CAPEPS 2025 : corrigé sur la pluralité de l’enseignement de l’EPS
Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. CAPEPS externe, CAFEP et troisième concours — épreuve écrite disciplinaire. Durée : 5 heures.
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Cette composition propose un raisonnement complet parmi plusieurs réponses possibles au sujet. Elle ne constitue ni une copie de lauréat ni une réponse validée par le jury.
Proposition de composition rédigée
L’éducation physique scolaire a souvent cherché son unité dans une méthode, une finalité ou un programme commun. Pourtant, ses enseignements n’ont jamais simplement reproduit un modèle unique dans toutes les classes. Depuis la fin du XIXe siècle, gymnastiques, éducation physique puis EPS se construisent à partir de conceptions concurrentes, de publics différenciés et de conditions matérielles inégales. Dire cet enseignement pluriel ne consiste donc pas seulement à compter des activités. Il faut examiner la coexistence des méthodes, les manières d’enseigner et ce qui est demandé aux élèves. Cette pluralité traverse la période, y compris lorsque des pouvoirs politiques ou disciplinaires cherchent à imposer une orientation dominante ; sa signification évolue cependant avec les transformations de l’école.
I. Dès la fin du XIXe siècle, une obligation scolaire rencontre plusieurs conceptions du corps
L’institutionnalisation de la gymnastique sous la Troisième République s’inscrit dans un projet d’éducation nationale, de santé et de préparation des corps. La loi de 1880 rend la gymnastique obligatoire dans les établissements publics de garçons concernés ; les programmes de l’école primaire républicaine lui donnent une place durable. Cette volonté commune n’efface pas les débats sur les exercices souhaitables et leurs effets.
La tradition militaire valorise ordre et coordination. Les préoccupations médicales recherchent un développement rationnel, tandis que d’autres démarches donnent davantage de place au mouvement global, aux jeux ou aux activités de plein air. Les travaux de Georges Demenÿ, les propositions liées à Philippe Tissié et la méthode naturelle de Georges Hébert témoignent de réponses différentes aux questions d’effort, de santé et d’éducation. Les oppositions ne restent pas uniquement théoriques : elles orientent les contenus, l’organisation de la leçon et les critères d’un exercice jugé utile.
Cette diversité doit toutefois être reliée aux publics. Les attentes ne sont pas identiques pour filles et garçons, auxquels l’école et la société attribuent des rôles différents. La pluralité peut donc exprimer une hiérarchie et une séparation plutôt qu’une liberté pédagogique destinée à tous. Les ressources locales comptent aussi : cour, matériel, formation de l’enseignant et accès à un espace extérieur conditionnent ce qui peut être effectivement enseigné. Un texte national ne suffit pas à produire partout la même expérience corporelle.
II. Les méthodes dominantes du XXe siècle n’abolissent pas la diversité des enseignements
Dans l’entre-deux-guerres, la recherche d’une méthode française articule plusieurs influences. L’éclectisme répond à des objectifs multiples : corriger, développer, endurcir, initier et former des comportements. La présence de plusieurs méthodes n’est pas un stade archaïque que le progrès ferait simplement disparaître ; elle traduit la difficulté durable de réduire l’éducation du corps à un seul effet attendu.
Le régime de Vichy constitue un moment où la volonté politique entend fortement orienter l’éducation physique et générale. La promotion de l’hébertisme et de finalités morales ne signifie pourtant pas que toutes les leçons deviennent identiques. Les prescriptions rencontrent pratiques antérieures, équipements et compétences des intervenants. Après la guerre, les instructions de 1945 reconnaissent plusieurs moyens, notamment gymnastique, méthode naturelle et initiation sportive. La santé, la force et les relations sociales ne se laissent pas enfermer dans une activité unique.
La sportivisation des décennies suivantes modifie cet équilibre. Les instructions de 1967 consacrent une place majeure aux pratiques sportives, dans un contexte où le sport acquiert une forte visibilité sociale. L’athlétisme, les sports collectifs ou la gymnastique proposent cependant des problèmes moteurs et des relations aux autres différents. Une référence culturelle dominante peut donc contenir plusieurs formes d’enseignement.
Surtout, enseigner un sport ne dit pas encore comment le faire apprendre. Reproduire un geste, organiser une confrontation, aménager une tâche ou faire analyser une réussite ne mobilisent pas les mêmes démarches. Les différences entre établissements et entre publics continuent d’agir. La domination sportive peut réduire la légitimité accordée à certaines expressions corporelles, sans supprimer toute diversité réelle. Il faut donc distinguer orientation majoritaire et uniformité complète.
III. La discipline scolaire contemporaine organise une pluralité qu’elle doit rendre cohérente
Le rattachement de l’EPS au ministère de l’Éducation nationale en 1981 accompagne un renforcement de son inscription scolaire. Les programmes et les réflexions didactiques cherchent à préciser ce que les élèves apprennent au-delà de la seule pratique d’une activité. La diversité des supports demeure, mais doit servir des acquisitions identifiables et évaluables.
Les cadres récents illustrent cette organisation : les programmes de collège issus de 2015 retiennent quatre champs d’apprentissage, tandis que le lycée général et technologique de 2019 en comporte cinq. Réaliser une performance, s’adapter à un environnement, présenter une prestation, affronter autrui ou apprendre à entretenir ses ressources ne sollicitent pas exactement les mêmes expériences. Il existe un programme commun, sans prescription d’une leçon identique dans chaque établissement.
Les enseignants adaptent les situations aux élèves et aux conditions locales. Cette responsabilité est particulièrement visible dans l’inclusion d’élèves à besoins particuliers : préserver une ambition commune peut demander des modalités différentes. Mais l’adaptation ne doit pas justifier des attentes durablement appauvries pour certains publics. La pluralité devient une question d’égalité lorsque l’accès à la natation, à certains équipements ou à des expériences artistiques dépend du lieu de scolarisation.
L’évaluation révèle enfin la recherche d’unité. Mesurer uniquement une performance favorise certains profils ; considérer apprentissages, maîtrise et rôles peut reconnaître d’autres acquisitions. Il reste nécessaire de préciser les critères pour ne pas rendre les exigences illisibles. La diversité pédagogique a besoin d’objets communs de discussion, de formation et de programmes qui évitent une juxtaposition sans cohérence.
L’enseignement de l’éducation physique a donc durablement été pluriel, sans l’être toujours de la même manière ni au bénéfice égal de tous. Les ambitions d’unification ont hiérarchisé des méthodes et des finalités plutôt qu’effacé toute diversité. L’enjeu contemporain ne consiste pas à célébrer cette pluralité pour elle-même, mais à l’organiser afin que des parcours différents donnent accès à une culture corporelle commune et à des apprentissages exigeants.
Repères pour approfondir
Rapport officiel du jury CAPEPS 2025, pages 10 à 18 : il précise les attentes de l’épreuve, sans faire de cette proposition un corrigé officiel. Inspection générale : la pratique sportive à l’école primaire, repères historiques ; programmes du lycée, Bulletin officiel du 22 janvier 2019.