CAPLP 2025 : lettres, Un cœur simple et Félicité
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Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. CAPLP externe et CAFEP — lettres-histoire et géographie, épreuve écrite disciplinaire et de discipline appliquée de lettres. Durée : 6 heures.
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Les réponses expliquent les raisonnements et les calculs. Pour les compositions et les analyses, plusieurs réponses argumentées sont possibles ; cette proposition n’est pas validée par le jury.
Question 1 — Cohérence du dossier et lecture du deuxième extrait
a) Un personnage de condition modeste au centre du récit
Le dossier permet de suivre Félicité à plusieurs moments d’Un cœur simple. Le premier extrait présente sa condition de servante et son existence quotidienne ; le deuxième révèle son courage dans une situation dangereuse ; le troisième met en jeu sa fidélité et son rapport aux objets après la mort de sa maîtresse. Le personnage ne se réduit ainsi ni à une fonction sociale ni à une première impression de lecture.
La photographie de mains dans l’ouvrage de Bourdieu et le portrait de la fermière Manda Lamétrie par Alfred Roll ouvrent une comparaison entre représentations littéraires et visuelles des existences laborieuses. Le travail d’élève révèle enfin une réception sensible, faite d’empathie et de jugements moraux. Il fournit un point de départ pour apprendre à étayer, nuancer et éventuellement réviser une interprétation.
b) Du paysage paisible à l’héroïsme sans gloire
Une progression dramatique. Le début installe un cadre de retour ordinaire, dans un paysage nocturne. L’éclairage partiel et le brouillard créent cependant les conditions d’une perception incertaine. Les bœufs paraissent d’abord tranquilles ; leur regroupement, puis l’irruption sonore du taureau font basculer la scène. La conjonction « Mais » marque nettement cette rupture.
Les perceptions auditives prennent ensuite le relais : beuglement, souffle, bruit des sabots. La comparaison des sabots avec des marteaux rend sensible la violence de la poursuite. La formule « voilà qu’il galopait maintenant ! » rapproche le récit de l’expérience immédiate des personnages et accélère le rythme. Les imparfaits expriment notamment la poursuite et les gestes répétés, tandis que les passés simples marquent des étapes décisives.
Un renversement des rôles. Félicité maîtrise d’abord les animaux par un geste familier et une voix rassurante. Quand le danger augmente, elle donne les consignes, se retourne et retient le taureau en lui lançant de la terre. La servante devient celle dont dépend le salut du groupe. Mme Aubain, habituellement dominante dans la relation sociale, suit ses indications et tente de faire franchir l’obstacle à ses enfants.
Les actions de Félicité combinent expérience pratique et courage : elle ne dispose d’aucune arme, mais utilise les ressources du lieu. Son recul prolonge le danger afin de laisser du temps aux autres. Le passage ne permet pas de conclure qu’elle serait insensible à la peur ; il montre qu’elle agit malgré une menace dont la dernière proximité est soulignée par l’hypothèse de l’éventrement.
Un héroïsme qui reste étranger au personnage. Le narrateur indique que l’événement devient un récit local durable. Félicité, pourtant, ne se reconnaît pas dans la catégorie de l’héroïque. Ce décalage invite le lecteur à réévaluer une existence initialement décrite par les tâches domestiques et la répétition. L’héroïsme n’exige ici ni rang prestigieux ni recherche de reconnaissance.
La fin revient très vite à Virginie et aux soins qu’exige son état. L’attention de Félicité se porte sur l’enfant plutôt que sur son propre exploit. Ce retour au souci d’autrui prolonge son portrait, tout en maintenant l’écart entre ce qu’elle accomplit et la place sociale qu’elle occupe. On peut donc lire la scène comme une valorisation discrète du personnage, sans transformer automatiquement chaque phrase du récit en condamnation explicite de sa maîtresse.
Question 2 — Les expansions du nom, du début à « Dépêchez-vous ! »
Une expansion apporte une information au nom à l’intérieur de son groupe ou par détachement. Il faut distinguer sa nature — adjectif, groupe prépositionnel, proposition relative — et sa fonction — épithète, complément du nom, complément de l’antécédent. Le détachement appelle une précision terminologique : on parle couramment d’apposition ou d’épithète détachée pour les groupes adjectivaux concernés.
Relevé organisé
| Nature et fonction | Exemples dans le passage | Analyse |
|---|---|---|
| Adjectifs épithètes | « premier quartier », « troisième pâture », « herbage suivant », « beuglement formidable », « souffle sonore », « haut bord » | Ils précisent l’ordre, la situation ou une propriété du nom. « Premier » et « troisième » sont ici des adjectifs ordinaux. |
| Groupe participial détaché | « Des bœufs, étendus au milieu du gazon » | « Étendus au milieu du gazon » caractérise « bœufs » ; le groupe est détaché et peut être analysé comme une épithète détachée. Il ne constitue pas le verbe conjugué de la phrase. |
| Groupes prépositionnels compléments du nom | « soir d’automne », « sinuosités de la Toucques », « partie du ciel », « sorte de complainte », « herbe de la prairie », « plaques de terre », « mottes de gazon » | Chaque groupe dépend du nom qui le précède. Il indique notamment le moment caractéristique, le lieu, le contenu ou la matière. |
| Proposition relative explicative | « un taureau, que cachait le brouillard » | Antécédent : « taureau ». « Que » est COD de « cachait » ; « le brouillard » en est le sujet inversé. La relative est complément de son antécédent. |
| Propositions relatives | « un souffle sonore qui se rapprochait », « des plaques de terre qu’elle lui jetait dans les yeux », « des mottes de gazon qui l’aveuglaient » | « Qui » est sujet dans les deux occurrences ; « qu’ » est COD de « jetait ». Les relatives développent respectivement « souffle », « plaques » et « mottes ». |
Sur téléphone, faites défiler le tableau horizontalement.
Quelques constructions demandent une analyse plus fine. Dans « La lune à son premier quartier éclairait… », le groupe « à son premier quartier » caractérise la lune dans un état donné. Il peut être rattaché au groupe nominal comme expansion prépositionnelle ; une analyse en complément prédicatif détaché sémantiquement est défendable si elle est explicitée. À l’intérieur de ce groupe, « premier » reste épithète de « quartier ».
Dans « au milieu du gazon » et « au bout de l’herbage », « du gazon » et « de l’herbage » complètent les noms « milieu » et « bout ». Les groupes entiers indiquent cependant un lieu dans leur construction d’accueil : il ne faut pas confondre le niveau interne du groupe et sa fonction dans la phrase. De même, « de l’herbage » ne dépend pas du nom « Mme Aubain ».
Ce qu’il ne faut pas confondre avec une expansion du nom
« Quatre personnes », « deux femmes », « deux mains » et « deux petits » comportent des déterminants numéraux, pas des adjectifs qualificatifs épithètes. « Petits » est employé comme nom pour désigner les enfants. Les démonstratifs et possessifs déterminent également les noms sans constituer leurs expansions.
Dans « celui qui se trouvait le plus près », la relative a pour antécédent le pronom « celui ». Elle relève du fonctionnement des relatives, mais ne développe pas directement un nom exprimé : cette précision est nécessaire dans un relevé centré sur les expansions du nom.
« Éperdue », dans « cherchait éperdue comment franchir… », caractérise Mme Aubain pendant l’action. On peut l’analyser comme une prédication seconde portant sur le sujet, ou, selon la terminologie retenue, comme une épithète détachée. Il ne faut surtout pas le rattacher au nom « bord » qui suit.
La comparaison « comme des marteaux », détachée après « Ses sabots », contribue à leur caractérisation ; elle ne doit pas être classée comme une proposition relative. Enfin, « de fureur » dépend du verbe « tremblait » : c’est un complément exprimant la cause, non un complément du nom.
Interprétation des choix grammaticaux
Au début, les expansions installent un paysage et ralentissent la narration : saison, lumière, rivière, disposition des animaux. Puis elles précisent la menace et les moyens de défense. Les relatives ajoutent des actions aux éléments perçus : le souffle approche, les projectiles frappent les yeux. L’étude grammaticale éclaire donc la transformation d’un retour paisible en scène de poursuite ; elle ne se limite pas à un inventaire d’étiquettes.
Question 3 — Une séquence de première professionnelle
Projet de lecture
Problématique : comment le récit nous conduit-il à regarder autrement Félicité ? La séquence s’inscrit dans « Lire et suivre un personnage : itinéraires romanesques ». Elle articule lecture de l’œuvre, analyses de passages, étude de la langue et carnet de lecture. La progression ci-dessous peut occuper six séances d’une à deux heures, avec des lectures accompagnées entre les séances selon les besoins de la classe.
Les objectifs sont de suivre les transformations d’un personnage, de distinguer ses actes des jugements du lecteur, d’appuyer une interprétation sur le texte et de faire évoluer une première réponse. L’évaluation finale porte sur ces apprentissages, pas sur l’adhésion à un jugement moral imposé.
Séance 1 — Entrer dans le récit et formuler des hypothèses
Les élèves découvrent le titre puis lisent le premier chapitre. Ils consignent une première impression, un passage qui la justifie et une question qu’ils souhaitent poursuivre. Une mise en commun distingue les informations explicites des hypothèses : condition de servante, tâches, durée de service, caractère prêté à Mme Aubain, relation entre les deux femmes.
Le carnet du document 6 sert à discuter la manière d’écrire une réaction de lecture. L’empathie de l’élève est recevable ; elle doit cependant être reliée à des indices et ne pas figer tout le récit. On vérifie notamment les indications d’âge dans leur contexte narratif : un nombre relevé isolément ne suffit pas à établir l’âge de Félicité à chaque épisode. Une courte réécriture transforme un jugement général en réponse argumentée.
Séance 2 — Comprendre la condition du personnage
Une lecture guidée du document 1 examine les travaux, les revenus mentionnés et la distribution des pièces de la maison. Les élèves établissent un tableau distinguant Félicité, Mme Aubain et les objets qui les entourent. Ils expliquent ensuite comment l’espace et la répétition des activités donnent à voir une hiérarchie sociale.
Le portrait peint de Manda Lamétrie ouvre une comparaison : posture frontale, vêtements, accessoires du travail et dimensions importantes du tableau donnent une présence au modèle. Il ne s’agit pas d’affirmer que la fermière et la servante ont une existence identique, mais d’observer comment une personne de condition modeste devient le centre d’une œuvre.
Séance 3 — Suivre une scène d’action
Le document 2 est lu en entier, puis découpé en étapes. Les élèves repèrent le basculement, les consignes de Félicité et les gestes qui protègent les autres. Une lecture orale contrastée fait percevoir le rythme ; elle s’appuie sur la ponctuation et les changements de temps sans surjouer une émotion absente du texte.
L’écrit de fin de séance répond à la question : « En quoi cet épisode modifie-t-il votre regard sur Félicité ? » Chaque réponse mobilise deux indices et les compare à une impression de la première séance. Le carnet conserve la première formulation pour rendre visible l’évolution de la lecture.
Séance 4 — Comprendre et employer les expansions du nom
À partir d’un court passage du document 2, les élèves comparent la version originale et une version dont certaines expansions ont été retirées. Ils identifient ce qui disparaît : précision spatiale, perception de la menace, détails des gestes. Ils classent ensuite adjectifs, groupes prépositionnels et relatives en indiquant leur nom support.
Des manipulations permettent de distinguer déterminant et expansion, de remplacer un adjectif par une relative et de vérifier le rôle du pronom relatif. Une activité de réécriture demande d’enrichir une brève scène d’action avec trois expansions de natures différentes, puis de justifier leur utilité. La correction privilégie la justesse des rattachements et la clarté du texte, plutôt que l’accumulation d’adjectifs.
Séance 5 — Relire la fidélité et les traces du travail
Après la lecture des chapitres concernés, le document 3 permet de revenir sur la durée de la relation et le rôle des objets. Les élèves confrontent les interprétations possibles de la fidélité : attachement, habitudes, dépendance et mémoire peuvent se combiner. Ils distinguent une proposition appuyée sur le passage d’une explication psychologique sans preuve.
La photographie du document 4 est décrite avant d’être interprétée. Les mains occupent le cadre et portent des marques visibles ; l’image ne permet pas à elle seule d’attribuer une biographie précise à la personne. La comparaison avec le tableau et le récit porte sur la façon dont le corps, les objets et les gestes rendent une vie présente au lecteur ou au spectateur.
Séance 6 — Construire un bilan de lecture
L’évaluation demande un écrit argumenté : « Félicité est-elle seulement une servante effacée ? » Les élèves utilisent au moins deux moments distincts de l’œuvre et peuvent rapprocher un document visuel du texte, à condition d’expliquer ce rapprochement. Un court exercice de langue vérifie séparément l’identification et l’emploi des expansions.
Les critères annoncés sont la réponse à la question, l’exactitude des références, l’explication des exemples, la nuance et la lisibilité. Une seconde version permet de reprendre les passages où l’élève a raconté sans interpréter ou affirmé sans justifier. Le carnet se clôt par une comparaison entre le premier regard et le bilan : apprendre à suivre un personnage implique aussi de reconnaître ce qui a changé dans sa propre lecture.
Pour les élèves qui en ont besoin, les passages sont segmentés, le vocabulaire préparé et l’écoute accompagnée proposée. Ces aides maintiennent la même question de lecture et les mêmes exigences de justification ; elles facilitent l’accès au texte sans remplacer celui-ci par un résumé.