Corrigé — CAPLP histoire-géographie 2019 : féminismes et projets du Grand Paris
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Proposition de correction non officielle. CAPLP externe et CAFEP-CAPLP, section lettres-histoire et géographie, session 2019 : seconde épreuve écrite, cinq heures. Il faut composer sur « Les féminismes au XXe siècle », puis commenter une carte intitulée « Grands projets urbains franciliens ». Les deux exercices sont corrigés ci-dessous.
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Première partie — Composition : les féminismes au XXe siècle
En mai 1919, la Chambre des députés vote en faveur du suffrage féminin, mais le Sénat ne donne pas suite. En 1971, le « Manifeste des 343 » rend publique la revendication du droit à l’avortement. Entre ces deux moments, les objets de la lutte, ses organisations et ses moyens d’action se transforment. Le pluriel du sujet importe : les féminismes désignent des mouvements, des idées et des pratiques qui contestent la subordination des femmes sans poursuivre toujours les mêmes priorités ni parler au nom des mêmes femmes.
Le XXe siècle constitue le cadre de la composition. Ses premières décennies héritent des campagnes suffragistes du XIXe siècle ; ses dernières voient émerger de nouvelles critiques des inégalités et des normes de genre. Il faut distinguer l’histoire des femmes, qui étudie leurs expériences dans toute leur diversité, de l’histoire des féminismes, centrée ici sur des mobilisations et des pensées. Comment les féminismes ont-ils transformé la citoyenneté, la vie privée et les rapports sociaux en France au XXe siècle, tout en révélant leurs propres différences ?
Droits civils et citoyenneté : des conquêtes longtemps différées
Au début du siècle, des militantes réclament l’égalité civile et le droit de vote. Hubertine Auclert, active dès la fin du XIXe siècle, a contribué à inscrire le suffrage féminin dans le débat public ; Madeleine Pelletier défend une égalité plus radicale, tandis que d’autres organisations privilégient pétitions, congrès et persuasion parlementaire. Louise Weiss multiplie dans les années 1930 des actions spectaculaires pour rendre visible l’exclusion politique. Cette diversité interdit de réduire le suffragisme français à une seule association ou à un seul mode d’action.
La Première Guerre mondiale renforce les arguments en faveur de la citoyenneté des femmes : leur travail et leur engagement sont invoqués pour demander une reconnaissance politique. Le vote favorable de la Chambre en 1919 ne suffit pourtant pas, car le Sénat bloque la réforme. La résistance tient à des conceptions durables de la famille, des rôles sexués et du corps électoral. La citoyenneté républicaine demeure alors réservée aux hommes dans son expression électorale, malgré des mobilisations féminines répétées.
L’ordonnance du 21 avril 1944 accorde aux Françaises le droit de vote et d’éligibilité, exercé pour la première fois en 1945. C’est une rupture décisive, mais elle ne clôt pas l’histoire des féminismes. Une citoyenneté électorale égale ne supprime ni les obstacles à l’accès aux responsabilités ni les inégalités inscrites dans le droit familial et le travail. La revendication d’égalité se déplace donc vers d’autres institutions et d’autres espaces de la vie sociale.
La vie privée devient une question politique
Après 1945, Simone de Beauvoir soutient dans Le Deuxième Sexe (1949) que la condition féminine est produite par l’éducation, les normes et les rapports sociaux plutôt que fixée par la nature. Sa réflexion fournit des ressources aux militantes sans constituer à elle seule le programme de toutes les organisations. Le droit évolue par étapes : la réforme de 1965 permet notamment aux femmes mariées d’exercer une profession et d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari ; la loi Neuwirth de 1967 autorise la contraception, avec une mise en œuvre progressive.
Autour de 1970, le Mouvement de libération des femmes met en cause la domination masculine au sein du couple, de la famille, de la sexualité et du travail. Son organisation est plurielle : groupes de parole, manifestations, publications et courants théoriques coexistent, parfois en désaccord. L’action menée à la tombe du Soldat inconnu en 1970 souligne par une formule frappante l’effacement des femmes dans le récit national. Le « Manifeste des 343 » publié en 1971 rend visible l’avortement clandestin et conteste une loi qui expose les femmes à des risques et à des poursuites.
Le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, créé en 1973, articule mobilisation publique et aide concrète. La loi de 1975 portée par Simone Veil dépénalise l’interruption volontaire de grossesse sous conditions : elle résulte d’un débat politique conflictuel et ne se confond pas avec une victoire acquise d’un seul coup. D’autres combats concernent les violences sexuelles ; la loi de 1980 redéfinit le viol comme crime. Ces campagnes font apparaître que l’égalité devant les urnes ne suffit pas si le corps et la parole des femmes restent soumis à des rapports de pouvoir.
Des féminismes traversés par des débats et de nouvelles revendications
Les féminismes ne partagent pas une seule analyse de l’oppression. Christine Delphy examine le travail domestique et les rapports économiques au sein du foyer ; Monique Wittig critique les catégories sexuelles et l’hétérosexualité comme normes sociales. Les rapports de classe, les expériences des femmes noires, des femmes lesbiennes ou des femmes vivant dans les territoires ultramarins obligent aussi à interroger qui peut parler au nom de « toutes les femmes ». La Coordination des femmes noires, créée en 1976, illustre cette critique d’une expérience féminine supposée uniforme ; elle organise notamment une Journée des femmes noires en octobre 1977.
À la fin du siècle, la représentation politique revient au premier plan. Le débat sur la parité souligne la faible présence des femmes parmi les élus malgré leur droit de vote ancien. La révision constitutionnelle de 1999 ouvre la voie aux mesures destinées à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats. Parallèlement, de nouvelles générations relient les inégalités de genre à d’autres formes de domination et discutent les catégories mêmes de « femme » et d’« homme ». Parler d’une « troisième vague » peut aider à situer ce renouvellement, à condition de ne pas imaginer des générations militantes parfaitement séparées : les combats se transmettent, se contredisent et se recomposent.
Conclusion. Le XXe siècle voit les féminismes obtenir des changements majeurs, de l’accès au suffrage à la contraception et à l’avortement, puis à la lutte pour la représentation et contre les violences. Ces résultats ne forment pas une marche régulière vers une égalité achevée. Ils procèdent de conflits, d’alliances et de débats internes sur les priorités, les méthodes et les femmes concernées. Le pluriel « féminismes » rend compte de cette histoire à la fois commune et disputée.
Seconde partie — Commentaire de la carte des grands projets urbains franciliens
La carte proposée représente Paris et une partie de sa périphérie. Sous le titre « Grands projets urbains franciliens », elle associe le futur plan du Grand Paris Express, les gares projetées, des opérations immobilières, des pôles de compétitivité et plusieurs lieux de contestation. Son échelle est d’environ 1/200 000. La signature cartographique est celle de Cécile Marin ; les données mentionnées proviennent notamment de la Société du Grand Paris, de l’Apur et de l’Observatoire des quartiers de gare. Il s’agit d’une carte de synthèse, et non d’un document qui aurait force de décision en matière d’urbanisme.
Le document a été donné à commenter à la session 2019. Ses calendriers sont donc des prévisions figurant sur la carte : une ligne annoncée pour 2020-2024, 2027 ou après 2030 ne doit pas être décrite comme déjà réalisée. Son intérêt est d’exposer une manière de penser l’avenir de la métropole. Comment les projets de transport cherchent-ils à réorganiser l’espace francilien, et quelles tensions la carte permet-elle de voir ou laisse-t-elle dans l’ombre ?
Un réseau orbital pour modifier les mobilités
Le trait rouge du Grand Paris Express encercle une large partie de Paris et relie entre elles des communes de banlieue. Les lignes 15, 16, 17 et 18 sont distinguées, tandis que le réseau existant de métro, de RER et de tramway apparaît autrement. La carte fait ressortir des correspondances comme Saint-Denis Pleyel, La Défense, Noisy-Champs ou Pont de Sèvres. Elle met également en relation les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et d’Orly avec de nouveaux axes. Le projet répond à une difficulté classique de la région parisienne : beaucoup de trajets entre banlieues obligent encore à passer par le centre ou à en emprunter les infrastructures saturées.
Ces tracés ne sont pas de simples lignes techniques. Une gare peut réduire le temps d’accès à l’emploi et aux services, modifier la valeur du foncier et susciter de nouveaux logements ou bureaux. L’objectif affiché est une métropole moins exclusivement organisée autour de Paris intra-muros. La carte donne ainsi à voir une polycentralité projetée : elle relie des pôles déjà puissants, tels La Défense, à des secteurs présentés comme futurs lieux de développement. Mais dessiner un réseau ne prouve ni que tous les habitants pourront payer et utiliser ses services, ni que les emplois se répartiront effectivement de façon plus équilibrée.
Des gares qui concentrent investissements et activités
La légende signale des gares en construction ou en projet, des opérations immobilières associées et des pôles de compétitivité. Autour du Bourget, de Paris-Saclay ou de la Cité Descartes, les transports sont pensés avec la recherche, les entreprises et les quartiers nouveaux. La logique est cumulative : une meilleure accessibilité attire des activités ; ces activités justifient à leur tour la desserte. Les projets immobiliers mis en évidence autour de certaines gares montrent que le Grand Paris ne se limite pas au métro. Il transforme le bâti et les usages du sol.
Cette orientation répond à la compétition entre grandes métropoles, même si l’échelle internationale n’est pas représentée sur la carte. Les aéroports et les pôles d’innovation donnent quelques indices de cette ambition. L’échelle régionale demeure toutefois indispensable : la carte représente surtout la capitale et ses couronnes proches, laissant de côté une partie de l’Île-de-France et les inégalités qui s’y déploient. Un commentaire doit donc articuler la promesse métropolitaine à l’expérience quotidienne des habitants : déplacements, logement, emploi et accès aux équipements.
Un aménagement contesté et un document à discuter
Les signes de la légende consacrés aux contestations constituent un choix fort. Certains conflits sont qualifiés de sociaux, liés par exemple à l’expulsion ou aux conditions de relogement ; d’autres sont environnementaux. Les marques près de Saclay et du Triangle de Gonesse invitent à examiner l’artificialisation de terres agricoles et les effets des grands projets sur les milieux. Les contestations ne sont pas des incidents extérieurs à l’aménagement : elles révèlent que ses bénéfices et ses coûts ne sont pas répartis entre les mêmes acteurs.
La carte reste néanmoins sélective. Un symbole ponctuel ne montre pas l’étendue d’un espace concerné par un conflit, le nombre de personnes touchées ou la force des mobilisations. Le titre insiste sur les « grands projets » plutôt que sur leur gouvernance : on ne voit guère qui décide, finance, construit ou exploite chaque opération. Les calendriers de la légende font aussi partie du projet représenté, et non d’un bilan certain de son exécution. Enfin, les données proviennent surtout d’institutions impliquées dans l’aménagement ; leur intérêt est réel, mais le choix des indicateurs, des échelles et des figurés construit un point de vue. La présence remarquable des conflits apporte un contrepoint sans épuiser la critique.
Conclusion. La carte montre un Grand Paris organisé autour des transports et des gares, destiné à multiplier les liens entre les banlieues, les aéroports et les pôles d’activité. Elle montre aussi des projets immobiliers et des oppositions sociales ou environnementales. Elle permet ainsi d’analyser une tentative de réorganisation métropolitaine, à condition de distinguer les ouvrages projetés des réalisations et de compléter sa lecture par celle des acteurs, des inégalités et des territoires qu’elle ne représente pas.
Le rapport du jury 2019 confirme que les deux exercices ont été composés et précise les attentes relatives à la composition et à la lecture critique de la carte.