ville retrouve un visage que la guerre ne parvient pas à effacer. Tu me diras qu’un paysage ne protège personne. Tu auras raison. Mais ces rues ne sont pas pour moi un décor : elles contiennent notre vie, nos habitudes, ceux que nous aimons.
Partir maintenant me semblerait les abandonner sans savoir où les conduire. Les routes seront-elles plus sûres ? Trouverions-nous un logement, des provisions, quelqu’un pour accueillir tout le monde ? Ici, au moins, nous connaissons nos voisins et nous pouvons nous entraider.
Je reste persuadée que cette épreuve ne durera pas. Peut-être est-ce une confiance fragile, mais elle m’aide à tenir. Je voudrais tant que nous puissions bientôt rire ensemble de nos lettres inquiètes, à une terrasse au soleil.
Ne crois pas que je refuse de t’écouter. Si la situation change, je réfléchirai de nouveau à ce que tu proposes. Pour l’instant, ma place est auprès des miens. Écris-moi encore ; tes mots nous rapprochent bien davantage que la distance ne nous sépare.
Je t’embrasse affectueusement.
Convaincre et persuader
La lettre convainc par des raisons pratiques : proches à accompagner, organisation de la protection, incertitude du départ. Elle persuade par l’attachement, les images de Paris et l’adresse affectueuse. La confiance dans un retour rapide de la paix appartient au personnage en juin 1940 ; elle ne doit pas être présentée comme un jugement historique confirmé par la suite des événements.