CAPES documentation 2025 : culture numérique et savoirs documentaires

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Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. CAPES externe et CAFEP — épreuve écrite disciplinaire de documentation. Durée : 5 heures.

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L’épreuve demande de construire une problématique, d’analyser le texte d’Olivier Le Deuff, de discuter ses propositions à partir des sciences de l’information et de la communication, puis de les relier aux missions du professeur documentaliste. Une simple liste de bonnes pratiques numériques ne répondrait pas à toute cette commande.

Une problématique possible

Comment former un sujet capable de comprendre et de maîtriser les processus documentaires, alors que le numérique fait de lui à la fois un lecteur d’informations, un producteur de documents et un objet de documentation ?

Cette formulation relie les trois mouvements de l’extrait : l’ancienneté des savoirs documentaires, l’articulation des savoirs et des compétences, puis le déplacement vers la documentation de soi et par les tiers. Le plan suivant propose une analyse argumentée, avec des exemples scolaires ; il ne constitue pas un plan imposé par le jury.

I. La culture numérique prolonge des savoirs documentaires anciens

1. Comprendre un document dépasse le maniement d’un outil

Le Deuff refuse de réduire le digital à l’informatique. Savoir utiliser un moteur de recherche ou repérer le nom d’un auteur est nécessaire, mais ne suffit pas à apprécier une information. Il faut comprendre sa production, son contexte, sa destination et sa circulation. L’apprentissage d’une procédure technique peut donner une impression de maîtrise tout en laissant intactes les difficultés de jugement.

Cette distinction rejoint l’analyse du document comme objet construit et socialement reconnu. Le collectif Roger T. Pédauque propose de considérer le document selon sa forme, son sens et sa fonction de médium. Un même contenu change de portée selon le support, les modalités de lecture et le contexte d’usage. Une capture d’écran conserve certains éléments d’une page mais peut faire disparaître sa date, son adresse, ses liens et la situation de publication. L’élève doit apprendre à interroger ces pertes plutôt qu’à traiter la capture comme un objet transparent.

2. Indexer et résumer sont des opérations intellectuelles

L’extrait associe l’analyse documentaire à l’indexation et à la condensation. Indexer revient à sélectionner des concepts, à établir des relations et à situer un document dans une organisation des connaissances. Résumer exige de comprendre, de hiérarchiser et de reformuler. Ces opérations restent pertinentes lorsqu’elles sont réalisées dans un catalogue numérique ou avec des outils de classement personnel.

L’ancienneté de ces savoirs empêche de confondre nouveauté du dispositif et nouveauté de toute la pratique. Elle n’efface cependant pas les transformations : l’échelle des contenus, les formats, la vitesse de circulation et les possibilités d’automatisation modifient les conditions du travail documentaire. Un outil qui produit des mots-clés ou un résumé ne dispense pas de vérifier la pertinence des concepts ni la fidélité de la condensation.

II. Une compétence informationnelle associe connaissances, jugement et situation

1. L’évaluation de l’information ne se réduit pas à une grille

Une grille indiquant « auteur, date, source » peut organiser l’attention, mais elle ne produit pas mécaniquement une conclusion. Un auteur identifié peut être compétent sur un sujet et peu fiable sur un autre. Une publication récente peut être inexacte. Une interface soignée peut donner une crédibilité trompeuse à un contenu publicitaire. À l’inverse, un document ancien peut rester une source historique pertinente.

L’approche de Le Deuff invite donc à articuler connaissances du sujet, connaissances documentaires et examen du contexte. Dans une recherche sur une question scientifique, les élèves doivent distinguer résultat de recherche, vulgarisation, témoignage et argument commercial. Ils interrogent les méthodes, les références et les éventuelles contradictions. L’autorité n’est ni une qualité déduite de l’apparence ni une propriété absolue de toute une plateforme.

2. Les environnements numériques méritent eux-mêmes une analyse

L’évaluation porte aussi sur les dispositifs qui donnent accès à l’information. Classement des résultats, recommandations, formats privilégiés et modèles économiques influencent ce que le lecteur rencontre. Le choix d’un mot-clé ou la position d’un résultat peut modifier la recherche sans déterminer la vérité du document trouvé.

La discussion doit préserver une nuance : la connaissance critique ne s’oppose pas au savoir-faire. Pour accéder au contexte, retrouver une publication originale ou comparer des versions, il faut aussi maîtriser des gestes techniques. L’enjeu est leur articulation, et non le remplacement de toute formation pratique par un discours général sur le numérique.

Une seconde nuance concerne les inégalités. La familiarité quotidienne avec un téléphone ne garantit pas la capacité à rechercher, à citer ou à évaluer. Les ressources culturelles, l’équipement et l’accompagnement peuvent être très différents. Une formation scolaire explicite évite de considérer les élèves comme spontanément compétents parce qu’ils utilisent des plateformes.

III. Se documenter implique aussi de comprendre comment on est documenté

1. La production de traces transforme la place du sujet

Photographies, vidéos, annotations et métadonnées permettent de conserver et de partager une expérience. La documentation personnelle peut soutenir un travail, une mémoire ou une activité créative. Elle exige des choix : nommer, classer, retrouver, conserver et maîtriser les destinataires d’une publication.

Le sujet n’est cependant pas le seul auteur de sa représentation. Des proches publient des images, des plateformes enregistrent des usages et des dispositifs produisent des profils à partir de traces. Il faut distinguer le document choisi pour se présenter, la donnée collectée pendant l’activité et l’interprétation produite par un tiers. Une inférence n’est pas une photographie fidèle d’une personne ; elle peut être partielle, erronée ou employée dans un autre contexte que celui de sa production.

L’extrait ouvre ainsi un enjeu d’autonomie : maîtriser la documentation suppose de pouvoir comprendre les conditions de visibilité et de circulation. Cette autonomie est relative, car le sujet ne contrôle ni toutes les copies ni tous les traitements. La responsabilité ne peut donc être reportée entièrement sur l’utilisateur individuel.

2. Une traduction concrète dans le travail du professeur documentaliste

La circulaire de 2017 sur les missions, applicable à la session 2025, relie l’enseignement de la culture informationnelle, l’organisation des ressources et l’ouverture de l’établissement. Le professeur documentaliste peut conduire des apprentissages au CDI et en coopération avec les enseignants, dans une progression cohérente d’éducation aux médias et à l’information.

On peut, par exemple, proposer une enquête scolaire sur une affirmation locale. Les élèves reformulent leur question, recherchent plusieurs documents, établissent pour chacun une notice descriptive, justifient son intérêt, puis rédigent une synthèse qui distingue les faits étayés et les incertitudes. Ils explicitent les critères de classement et vérifient qu’une reformulation ne transforme pas le sens. L’évaluation porte sur les raisonnements et les décisions documentaires, en plus du résultat final.

Une seconde activité peut comparer, sur des profils entièrement fictifs, une présentation volontaire et les informations qu’un observateur pourrait en déduire. Les élèves identifient les données, discutent les limites des inférences et examinent les destinataires possibles. L’activité n’exige ni publication de données personnelles réelles ni création d’un compte sur une plateforme commerciale. Elle évite de faire de l’exposition numérique une condition de l’apprentissage.

Ces situations relient la lecture critique à la production responsable. Elles doivent être adaptées au niveau des élèves et à leurs besoins, avec des ressources accessibles et un accompagnement explicite. Le professeur documentaliste organise alors un environnement d’apprentissage où les savoirs documentaires servent à comprendre le numérique et à agir dans celui-ci.

Conclusion proposée

L’extrait défend une culture informationnelle qui associe l’étude des documents à la compréhension des dispositifs et des traces. Les compétences numériques prennent leur sens lorsqu’elles s’appuient sur des connaissances et un jugement situé. La formation scolaire peut donner des moyens de choisir, d’expliquer et de discuter ses pratiques, tout en montrant que la maîtrise de la documentation dépend aussi d’organisations et de règles collectives.

Repère scientifique : Roger T. Pédauque, Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique, 2003. Cette référence complète l’extrait officiel ; les exemples de séquences ci-dessus sont des propositions pédagogiques.