CAPES externe bac + 5 de philosophie 2026 : corrigé du texte de Hegel
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Proposition de correction non officielle. La seconde épreuve écrite du CAPES et du CAFEP externes bac + 5 de philosophie 2026, d’une durée de six heures, demandait de mettre en situation pédagogique l’explication d’un passage de Hegel, Introduction à la philosophie de l’histoire. La consigne exige de situer le texte dans un problème de cours, d’en suivre l’argument et d’expliciter les enjeux qu’il permet de travailler avec les élèves. Le corrigé ci-dessous propose cette explication et son insertion dans une séquence sur l’histoire.
Sujet et consigne officiels · Annales du CAPES
Le problème proposé à la classe
Une ville change de rues, de bâtiments et d’habitants. Peut-on conclure, de ce seul changement, qu’elle progresse ? Une construction nouvelle peut remplacer un bâtiment devenu dangereux ; elle peut aussi effacer un lieu utile ou dégrader la vie de ceux qui y travaillent. Le mot progrès contient un jugement que le simple constat d’une différence ne justifie pas encore. En histoire, le problème se complique : les sociétés se transforment par des décisions, des conflits et des institutions. Ce devenir a-t-il une direction ou n’est-il qu’une succession d’événements ?
Le passage de Hegel permet de travailler cette question à partir des notions de nature, d’histoire, de conscience et de liberté. Son intérêt dans une séquence est de distinguer trois propositions que les élèves peuvent d’abord confondre : tout change ; certains changements semblent meilleurs ; un développement réaliserait progressivement une possibilité interne. Hegel juge la deuxième proposition trop vague et donne une portée déterminée à la troisième. L’explication doit montrer ce gain conceptuel sans demander aux élèves d’admettre d’avance que toute catastrophe historique serait une étape nécessaire vers le mieux.
On peut ouvrir le cours en leur soumettant deux cas : un arbre pousse à partir d’une graine ; une loi est modifiée après une contestation publique. Dans les deux cas, il y a changement. Pourtant, une loi aurait pu ne pas être modifiée et elle peut être à nouveau contestée, tandis que le germe n’a pas à débattre de la forme que prendra l’arbre. Cette différence prépare la question directrice : qu’est-ce qui fait de l’histoire humaine un développement distinct d’une simple répétition naturelle, et quelle place y prennent la conscience et la volonté ?
La thèse du passage est que l’esprit ne se réduit ni au cycle naturel ni à une « perfectibilité » indéfinie : il possède, selon Hegel, une détermination interne qui se réalise dans l’histoire, mais cette réalisation passe par la conscience et la volonté, contrairement au développement immédiat d’un organisme. Le texte progresse en trois temps : opposition initiale entre nature et nouveauté spirituelle ; critique de la perfectibilité sans but et définition du développement ; comparaison finale avec l’organisme, qui met en évidence la médiation propre à l’esprit.
De la répétition naturelle à la nouveauté spirituelle
Hegel commence par une affirmation forte : les changements naturels, malgré leur variété, ne montreraient qu’« un cycle qui, toujours, se répète ». Le retour des saisons offre une première image de ce propos. Mais il serait trop rapide de transformer cette image en loi scientifique générale selon laquelle aucun événement naturel inédit n’existe. Dans le passage, la nature fonctionne surtout comme terme de comparaison conceptuelle : les configurations se modifient, tandis que leur principe de détermination demeure. C’est cette différence entre changement visible et transformation du principe que le texte demande d’interroger.
Un premier temps de classe peut consister à demander aux élèves pourquoi « changer » et « produire du nouveau » ne signifient pas nécessairement la même chose. Les aiguilles d’une horloge bougent sans que la règle de leur mouvement soit transformée. L’exemple permet de comprendre ce que Hegel appelle ici « monotonie » : non une absence de phénomènes variés, mais leur retour sous une détermination stable. On demandera ensuite ce que l’histoire humaine pourrait avoir de différent. Les élèves peuvent évoquer une abolition, une révolution ou la reconnaissance d’un droit nouveau. Ces exemples ne prouvent pas à eux seuls une philosophie de l’histoire ; ils font sentir pourquoi une transformation des règles de vie communes peut paraître plus qu’un déplacement dans un cycle.
Le texte situe cette nouveauté « sur le sol de l’esprit ». L’expression ne désigne pas un monde immatériel séparé des institutions et des actes. Elle désigne le domaine où des êtres peuvent se représenter leurs fins, juger leurs pratiques et les modifier. Hegel parle d’une « capacité réelle de changement » et d’une « impulsion de perfectibilité ». Il rapporte ainsi une idée que l’on pourrait formuler spontanément : l’homme ne répète pas toujours une nature fixée, il peut apprendre et transformer sa condition. Le passage ne s’arrête cependant pas à ce constat optimiste ; il en examine les limites.
La perfectibilité heurte, selon le texte, les religions et les États qui revendiquent une stabilité de principe. Il faut lire exactement cette fonction argumentative. Hegel ne fournit pas ici une histoire complète du catholicisme ou des États ; il montre que la possibilité d’une transformation véritable conteste toute institution qui se proclame définitivement adéquate à sa vérité ou à son droit. Mais les adversaires du changement disposent d’une objection : les bouleversements observés pourraient résulter du hasard, d’erreurs ou de passions destructrices, non d’un progrès. La guerre, par exemple, transforme profondément une société sans que ce changement suffise à prouver une amélioration. Le texte oblige donc à dépasser l’alternative trop simple entre célébration de toute nouveauté et refus de tout changement.
Pourquoi la perfectibilité ne suffit pas à penser le développement
Hegel affirme que la perfectibilité demeure « presque aussi indéterminée » que le changement en général. Dire qu’une situation peut s’améliorer ne dit pas ce qui compte comme amélioration. Sans critère, un changement peut recevoir après coup le nom de progrès ou de déclin selon le regard que l’on porte sur lui. L’idée d’une marche « vers le plus parfait » semble introduire une direction ; mais si « le meilleur » n’est pas défini, cette direction reste vide. Il faut faire apparaître la force de cette critique aux élèves : une flèche tracée au tableau ne dit rien de la destination qu’elle indique si l’on n’a donné ni but ni mesure.
Le « principe du développement » apporte, selon Hegel, ce qui manque : « une détermination interne », une possibilité « présente en soi » qui « se porterait à l’existence ». Un être ne devient pas n’importe quoi par n’importe quel changement. Il réalise progressivement une forme qui lui appartient. Le vocabulaire en soi et existence peut être expliqué sans réduire le premier à une simple chose cachée dans la seconde. En soi désigne une détermination encore non déployée ; la réalisation la rend effective, visible dans des différences et des relations. Le développement est donc autre chose que l’accumulation d’états successifs : il possède une intelligibilité interne.
Appliquée à l’histoire, cette idée donne à l’esprit le monde historique comme « théâtre », « propriété » et « champ de réalisation ». Les trois termes comptent. L’esprit n’est pas observateur du temps humain comme un spectateur au bord de la scène ; il s’y manifeste à travers les actions et les institutions. Hegel oppose ce devenir à un « jeu des contingences extérieures ». Il affirme que l’esprit a vocation à s’affirmer face aux événements qu’il rencontre, à les utiliser et à les maîtriser. Une explication rigoureuse doit présenter cette proposition comme la thèse du texte, non comme une preuve immédiate que chaque fait historique était nécessaire. Les contingences sont nommées et leur rôle dans la réalisation reste à comprendre.
Une question utile à la classe est alors : qu’est-ce qui permet de reconnaître une possibilité interne dans une institution humaine ? Une constitution peut énoncer l’égalité alors que certaines personnes sont exclues de la participation politique. Des contestations peuvent exiger que le principe affiché reçoive une réalisation plus cohérente. L’exemple éclaire l’écart entre un principe et son effectivité ; il n’autorise pas à affirmer que l’issue de chaque lutte est garantie. Il donne aux élèves un moyen de comprendre le mouvement que Hegel décrit tout en gardant ouverte la discussion sur ses conditions et ses échecs.
Le germe, puis la médiation de la conscience et de la volonté
La dernière partie du passage évite une opposition trop raide entre nature immobile et histoire mobile. Hegel reconnaît que les « choses organiques » se développent elles aussi. La vie d’un organisme n’est pas seulement modifiée « de l’extérieur » : une graine pousse selon un « principe interne ». Le germe ne contient pas, sous une forme miniature déjà achevée, toutes les branches visibles de l’arbre. Il désigne dans l’analogie une puissance de différenciation et d’organisation. L’organisme produit des différences, entre en relation avec ce qui l’entoure et maintient sa forme à travers ses transformations. Dire qu’il « se fait ce qu’il est en soi » exprime cette unité du principe et de son déploiement.
Hegel rapproche ensuite l’esprit de l’organisme : lui aussi « se fait ce qu’il est en soi ». La comparaison rend le développement plus concret, mais la phrase qui suit en limite aussitôt la portée. Dans l’organisme, le passage du germe à sa réalisation serait « immédiat », sans « opposition » ni « entraves » entre le concept et sa forme effective. Dans l’esprit, au contraire, ce passage est « médiatisé par la conscience et par la volonté ». C’est la conclusion à laquelle tout le texte conduit. L’histoire humaine n’est pas la croissance automatique d’un germe déjà programmé ; elle implique des sujets qui se représentent ce qu’ils font, choisissent, résistent et peuvent se tromper.
Pour faire saisir le terme médiatisé, on peut comparer la maturation d’un fruit et l’adoption d’une règle commune. Le fruit n’a pas à formuler la norme de sa propre maturité ; les participants à une délibération doivent dire ce qu’ils veulent instituer, comprendre les objections et agir pour que la règle entre en vigueur. Il ne s’agit pas d’opposer une nature entièrement mécanique à des humains sans conditions naturelles. Il s’agit de distinguer deux manières dont une possibilité devient réelle. Dans le second cas, la représentation du but et l’acte volontaire font partie du processus lui-même.
Cette conclusion crée une tension féconde à travailler avec les élèves. Si l’esprit possède une détermination interne, les acteurs de l’histoire peuvent-ils produire autre chose que ce qui était déjà fixé ? Si, au contraire, leur volonté compte effectivement, comment Hegel peut-il parler d’une destination de l’esprit ? Le texte ne résout pas à lui seul toutes ces questions. Il fournit toutefois le point exact où elles prennent naissance : la différence entre un développement immédiat et une réalisation qui doit traverser la conscience, les conflits et les décisions. Une discussion finale peut demander aux élèves si la présence d’un principe de liberté dans une société suffit à la rendre libre, ou si sa réalisation exige des actes et des institutions qu’aucun mot ne remplace.
Ce que le texte apporte à la séquence
Revenons au problème de départ. Le changement d’une ville ou d’une loi ne suffit pas pour parler de progrès. Hegel oblige d’abord à formuler le critère selon lequel une transformation accomplirait quelque chose de plus déterminé qu’une simple succession. Son idée de développement donne une réponse exigeante : une possibilité interne devrait se rendre effective. Il oblige ensuite à reconnaître que, dans l’histoire humaine, cette effectuation passe par la conscience et la volonté. Le cours peut ainsi distinguer changement, perfectibilité, développement et réalisation effective au lieu d’employer ces termes comme des équivalents.
L’explication peut s’achever en laissant ouverte une objection argumentée : l’histoire offre-t-elle vraiment la continuité que suppose un développement de l’esprit ? Les ruptures et les souffrances peuvent résister à leur intégration dans une trajectoire unifiée. Poser cette objection ne revient pas à éluder la thèse de Hegel. C’est rendre visible ce qu’il faut discuter après avoir compris sa réponse : si l’histoire est intelligible, sa direction ne doit pas être postulée à partir du seul fait que les choses changent. La mise en situation pédagogique répond ainsi à la consigne de l’épreuve par l’explication suivie du passage et par son usage raisonné dans une interrogation de cours.