Bac pro agricole 2025 : corrigé de français, remplacement Antilles
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat professionnel agricole, remplacement 2025, Antilles, Guyane et Polynésie, E2 français, 120 minutes.
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Lecture
1. Le lieu et ses caractéristiques
L’action se déroule dans la plaine de Roume, sur une vaste terre agricole où les ouvriers sèment. Le sol, piétiné, se réduit en poussière : la terre « s’était mise à fumer sous les pas » (lignes 5-6). Cette poussière brouille les silhouettes et rend la respiration pénible. L’espace est immense : les semeurs doivent encore parcourir collectivement plus de cent kilomètres. Ce paysage, présenté sous le signe de la sécheresse, contribue donc directement à leur épuisement.
2. Les difficultés des semeurs et les procédés d’écriture
Le travail exige des gestes répétés qui font souffrir les poignets, les coudes et les épaules. La comparaison de la douleur à un coup de couteau lui donne une violence concrète ; celle d’une eau circulant dans un tuyau suggère qu’elle traverse le bras. La répétition de l’idée que chaque geste est douleur enferme les ouvriers dans un mouvement sans repos. Les nombres rapprochant grains, gestes, pas et douleurs accentuent cette mécanique. À cet épuisement s’ajoutent la poussière dans les yeux, la gorge et la respiration, ainsi que l’obligation d’accélérer. La poussière affecte même l’espoir : la souffrance physique devient un sentiment d’avenir bouché.
Les cent kilomètres indiqués en note représentent le parcours total de l’ensemble des semeurs, et non celui de chaque ouvrier.
3. Les personnages et leur rôle
Le patron, protégé dans son automobile et revenant de déjeuner, contraste avec les ouvriers exposés à la poussière. Il ne descend pas : son geste vers sa montre transmet l’exigence de rendement. Le contremaître la relaie en pressant les hommes. Il reconnaît pourtant intérieurement que le grand blond a raison (lignes 34-35), tout en continuant à exiger que les semeurs accélèrent. Cette contradiction montre qu’il comprend la protestation mais reste l’intermédiaire des exigences du patron. Le grand blond exprime une colère, mais le groupe poursuit sa tâche. Enfin, le grain invendu de l’année précédente souligne l’absurdité ressentie : la recherche du bon prix semble primer sur la peine des travailleurs. Les personnages permettent ainsi une critique des rapports de pouvoir et d’un travail qui réduit les hommes à leur productivité.
Écriture : discours d’un semeur
Proposition de discours
Le discours suivant prête une voix au personnage demandé par le sujet. Il peut être mis en paragraphes sur la copie ; ses prises de position appartiennent à cette scène fictionnelle.
Mes camarades, regardez nos mains, regardez nos visages. Nous avons passé la journée à confier des graines à cette terre, et c’est notre force que nous avons laissée dans chaque sillon. Nous respirons la poussière, nous avançons malgré la douleur, et la seule parole qu’on nous adresse est toujours la même : plus vite !
Plus vite, quand nos épaules brûlent ? Plus vite, quand nous ne voyons presque plus celui qui marche à côté de nous ? Celui qui nous presse regarde sa montre derrière une vitre. Nous, nous comptons les pas avec nos jambes et les heures avec nos blessures. Nos vies valent davantage que les minutes qu’il voudrait gagner.
Je ne vous demande pas de mépriser notre travail. Nous savons ce que vaut le pain, et nous savons qu’il faut semer pour nourrir des hommes. Mais qui nous nourrit, nous, pendant que nous nous épuisons ? Pourquoi faut-il sacrifier nos bras alors que le grain de l’année passée pourrit encore dans les greniers ? Ce n’est pas la terre qui exige cette course : ce sont ceux qui veulent tirer toujours davantage de notre peine.
Je sais ce qui nous retient. Chacun pense à sa famille, à l’argent qui manquera si nous refusons de continuer. Cette peur est réelle ; je ne vous demande pas de l’oublier. Je vous demande de ne plus la porter seuls. Si un seul homme s’arrête, on pourra le remplacer. Si nous parlons tous d’une même voix, il faudra entendre ce que nous demandons.
Organisons-nous dès ce soir. Choisissons ensemble ceux qui porteront nos paroles. Demandons des pauses, un rythme supportable et le respect de notre santé. Fixons une réponse claire à attendre du patron. S’il refuse de nous écouter, cessons le travail ensemble : une grève commune pèsera davantage que des colères dispersées.
Ne laissons pas celui qui commande nous dresser les uns contre les autres. Le plus jeune et le plus ancien souffrent dans le même champ. Demain, il dépend de nous que chaque geste ne soit plus une douleur. Camarades, restons unis : ce que nous ne pouvons obtenir seuls, nous pouvons le réclamer ensemble.
L’adresse aux camarades, les questions, les répétitions de « plus vite », le contraste entre la vitre et le champ et le passage de « je » à « nous » soutiennent l’appel à l’action. Le discours formule des demandes et une organisation concrètes, au-delà de la seule dénonciation.