Corrigé bac techno philosophie 2024 Antilles-Guyane, remplacement

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Proposition de corrigé — non officielle. Bac technologique, toutes séries, philosophie 2024 Antilles-Guyane, remplacement (24-PHTEAG3). Dissertations au choix et texte de Claude Lévi-Strauss.

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Sujet 1 : Choisit-on de croire ?

Croire signifie tenir une proposition pour vraie sans disposer nécessairement d’une preuve complète. Peut-on décider de cette adhésion comme on décide d’un geste ?

Beaucoup de croyances sont reçues par l’éducation, l’habitude ou la confiance. Elles paraissent évidentes avant même d’être examinées. On ne peut pas toujours se donner instantanément une conviction contraire par un simple ordre intérieur.

Cependant, nous pouvons choisir certaines conditions de nos croyances : chercher des informations, écouter une objection, vérifier un témoignage ou fréquenter un milieu. Ces démarches ne commandent pas mécaniquement l’adhésion, mais elles peuvent la transformer. La responsabilité concerne donc aussi notre manière d’entretenir ou d’examiner une conviction.

Il faut distinguer croire, déclarer que l’on croit et agir comme si l’on croyait. Une contrainte peut obtenir les deux derniers sans produire le premier. Inversement, une confiance peut être un engagement réfléchi malgré l’absence de garantie complète.

On ne choisit pas toujours directement ce que l’on croit. On peut néanmoins agir sur ses raisons de croire et sur la place donnée à l’examen, ce qui laisse une part de liberté et de responsabilité.

Sujet 2 : Y a-t-il des injustices tolérables ?

Tolérer une injustice, c’est la laisser subsister alors même qu’on la désapprouve. Cette attitude peut relever d’un choix prudent ou de l’impossibilité d’empêcher immédiatement le tort. Elle se distingue de l’approbation : supporter un mal ne le rend pas juste.

Une injustice reste un tort même lorsqu’elle est utile à certains ou très ancienne. La déclarer tolérable parce qu’elle est commode risque de rendre les droits conditionnels à l’intérêt des plus puissants. En ce sens, elle ne devient pas juste par l’habitude.

Mais agir contre toute injustice ne signifie pas disposer immédiatement de tous les moyens. Une intervention précipitée peut aggraver le dommage. On peut devoir choisir un ordre d’action ou accepter temporairement une solution imparfaite pour protéger des personnes.

Cette tolérance pratique doit conserver la reconnaissance du tort et une possibilité de le réduire. Sans limite ni effort de changement, le provisoire devient une manière de maintenir l’injustice. La parole des personnes qui la subissent doit compter dans ce jugement.

Aucune injustice ne devient acceptable comme principe du seul fait qu’on la tolère. Certaines peuvent être supportées provisoirement sous contrainte, à condition de ne pas confondre cette limite de l’action avec leur légitimation.

Sujet 3 : Lévi-Strauss, Le Regard éloigné (1983) — réponses à l’option 1

A1. Résistances et nécessité

L’artiste rencontre la technique, les outils et les matériaux ; l’écrivain, le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe. Tous rencontrent aussi les opinions et les lois. Ces résistances donnent une prise à l’intention encore informulable. En les travaillant, le créateur précise et transforme son projet.

A2. Une révolution qui agit sur un donné

Subvertir suppose quelque chose à déplacer : une forme, une règle ou une manière de voir. L’œuvre ne produit pas sa nouveauté à partir d’un vide. Elle reprend ce qu’elle conteste et agit sur lui, sans se borner à le reproduire.

A3. La nouveauté a besoin d’un obstacle

Sans forme antérieure, matière ou attente, rien ne permettrait de reconnaître un déplacement. L’obstacle n’est pas seulement ce qui ralentit : il rend possible un écart déterminé. La création cède partiellement à ce qu’elle transforme et reçoit ainsi sa forme singulière.

B1. Question

Comment une œuvre peut-elle être créatrice et novatrice tout en dépendant de résistances et de contraintes ?

B2. Progression

Le texte définit d’abord la création comme arbitrage et compromis. Il énumère les résistances, puis explique que la subversion doit agir sur un donné. La fin décrit le chef-d’œuvre comme la composition de forces opposées dont résulte une tension admirable.

B3. Idée principale

L’œuvre naît de la rencontre entre une intention et ce qui lui résiste. Sa nouveauté ne vient pas de l’abolition de toute contrainte, mais de la manière dont elle transforme et compose ces forces.

C1. L’artiste est-il entièrement libre ?

Il ne choisit pas sans conditions : les moyens et le contexte résistent. Mais cette limite ne supprime pas toute liberté. Celle-ci se manifeste dans les choix, les essais et les transformations opérés. La création est une liberté en travail, et non l’exécution sans obstacle d’une image déjà complète.

C2. Que pouvons-nous admirer ?

Le texte invite à admirer une tension devenue forme : l’œuvre garde quelque chose de l’obstacle qu’elle dépasse. Un rythme, un matériau ou une règle peuvent rendre sensible l’effort de transformation sans que l’œuvre soit un simple exercice technique. L’admiration porte sur cette réussite singulière, pas seulement sur la difficulté vaincue ni sur la nouveauté annoncée.

Fil directeur d’une explication suivie

Il faut suivre le passage de l’intention encore indéterminée à l’œuvre qui compose poussée et contre-poussée. Le compromis n’est pas ici une faiblesse : il désigne le travail qui rend la création effective.