CAPLP lettres-histoire 2025 : corrigé sur les républiques atlantiques

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Proposition de correction non officielle. Le second sujet écrit du CAPLP externe et du CAFEP-CAPLP lettres-histoire 2025 relève de l’histoire. Il demande un commentaire scientifique de deux documents sur la République et une séquence pédagogique utilisant tout ou partie du dossier. Le troisième document est une gravure de 1794. Durée : six heures. Les textes de 1792 et de 1833 sont étudiés selon leur date propre ; ils ne portent pas le même regard sur les révolutions atlantiques.

Sujet officiel · Rapport du jury · Annales du CAPLP

Commentaire scientifique des documents 1 et 2

Le premier document est un extrait de l’essai que Louis-Prosper Conseil place en 1833 en tête de sa traduction de mémoires et de lettres de Thomas Jefferson. Ce n’est donc pas un texte écrit par Jefferson pendant la Révolution américaine, ni un témoignage immédiat de 1776. Conseil s’adresse à des lecteurs français de la monarchie de Juillet et propose les États-Unis comme argument dans le débat sur la possibilité d’une république durable. Le deuxième document est le compte rendu de la séance de l’Assemblée législative du 21 septembre 1792, au cours de laquelle les députés cessent leurs fonctions et accueillent une délégation de la Convention nationale. Le récit a été publié bien plus tard dans les Archives parlementaires : le contenu rapporte une séance de 1792, mais sa forme imprimée relève d’une édition historique. Les deux textes posent une même question à quarante et un ans de distance : comment faire reposer la légitimité d’un régime républicain sur le peuple, tout en donnant à cette souveraineté des institutions capables de durer ?

Une souveraineté affirmée dans deux situations différentes

La séance de 1792 se déroule après la journée du 10 août, qui a renversé la monarchie constitutionnelle et suspendu Louis XVI. Une nouvelle assemblée a été élue au suffrage masculin élargi : la Convention. François de Neufchâteau propose que l’Assemblée législative mette fin à ses délibérations lorsque la Convention annonce sa constitution. Les députés veulent accompagner les nouveaux représentants jusqu’au lieu de leurs séances. Ce geste public donne à la passation de pouvoir une signification politique : les représentants sortants reconnaissent que leur mandat prend fin et que la nouvelle assemblée reçoit sa légitimité de l’élection. Les applaudissements consignés dans le procès-verbal rendent visible cette reconnaissance, sans prouver à eux seuls une unanimité de la population française.

Le discours attribue l’autorité de la Convention au peuple qu’elle représente. Il présente les élections organisées après le 10 août comme l’approbation des mesures exceptionnelles prises par l’Assemblée législative. Il faut lire cette affirmation comme une justification politique produite par des acteurs engagés, non comme un constat statistique d’adhésion unanime. Les femmes ne votent pas ; l’expression de la souveraineté est élargie par rapport au suffrage censitaire de 1791, mais elle ne comprend pas tous les habitants. La formule qui oppose la nation à un seul homme vise le roi déchu et met en scène la rupture avec le pouvoir monarchique. Le texte documente ainsi le moment où les députés cherchent à faire accepter une nouvelle source d’autorité, avant même que la Convention n’abolisse formellement la royauté plus tard dans la journée.

Conseil, lui, réfléchit après plusieurs expériences françaises de république et de changement constitutionnel. Il évoque les régimes issus de 1795 et de Brumaire pour expliquer que les tentatives françaises n’ont pas, à ses yeux, suffi à démontrer la viabilité d’une république. Il choisit les États-Unis comme contre-exemple aux objections : un régime républicain pourrait gouverner une population nombreuse, un vaste territoire et une société commerçante. Ses chiffres de population et de superficie servent cet argument comparatif ; ils appartiennent à sa démonstration de 1833 et ne doivent pas être appliqués sans recul aux États-Unis de 1776 ou à la France de 1792. En parlant de l’« école américaine », il rassemble sous un même nom des hommes et des institutions dont il veut faire un modèle ; cette sélection laisse de côté les désaccords entre les fondateurs américains.

Représenter le peuple, limiter le pouvoir

Les deux documents accordent une place centrale aux représentants, mais ils ne décrivent pas la même architecture institutionnelle. En septembre 1792, la première nécessité est la continuité de l’autorité publique. L’Assemblée législative annonce qu’elle cessera toute délibération dès l’arrivée de la Convention. Le compte rendu consigne même la fermeture du procès-verbal à midi et demi. Cette précision donne à la rupture révolutionnaire la forme d’un transfert réglé, au moment où l’État traverse une guerre extérieure et de fortes tensions intérieures. François de Neufchâteau affirme que les lois, la liberté et la paix doivent être les biens de la nation ; il confie à la Convention la tâche de les établir. Son discours réclame aussi l’unité et la soumission aux lois futures, signe que la légitimité électorale ne règle pas, à elle seule, le problème de la stabilité du pays.

Conseil décrit plus explicitement ce que devrait être le gouvernement du peuple : les citoyens élisent les délégués auxquels ils confient l’exercice des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Le renouvellement fréquent des élections doit maintenir les titulaires des charges sous le contrôle de leurs mandants. Ce n’est pas une invitation à une décision permanente de tous sur chaque affaire : Conseil pense un régime de représentation contrôlée. En opposant ceux qui veulent garder le peuple sous tutelle à ceux qui cherchent son émancipation, il donne à la participation électorale une valeur morale et politique. Sa préférence pour la diffusion publique des idées et les associations ouvertes, plutôt que pour les conspirations ou l’appel à la force, prend également sens dans la France de 1833 : il défend une action républicaine légale sous un régime monarchique.

La proximité des mots — peuple, liberté, loi — ne doit pas masquer une tension. Dans le document de 1792, l’urgence autorise des mesures extraordinaires et la rhétorique de la sauvegarde de la nation peut légitimer un pouvoir très concentré. Le discours promet de combattre l’anarchie et de faire plier tous les obstacles sous la loi ; cette énergie peut protéger la révolution, mais elle appelle aussi une vigilance sur les moyens employés. Chez Conseil, le renouvellement des mandats et la distinction des pouvoirs visent précisément à éviter qu’un gouvernant ou un groupe monopolise l’autorité. Les deux textes montrent donc un même principe républicain soumis à deux épreuves différentes : conquérir le pouvoir au nom du peuple, puis organiser sa limitation et sa durée.

L’universalité proclamée et les limites de la citoyenneté

Les deux auteurs font appel à la liberté et à l’égalité, mais il faut demander qui en bénéficie effectivement. La Convention de 1792 résulte d’un suffrage masculin ; les femmes restent exclues de l’élection nationale. Conseil souhaite que le corps électoral se rapproche de l’universalité de ceux qui contribuent aux charges publiques, mais sa formule ne précise pas la place des femmes, des personnes réduites en esclavage ou des populations autochtones dans l’exemple américain. Aux États-Unis des années 1830, l’existence de l’esclavage contredit toute lecture qui ferait de la république américaine une démocratie universelle accomplie. Le modèle de Conseil est donc un choix argumentatif, non la description exhaustive d’une société égale en droits.

Le programme du concours comprend aussi Saint-Domingue. Aucun des deux textes commentés ne décrit la révolte qui y commence en 1791, les débats sur l’esclavage ou l’indépendance d’Haïti en 1804. Cette absence est instructive : l’espace atlantique ne se résume pas à la circulation d’un modèle entre la France et les États-Unis. Les revendications de liberté portées par des personnes esclavisées éprouvent l’universalité des principes proclamés de part et d’autre de l’océan. Un commentaire rigoureux peut signaler cette limite du dossier sans prêter à Conseil ou aux députés de 1792 des positions qu’ils n’expriment pas dans ces extraits.

Les documents éclairent finalement deux temps de la construction républicaine. La séance de 1792 montre une assemblée qui remet son pouvoir à une autre au nom de la souveraineté nationale, dans une situation de crise. Le texte de 1833 transforme l’expérience américaine en argument pour une république française représentative, élective et durable. Leur comparaison ne démontre ni que la République était stabilisée en France dès le 21 septembre 1792, ni que le régime américain réalisait pleinement l’égalité qu’il promettait. Elle montre comment un même langage de la liberté peut soutenir des institutions et des usages politiques qu’il faut toujours replacer dans leur date.

Séquence pédagogique en seconde professionnelle

La séquence s’inscrit dans le thème d’histoire « L’Amérique et l’Europe en révolution (des années 1760 à 1804) », étudié en seconde professionnelle. Elle pose la question suivante : qui parle au nom du peuple dans les révolutions atlantiques, et qui reste à l’écart des droits proclamés ? Les élèves doivent savoir situer trois espaces — États-Unis, France, Saint-Domingue — et quelques repères : la Constitution américaine de 1787, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la chute de la monarchie française en août 1792, la Convention de septembre 1792 et l’indépendance d’Haïti en 1804. Ils apprendront surtout à identifier la date, l’auteur, le destinataire et l’intention d’un document avant d’en tirer un renseignement historique.

La première séance établit la chronologie et la carte. Les élèves placent les trois révolutions dans l’espace atlantique et distinguent les circulations d’idées des événements propres à chaque territoire. Un court dossier de référence sur 1776, 1787 et 1789 fournit les repères que les textes du sujet ne donnent pas directement. La classe définit constitution, citoyen, représentant et république, puis vérifie pourquoi l’indépendance américaine et la fin de la monarchie française ne sont ni simultanées ni identiques. Cette base évite d’utiliser le témoignage de 1833 comme s’il racontait un événement de 1776.

La deuxième séance travaille le document 2. Les élèves retrouvent les trois étapes de la séance : annonce de la future Convention, arrivée de sa délégation, clôture de la session de l’Assemblée législative. Ils inscrivent sur une frise le 10 août et le 21 septembre 1792, puis expliquent en une phrase pourquoi un représentant sortant peut déclarer qu’il cesse de parler au nom de la nation. Le professeur fait distinguer une information vérifiable du procès-verbal — l’heure de la clôture — d’une affirmation politique du discours — l’idée que les mesures de l’Assemblée sont approuvées par toute la France. Un travail bref sur la place des femmes dans le suffrage permet de préciser les limites de l’expression « peuple souverain ».

La troisième séance revient au document 1 par une lecture guidée. Les élèves entourent sur la reproduction du texte les arguments que Conseil oppose aux critiques de la république : population, territoire, commerce, élections renouvelées. Ils construisent un tableau « ce que Conseil affirme / ce qu’il veut prouver / ce qu’il ne dit pas ». Ils doivent nommer Conseil comme auteur de l’essai de 1833 et Jefferson comme figure présentée dans la traduction : cette distinction conditionne la lecture. La comparaison avec le document 2 porte ensuite sur la représentation du peuple et sur la nécessité d’encadrer le pouvoir. Une source complémentaire sur l’esclavage aux États-Unis permet de discuter la portée du modèle invoqué, sans demander aux élèves de déduire cette réalité d’un silence du seul texte de Conseil.

La quatrième séance utilise le document 3. La gravure montre une foule, des soldats, une charrette et une guillotine ; sa longue légende célèbre l’exécution de Robespierre comme une libération. Les élèves décrivent d’abord ce qui est visible, puis lisent la légende et datent l’image de 1794. Ils distinguent la scène représentée et le jugement politique porté par son auteur ou son éditeur. Cette image n’est pas un enregistrement neutre de la journée du 10 Thermidor. Elle permet de reprendre la question laissée ouverte par les documents écrits : comment peut-on invoquer la liberté pour justifier le recours à la violence ou la fin d’un dirigeant ? Le professeur situe l’événement sans faire de la gravure une preuve suffisante de tous les faits qu’elle prétend raconter.

La dernière séance élargit la comparaison à Saint-Domingue au moyen de documents complémentaires clairement identifiés : une frise de la révolte de 1791 à l’indépendance de 1804 et un texte court sur l’abolition de 1794. Les élèves demandent à qui les droits proclamés en France et en Amérique étaient initialement accordés, puis constatent que les insurgés de Saint-Domingue ont agi pour faire reconnaître leur liberté. L’évaluation finale prend la forme d’une réponse argumentée : « Le peuple était-il souverain dans toutes les républiques atlantiques à la fin du XVIIIe siècle ? » Elle doit comparer au moins deux espaces, dater un document du dossier et distinguer un principe affiché de ses limites concrètes. Les critères portent sur la chronologie, l’identification des sources, l’usage de faits précis et la nuance de la conclusion. Ainsi, la séquence fait servir les documents à une enquête historique plutôt qu’à une simple récitation des valeurs républicaines.