Corrigé bac pro agricole français 2022 : Chateaubriand

Aller à un exercice ou une partie

Proposition de corrigé — non officielle. Bac professionnel agricole, E1 français, remplacement 2022, Métropole-Réunion-Mayotte (2022-PRO10-RPL-ME-RE-MA).

Télécharger ce corrigé en PDF · Ouvrir le sujet officiel · Retrouver les annales

Lecture — Chateaubriand et l’automne

1. Les indices autobiographiques

Le titre Mémoires d’outre-tombe annonce une œuvre dans laquelle l’auteur raconte et reconstruit sa vie. Le paratexte nomme Chateaubriand et situe la scène au château familial de Combourg : le lieu appartient à son histoire personnelle.

Dans l’extrait, la première personne rassemble les souvenirs et les sensations : le narrateur dit ce qu’il voyait, ce qu’il faisait sur l’étang et ce qu’il ressentait. Les imparfaits donnent l’impression d’habitudes remémorées. Le paysage est rapporté à son caractère et à sa sensibilité, et non décrit comme un lieu indépendant de toute expérience.

Ces indices associent donc le titre de l’œuvre, les informations biographiques du paratexte et la voix personnelle du texte. L’autobiographie n’exclut pas un travail littéraire : le souvenir est composé, rythmé et interprété.

2. La description de l’automne

Le climat est froid, brumeux et parfois agité. Frimas, tempêtes et vent pourraient paraître hostiles, mais le narrateur les accueille avec plaisir parce qu’ils s’accordent à son humeur mélancolique.

La flore porte les signes du déclin : feuilles qui tombent, fleurs fanées et mousses flétries. Les joncs, nénuphars et roseaux dessinent aussi un paysage vivant et précis. La saison ne se réduit donc pas à une abstraction sur la tristesse.

La faune anime ce décor : oiseaux en migration, rassemblements et envols, gazouillis et silence à la nuit. Les mouvements et les sons rendent la scène sensible. Le narrateur observe attentivement le monde animal, jusqu’au moment où il rejoint le château.

3. Automne et vieillissement : trois procédés

Les comparaisons répétées associent la nature et l’existence : chute des feuilles et passage des années, fuite des nuages et disparition des illusions. Le lecteur perçoit une correspondance entre le temps saisonnier et le temps humain.

L’accumulation et le parallélisme de ces rapprochements donnent un rythme insistant au passage. Le déclin touche successivement les heures, les capacités et les sentiments : il semble envelopper toute la vie.

La personnification donne au vent des plaintes et à l’automne des voix. Le paysage paraît partager l’état intérieur du narrateur. La saison devient une présence avec laquelle il entre en relation.

Le texte ne présente pas seulement la vieillesse comme perte : le plaisir d’observer et d’écouter demeure. Le sujet situe le passage dans l’évocation des vieux jours, mais la narration rétrospective ne permet pas de dater chaque promenade uniquement à partir de l’âge de celui qui écrit.

Écriture — Dialogue de théâtre

Une place au bord du jardin

Une fin d’après-midi. Deux amis s’arrêtent près d’un banc. Au loin, on distingue les lumières de la ville.

LÉA. — Écoute. Ici, je peux enfin entendre le vent.

NOÉ. — Et moi, j’entends surtout qu’il n’y a plus de bus après dix-huit heures.

LÉA. — Tu regardes toujours ce qui manque. La campagne offre de l’espace, des chemins, des saisons que l’on voit changer.

NOÉ. — Je ne nie pas sa beauté. Mais j’aime pouvoir aller au cinéma sans organiser toute ma soirée autour d’une voiture.

LÉA. — La proximité des arbres compte aussi. Une promenade me repose davantage qu’une heure devant un écran.

NOÉ. — Pourquoi opposer les deux ? Il y a des parcs en ville et des écrans dans les maisons de campagne.

LÉA. — Parce qu’ici le paysage n’est pas un carré vert entre deux immeubles. Il accompagne les journées.

NOÉ. — Il les complique parfois. Pour consulter un spécialiste ou poursuivre des études, les distances peuvent devenir un vrai obstacle.

LÉA. — C’est juste. Il faut des services et des transports. Mais la foule, le bruit et les loyers élevés sont aussi des contraintes.

NOÉ. — La ville me donne accès à des lieux et à des personnes différents. J’y trouve une liberté de mouvement et de rencontre.

LÉA. — À condition de pouvoir payer son logement. Un choix agréable pour l’un peut être une nécessité difficile pour l’autre.

NOÉ. — Nous sommes donc d’accord : ni le béton ni les champs ne garantissent le bonheur.

LÉA. — Je n’ai pas dit que la nature réglait tout. Elle me permet seulement de retrouver mon rythme.

NOÉ. — Et moi, j’aime le rythme des rues, les vitrines qui s’éteignent, les conversations à la sortie d’un spectacle.

LÉA. — Tu en parles comme Chateaubriand de ses oiseaux.

NOÉ, souriant. — Avec un peu moins de roseaux.

LÉA. — Peut-être cherchons-nous la même chose : un endroit où nous sentir vivants.

NOÉ. — Sans oublier ceux qui ne peuvent pas choisir leur lieu de vie.

LÉA. — Alors améliorons les lieux au lieu de les opposer : des villes plus respirables et des campagnes mieux desservies.

NOÉ. — Voilà une proposition qui me convient.

LÉA. — Tu restes encore un moment ?

NOÉ, regardant sa montre. — Jusqu’au dernier bus.

Ils s’asseyent. Le vent agite les feuilles.

Ce que construit ce dialogue

Les deux personnages donnent des arguments concrets, concèdent un point à l’autre et utilisent des images sensibles. Les noms avant les répliques et les didascalies installent une forme théâtrale ; le débat évolue vers une position nuancée plutôt que vers deux monologues juxtaposés.