CAPLP externe bac + 3 lettres-histoire-géographie 2026 : corrigé de l’épreuve de lettres

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Proposition de correction non officielle. La première épreuve écrite du CAPLP et du CAFEP-CAPLP externe bac + 3 lettres-histoire-géographie 2026, d’une durée de cinq heures, comportait trois questions : une présentation du corpus Flaubert, Baudelaire, Beauvoir et Mauvignier (8 points), une étude des relatives dans le premier paragraphe de La Maison vide (4 points), puis une analyse littéraire de l’extrait des Mémoires d’une jeune fille rangée (8 points). Les trois réponses sont rédigées ci-dessous.

Sujet officiel · Rapport du jury · Annales du CAPLP

1. Présentation d’ensemble du corpus

Cinq enfants se découvrent sous un regard qui les classe : Charles Bovary parmi ses camarades, les deux garçons de Baudelaire de part et d’autre d’une grille, la petite fille de Beauvoir dans sa famille bourgeoise, Marie-Ernestine parmi les pensionnaires d’un couvent. La cohérence du corpus tient à cette expérience du regard social dans l’enfance. Mais les textes ne lui donnent ni la même forme ni la même issue. Comment l’écriture rend-elle perceptibles les codes qui séparent les enfants, et peut-elle desserrer ces séparations ?

Chez Flaubert, l’exclusion naît d’un usage collectif. Le « nouveau » ignore le rituel des casquettes et sa maladresse l’expose au rire de la classe. Le narrateur emploie d’abord un « nous » qui fait corps avec les élèves déjà installés ; Charles reste désigné par sa place d’étranger au groupe. Le détail de l’habit et l’inventaire presque impossible de sa casquette attirent sur lui un regard à la fois descriptif et ironique. Le texte ne construit pas une opposition nette entre riche et pauvre : il montre surtout qu’une règle scolaire non écrite suffit à distinguer celui qui appartient au groupe de celui qui n’en possède pas les gestes.

Dans « Le Joujou du pauvre », Baudelaire matérialise la séparation par la grille entre jardin du château et route. Les vêtements, le jouet luxueux et le paysage d’un côté s’opposent à la poussière, aux orties et au rat de l’autre. Pourtant, le garçon riche regarde avec envie le jeu de l’enfant pauvre. La valeur du jouet cesse alors de suivre son prix ; la curiosité passe à travers la barrière que les adultes voient comme un partage des conditions. Le sourire final rapproche les deux enfants sans abolir la différence matérielle de leurs vies. Le poème en prose donne à cette scène une pointe presque provocante : un rat vivant captive davantage que l’objet doré, et la fraternité se laisse voir là où l’ordre social instituait une distance.

Beauvoir raconte l’autre face de l’appartenance. L’enfant ne souffre pas d’être rejetée ; elle se croit heureuse et supérieure parce que son milieu lui a appris à voir ses pratiques comme la norme. Les interdictions de jouer avec des inconnues, la coquille personnelle pour boire ou les pétales de roses à Mardi gras deviennent à ses yeux des preuves de raffinement. L’autobiographie laisse pourtant entendre la distance de la narratrice adulte : le confort de l’enfance se transforme peu à peu, dans le récit, en signe d’une séparation sociale intériorisée. Ici, l’exclusion n’est pas une scène bruyante comme chez Flaubert ; elle se transmet dans des habitudes familiales qui paraissent naturelles à celle qui les a reçues.

Mauvignier place Marie-Ernestine dans la situation inverse de celle de la jeune Beauvoir. Son excellence scolaire attire l’admiration des maîtresses, mais ne lui ouvre pas le groupe des filles de bonne famille. Ses camarades interprètent sa réussite comme l’audace d’une étrangère sociale. La longue phrase accumule filiations, manières de parler, gestes et signes de distinction : elle fait sentir que les codes ne se réduisent pas à une règle que l’on apprendrait par cœur. La jeune fille finit par regarder ses propres parents avec les yeux du groupe qui la méprise. La domination agit alors dans deux sens : elle la tient à l’écart des autres pensionnaires et l’éloigne de son origine.

Le corpus oppose ainsi plusieurs positions possibles. Charles et Marie-Ernestine subissent l’évaluation d’un collectif ; la petite Beauvoir y participe sans le savoir ; les enfants de Baudelaire franchissent, le temps d’un regard et d’un rire, la séparation qui les entoure. Les formes littéraires rendent ces différences lisibles : ironie narrative de l’incipit, contraste visuel du poème en prose, double regard autobiographique, phrase ample qui reproduit l’enchevêtrement des normes sociales. Aucun texte ne dit simplement que l’enfance serait innocente ou que la classe déterminerait mécaniquement chaque geste. Tous montrent comment un enfant apprend, rencontre ou conteste la place que d’autres lui assignent.

2. Les relatives du premier paragraphe de La Maison vide

Une proposition subordonnée relative se rattache ici à un antécédent nominal. Le pronom relatif introduit la subordonnée et y occupe une fonction : sujet, complément d’objet ou autre complément. La plupart des relatives ci-dessous restreignent l’identification de leur antécédent ; celles détachées par la ponctuation apportent une précision explicative. Le passage délimité par le sujet contient dix relatives.

Faites défiler le tableau horizontalement pour consulter toutes les colonnes.

Passage repéré dans le texteAntécédentPronom et fonction dans la relativeFonction de la relative
« sur laquelle… modelé »« l’excellence »laquelle, pronom composé dans « sur laquelle », COI de modelerÉpithète déterminative
« qu’… prévue »« une conséquence »que, COD de avait prévueÉpithète déterminative
« dont… réalité »« une conséquence »dont, complément du nom réalité : la réalité de cette conséquenceÉpithète déterminative
« qui… apprécié »« ces jeunes filles »qui, sujet de avaient appréciéÉpithète déterminative
« qui… acceptées »« des jeunes filles très bien »qui, sujet de n’avaient pas à être acceptéesRelative apposée, explicative
« qui… était »« maison »qui, sujet de étaitÉpithète déterminative
« qui… appris »« Marie-Ernestine »qui, sujet de avait apprisRelative apposée, explicative : le personnage est déjà identifié
« grâce à qui… feindre »« son frère Paul »qui, introduit par « grâce à », complément circonstanciel d’accompagnement ou de moyenRelative apposée, explicative
« auxquelles… attention »« d’habitudes »lesquelles, forme contractée avec à, COI de la locution faire attention àÉpithète déterminative
« qui… montré »« les prétendants »qui, sujet de auraient montréÉpithète déterminative

Le rapport du jury classe la relative après « Marie-Ernestine » comme épithète déterminative. Nous retenons ici une lecture apposée, car la virgule la détache d’un nom propre qui identifie déjà le personnage : la proposition ajoute une information sans sélectionner une Marie-Ernestine parmi plusieurs. Les deux classements sont ainsi signalés, avec le critère syntaxique qui motive celui du tableau.

Deux points méritent d’être précisés. Dans « qu’elle n’avait pas prévue », que reprend « conséquence » comme COD placé avant le participe passé, d’où l’accord féminin singulier prévue. Dans « dont la réalité s’était imposée », dont ne remplace pas le sujet de s’était imposée : ce sujet est « la réalité », complétée par l’idée « de cette conséquence ». La forme « auxquelles » porte, quant à elle, la préposition exigée par la locution faire attention à. Le relevé distingue ainsi la nature commune de ces propositions de la fonction particulière de chaque pronom.

3. Analyse littéraire de l’extrait des Mémoires d’une jeune fille rangée

Dans cet extrait autobiographique de 1958, Simone de Beauvoir raconte la sécurité de sa petite enfance dans une famille bourgeoise. Le texte est construit en deux mouvements : le premier donne à entendre un attachement heureux à tout ce qui compose son univers ; le second expose la conviction d’appartenir à une « élite ». Pourtant, la voix qui raconte n’est pas seulement celle de l’enfant. L’adulte choisit des détails qui rendent visibles les raisons sociales de cette assurance et introduit une distance ironique. Comment le récit d’un bonheur sans manque révèle-t-il, de l’intérieur, l’apprentissage d’un sentiment de supériorité ?

Un monde aimé parce qu’il semble ne rien laisser manquer

L’ouverture attribue au « ciel » le choix de la famille et de la vie reçues. Cette formulation donne à l’existence familière la valeur d’un don exceptionnel, alors que l’enfant n’a rien comparé. La série « ces parents, cette sœur, cette vie » resserre le bonheur autour du proche : elle ne réclame aucun ailleurs. Les démonstratifs rapprochent les êtres nommés de la conscience qui les évoque. L’imparfait domine, non pour raconter un seul événement, mais pour restituer une manière durable d’être au monde.

La narratrice oppose les choses possédées aux « mirages » et affirme que ses attachements surpassaient ses convoitises. La poupée usée Blondine n’est pas évaluée selon son prix ou son apparence : l’affection la rend « unique, irremplaçable ». Le parc familial et l’appartement ne seraient échangés contre aucun paradis ni palais. Ces comparaisons hyperboliques montrent la force d’un bonheur qui se suffit à lui-même. Elles préparent aussi une ambiguïté : aimer ce que l’on a peut conduire à croire que ce que l’on a est objectivement supérieur.

Cette adhésion s’étend au corps et à l’identité. L’enfant ne s’imagine pas « dans une autre peau » et se plaît dans la sienne. Elle ne conçoit pas davantage que ses proches puissent être différents. L’hypothèse même d’un autre monde familial reste hors de son horizon. L’assurance est touchante, mais l’écriture adulte laisse déjà percevoir le mécanisme qui la rend possible : un cercle protecteur, assez fermé pour apparaître comme le monde entier.

Le contentement devient une hiérarchie sociale

La rupture du second paragraphe tient dans la formule générale : « Il n’y a pas loin du contentement à la suffisance. » L’adulte transforme l’expérience enfantine en objet d’examen. Le bonheur ne disparaît pas ; il devient le point de départ d’un jugement qui classe les autres. Les parents sont des « êtres d’exception » et leur foyer devient « exemplaire ». Le raisonnement prêté à l’enfant est révélateur : puisque les parents critiquent autrui sans être critiqués en retour devant elle, leur mode de vie doit représenter la norme. La conclusion est assurée, mais l’indice sur lequel elle repose est pauvre. L’ironie naît de cet écart.

Les exemples matériels accentuent le décalage. Ne pas jouer avec des inconnues prouverait que les filles de la famille sont d’une « étoffe plus raffinée » ; utiliser une coquille nacrée plutôt qu’un gobelet commun distinguerait leur rang ; les pâtisseries ordinaires paraissent impropres à leurs estomacs. L’énumération des usages produit un effet inverse de celui qu’y voyait la petite fille. Pour elle, chacun atteste une supériorité naturelle. Pour le lecteur, l’accumulation montre des habitudes transmises par un milieu, parfois coûteuses, parfois arbitraires. La distinction sociale s’est logée dans les gestes, les goûts et jusqu’au vocabulaire de la nourriture.

Le lexique oppose ainsi « nous » au « vulgaire », au « commun » et au « troupeau ». La petite fille ne décrit pas simplement des différences : elle les hiérarchise. L’école privée et ses classes numérotées de façon singulière deviennent une autre preuve d’exception. La pratique religieuse elle-même sert à ne pas se « mélanger » aux enfants de la paroisse. Le dernier énoncé, « J’appartenais à une élite », peut être lu comme la conviction sans réserve de l’enfant ; placé à la fin d’une série de preuves fragiles, il porte aussi la distance de celle qui écrit. Le récit n’ajoute pas une condamnation explicite : il laisse les faits et leur agencement rendre la conviction contestable.

Le double regard fait de l’autobiographie une enquête

Le « je » a deux positions temporelles. L’enfant vit les faits et croit à la valeur naturelle de son monde ; l’adulte les choisit, les ordonne et nomme la « suffisance » qu’ils contenaient. L’ironie n’est pas une moquerie extérieure qui ridiculiserait l’enfant. Elle fait sentir comment une certitude sincère peut être fabriquée par un cadre familial. La narratrice garde la mémoire de son bonheur tout en comprenant désormais qu’il reposait sur des comparaisons dont elle ne maîtrisait pas les termes.

Cette tension donne au texte sa portée littéraire. La poupée, la coquille, les pétales et les gobelets ne sont pas de simples données autobiographiques : ils deviennent des scènes où une conscience apprend à reconnaître les siens et à tenir les autres à distance. L’adulte ne remplace pas la voix de l’enfant par un discours sociologique ; elle fait jouer les deux voix dans la même phrase ou entre deux paragraphes. Le lecteur peut ainsi éprouver l’évidence du bonheur premier, puis voir se former l’illusion d’une supériorité. L’enfance racontée n’est pas un décor explicatif de la vie future : c’est déjà un lieu où se construit une façon de juger le monde.

Conclusion de l’analyse

L’extrait commence par la plénitude d’un attachement familial et s’achève sur l’affirmation d’un rang social. La narratrice adulte fait apparaître le passage de l’un à l’autre sans nier la sincérité du souvenir. Par la juxtaposition de détails familiers et de jugements disproportionnés, l’autobiographie révèle que la « chance » éprouvée par l’enfant s’est changée en certitude d’être supérieure. Le double regard donne à cette certitude sa profondeur et sa fragilité.