CAPLP externe bac + 3 lettres-histoire-géographie 2026 : corrigés des deux compositions
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Propositions de correction non officielles. La seconde épreuve écrite du CAPLP et du CAFEP-CAPLP externe bac + 3, section lettres-histoire-géographie, session 2026 laissait cinq heures pour traiter un sujet au choix : en géographie, « Les centres de la mondialisation » ; en histoire, « La Première Guerre mondiale : une guerre totale ». Les deux possibilités reçoivent ici une dissertation rédigée. Un candidat n’avait à en composer qu’une.
Sujet officiel · Rapport du jury · Annales du CAPLP
Sujet de géographie : « Les centres de la mondialisation »
Introduction
Un produit peut être conçu dans la région de San Francisco, son lancement décidé à New York et financé à Londres, puis sa fabrication et son expédition organisées en Asie. Ces lieux ne jouent pas le même rôle, mais ils disposent chacun d’une capacité à orienter des flux qui les dépassent. Les appeler « centres » ne signifie donc pas qu’ils se trouvent au milieu d’une carte. Un centre concentre des fonctions de décision, des ressources et des connexions grâce auxquelles il attire des activités et exerce une influence sur d’autres espaces.
La mondialisation est la mise en relation croissante des économies, des sociétés et des territoires à différentes échelles. Elle produit des réseaux, mais ces réseaux ne distribuent pas également le pouvoir. Le pluriel du sujet invite à examiner plusieurs centres, leur hiérarchie et leurs spécialités. Une métropole financière, une façade portuaire et une région de haute technologie peuvent exercer des centralités différentes. Comment des centres de nature et d’échelle variées organisent-ils la mondialisation, et pourquoi leur puissance reste-t-elle à la fois inégale et dépendante des espaces qu’ils relient ?
On peut d’abord identifier les fonctions qui font d’un lieu un centre, puis comprendre la diversité de leurs formes et de leurs échelles, avant d’examiner les dépendances et les contrastes que leur rayonnement masque parfois.
La concentration des décisions transforme certains lieux en centres
Une entreprise dont les usines sont dispersées peut concentrer son siège, ses services juridiques, ses choix financiers et sa stratégie dans une grande métropole. Ce lieu pilote des activités situées ailleurs. La centralité naît ainsi moins de la seule population que de la capacité à prendre des décisions et à les faire circuler. New York illustre ce cumul : sièges d’entreprises, finance, services spécialisés, médias et institutions internationales y produisent des décisions ou des représentations qui touchent de nombreux territoires. Le centre est en même temps un nœud du réseau mondial et un lieu d’impulsion.
Cette puissance suppose des infrastructures. Les aéroports, ports, réseaux ferroviaires, câbles et centres de données assurent la circulation des personnes, des marchandises et des informations. Une place financière s’appuie sur des connexions rapides avec les autres marchés. Les ports desservant un arrière-pays productif et consommateur organisent des échanges entre mer et continent. Les hubs de transbordement occupent une autre place dans les réseaux : ils peuvent redistribuer des flux maritimes avec un arrière-pays terrestre limité, voire inexistant. Ces fonctions logistiques ne se confondent pas avec le commandement économique. Les grandes façades maritimes de l’Asie orientale combinent accès à la mer, terminaux, logistique, industrie et métropoles. Shanghai articule ainsi un rôle portuaire majeur à des fonctions de commandement économique. Sa centralité ne tient pas à un seul équipement : elle résulte de l’association de fonctions complémentaires.
Les centres attirent en outre des personnes qualifiées, des investissements et des institutions de savoir. La région de San Francisco associe universités, entreprises numériques, capital et main-d’œuvre spécialisée. Les innovations qui y sont décidées ou financées peuvent modifier des usages très éloignés de la Californie. Cette influence culturelle et technique montre qu’un centre n’est pas uniquement un lieu d’échange de marchandises. Il peut fixer des normes, lancer des produits et orienter les imaginaires.
Des centres pluriels composent une hiérarchie mobile
Tous les centres ne commandent pas les mêmes flux ni à la même échelle. New York, Londres, Paris ou Tokyo cumulent plusieurs fonctions internationales ; d’autres lieux exercent une influence plus spécialisée. Genève, par exemple, tient une place singulière dans la diplomatie et les organisations internationales, sans occuper le même rang dans la production industrielle mondiale. Un port peut être essentiel aux échanges matériels et dépendre, pour ses investissements, d’une décision prise dans une métropole financière. Le pluriel du sujet traduit donc une division du travail entre centres autant qu’une concurrence.
La centralité est également emboîtée. La Défense concentre des sièges et des services à l’échelle de la métropole parisienne ; Paris exerce des fonctions nationales et mondiales ; la région métropolitaine dépend de liaisons avec d’autres villes européennes. Une carte réduite à des points masquera ces relations. Les centres peuvent s’agréger en ensembles plus vastes, comme la mégalopole du Nord-Est des États-Unis ou les grandes façades littorales asiatiques. Ces ensembles relient plusieurs pôles plutôt qu’ils ne se résument à une capitale unique.
La hiérarchie change avec les investissements et les transformations économiques. L’essor des échanges avec l’Asie a accru le rôle de grandes métropoles chinoises ; la diffusion des réseaux numériques peut renforcer certains pôles technologiques. Mais un nouveau terminal ou un quartier d’affaires ne suffit pas, à lui seul, à faire naître une centralité complète. Celle-ci requiert des entreprises, des compétences, des institutions, des liaisons et une capacité durable à attirer des activités. Les politiques urbaines cherchent à réunir ces conditions, parfois en accueillant de grandes manifestations ou en construisant de nouveaux équipements. Leurs résultats demeurent variables.
Le rayonnement des centres repose sur des dépendances et des inégalités
Le centre ne fonctionne pas sans les territoires qui le nourrissent. Une métropole consomme des produits et de l’énergie venus d’ailleurs ; ses entreprises s’appuient sur des sites de production et des plateformes logistiques extérieurs. Le siège d’une firme peut diriger une chaîne de valeur sans fabriquer l’objet vendu. Opposer mécaniquement un centre autonome à une périphérie passive serait donc trompeur. Les relations sont asymétriques, mais l’espace qui commande dépend matériellement de celui où l’on extrait, produit, transporte et répare.
À l’intérieur même des métropoles, les bénéfices de la centralité sont inégalement répartis. Les emplois de direction et les services peu rémunérés coexistent ; la hausse des prix fonciers peut éloigner les travailleurs des lieux où ils travaillent. Londres associe les fonctions financières de la City et de Canary Wharf à des quartiers où les revenus et les conditions de logement sont très différents. Le rayonnement international ne décrit donc pas la vie de tous les habitants du centre. La mondialisation peut concentrer richesses et précarités dans un même espace.
Enfin, les centres affrontent des limites. Le transport maritime peut être perturbé ; la concentration des données et des capitaux crée des vulnérabilités ; les infrastructures et les déplacements ont des coûts environnementaux. Une ville qui rayonne doit composer avec ces contraintes, ainsi qu’avec la concurrence d’autres pôles. Sa puissance n’est ni naturelle ni garantie. Elle dépend de choix politiques, de réseaux entretenus et de rapports de force susceptibles de changer.
Conclusion de géographie
Les centres de la mondialisation concentrent des fonctions de décision et des connexions qui leur permettent d’attirer et d’orienter des flux. Leur diversité va de la métropole aux régions et façades spécialisées ; leur hiérarchie évolue avec les réseaux qu’ils animent. Ils organisent la mondialisation parce qu’ils relient des territoires inégalement puissants, tout en dépendant de ces territoires pour fonctionner. Leurs contrastes internes et leurs vulnérabilités empêchent de confondre influence mondiale et richesse uniformément partagée.
Sujet d’histoire : « La Première Guerre mondiale : une guerre totale »
Introduction
À Verdun en 1916, les soldats affrontent l’artillerie dans une bataille d’usure. L’obus qu’ils reçoivent vient pourtant d’une chaîne bien plus large : mines, usines, transports, finances, main-d’œuvre et décisions politiques. Les combats ne se comprennent pas sans l’arrière. Cette articulation explique pourquoi la guerre de 1914-1918 a souvent été qualifiée de « totale ». Encore faut-il préciser ce que le mot signifie et éviter de prétendre que tous les habitants auraient combattu de la même manière.
Une guerre totale tend à mobiliser les ressources humaines, économiques et politiques d’une société, tout en étendant les effets du conflit aux civils et à des espaces éloignés du front. La Première Guerre mondiale, née de la crise européenne de 1914, devient un affrontement durable entre coalitions et s’étend au-delà de l’Europe par les empires coloniaux et les routes maritimes. Elle n’a pas été « totale » d’un seul coup ni partout au même degré. Comment la prolongation du conflit a-t-elle entraîné la mobilisation des sociétés entières et fait de la distinction entre front et arrière une frontière de plus en plus fragile ?
Il faut suivre l’élargissement de la mobilisation militaire, puis mesurer l’engagement des économies et des populations civiles, avant d’examiner les violences et les conséquences qui donnent à cette guerre sa portée mondiale et durable.
Des armées de masse soutenues par des États mobilisés
À l’été 1914, les puissances européennes mobilisent des millions d’hommes. Les alliances entraînent plusieurs États dans la guerre, tandis que la bataille de la Marne en septembre marque l’échec d’une victoire allemande rapide à l’Ouest. La stabilisation du front occidental installe une guerre de position. Cette durée change l’échelle des besoins : les pertes doivent être remplacées, les armées équipées et ravitaillées, les voies ferrées utilisées en continu. La mobilisation initiale devient une organisation permanente.
L’artillerie et les mitrailleuses augmentent la puissance de destruction. À Verdun, de février à décembre 1916, l’affrontement vise l’usure de l’adversaire autant que la conquête d’un terrain. Sur la Somme, la même année, l’ampleur des pertes montre ce que produit la combinaison de l’assaut de masse et du feu industriel. La violence du front ne dépend pas seulement du courage ou des décisions tactiques : elle repose sur la production d’obus, la capacité de transport et la mobilisation de ressources nationales. Le soldat se trouve à la pointe d’un appareil collectif.
Le conflit implique aussi les empires coloniaux. La France et le Royaume-Uni recrutent soldats et travailleurs dans leurs territoires d’outre-mer ; ces hommes participent aux combats, à la logistique et à la production, souvent dans des conditions marquées par la contrainte et l’inégalité. Les fronts s’étendent au Moyen-Orient, en Afrique et sur les mers. L’entrée des États-Unis en 1917 apporte des moyens humains, financiers et industriels supplémentaires aux Alliés. « Mondiale » ne désigne donc pas une simple liste de pays belligérants : la guerre relie des ressources et des espaces très éloignés du front occidental.
Économies, opinions et civils deviennent des enjeux de la guerre
Une guerre longue exige de produire davantage d’armes, de munitions et de navires. Les États commandent, financent et orientent des activités qui ne peuvent plus suivre seulement les besoins de paix. Les entreprises se reconvertissent ; les emprunts et les impôts soutiennent la dépense ; les transports sont prioritairement affectés aux armées. Les femmes occupent des emplois industriels et administratifs laissés vacants par les mobilisés. Cette participation ne supprime pas les inégalités de salaire et de statut, et une partie des changements est remise en cause après 1918. Elle montre toutefois que l’arrière n’est pas extérieur à la conduite du conflit.
Les gouvernements cherchent aussi à tenir les sociétés dans la durée. La censure limite la diffusion d’informations jugées dangereuses pour l’effort de guerre ; affiches, journaux et discours présentent le sacrifice comme nécessaire. Les familles reçoivent des nouvelles fragmentaires du front et supportent les deuils. Le rationnement et les pénuries, particulièrement sévères dans certains pays soumis aux blocus, inscrivent la guerre dans les gestes quotidiens. La « mobilisation des esprits » n’implique pas une adhésion uniforme : fatigue, critiques, grèves ou refus apparaissent également. Le caractère total désigne l’étendue des prises de l’État et de la guerre sur la société, pas la disparition de tout désaccord.
La population civile est elle-même touchée par des violences qui débordent le champ de bataille. Les occupations, les déportations et les destructions atteignent les territoires envahis. Le génocide des Arméniens dans l’Empire ottoman en 1915 s’inscrit dans le contexte de la guerre, tout en résultant d’une politique spécifique de persécution et d’extermination qu’il faut nommer en propre. Le présenter comme un simple dommage collatéral de la « guerre totale » en effacerait la responsabilité. Les civils deviennent ainsi des cibles ou des victimes directes de décisions politiques et militaires.
La sortie de guerre révèle la profondeur de la mobilisation
En 1918, l’armistice arrête les combats à l’Ouest, mais il ne rend pas immédiatement les sociétés à leur état de 1914. Les morts, blessés et invalides, les régions dévastées, les dettes et les familles endeuillées imposent une reconstruction longue. La démobilisation des soldats et le retour des travailleurs aux activités civiles soulèvent de nouveaux conflits sociaux. Les empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman se sont effondrés ou disloqués ; les traités redessinent la carte de l’Europe sans résoudre toutes les revendications nationales.
La guerre a également transformé les rapports entre l’État et la société. La capacité de diriger l’économie ou de réclamer le sacrifice de millions de personnes devient un précédent, même si les institutions de guerre ne sont pas toutes maintenues. La mémoire collective se construit autour des morts, des monuments, des anciens combattants et des débats sur les responsabilités. Les populations colonisées, qui ont contribué à l’effort de guerre, peuvent réclamer que les promesses faites pendant le conflit soient suivies d’effets ; beaucoup restent confrontées à la domination impériale. La sortie de guerre manifeste ainsi que l’engagement total des ressources a créé des attentes et des blessures que l’armistice ne clôt pas.
Le terme « total » doit pourtant rester un outil d’analyse, non un jugement sans nuance. Les formes de mobilisation varient selon les États, les années et les territoires. Tous les civils ne subissent pas la même violence, et aucune société ne se confond entièrement avec son appareil militaire. Ce que la Première Guerre mondiale rend visible, c’est une dynamique : plus la victoire rapide s’éloigne, plus les gouvernements cherchent dans l’ensemble de leurs populations et de leurs ressources les moyens de poursuivre le combat.
Conclusion d’histoire
La Première Guerre mondiale est une guerre totale par l’extension de la mobilisation aux armées, aux économies, aux empires et aux opinions, ainsi que par l’atteinte portée aux civils. Le front dépend de l’arrière, tandis que l’arrière vit sous les contraintes et les violences du conflit. Cette totalité est une tendance construite par la durée et l’intensité de la guerre, non une situation identique pour tous dès 1914. Ses conséquences humaines et politiques prolongent le conflit bien après la fin des combats.