Corrigé — CAPLP lettres 2017 : Hector, les morts et les relatives
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Proposition de correction non officielle. CAPLP externe et CAFEP-CAPLP, section lettres-histoire et géographie, session 2017 : première épreuve écrite de lettres. Le sujet demande le commentaire composé d’un extrait de La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux (1935), puis l’étude des propositions relatives dans la tirade d’Hector des lignes 37 à 49. Les deux questions sont traitées.
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Commentaire composé
Hector a combattu et voudrait empêcher une nouvelle guerre. Au moment de fermer les portes de Troie, son père Priam lui demande un discours aux morts, geste attendu d’un général victorieux. Hector refuse d’abord : à ses yeux, l’éloge officiel risque de soulager la conscience des survivants au lieu de dire ce que les soldats ont réellement subi. La scène donne ainsi à un héros de l’Antiquité la parole inquiète d’un homme qui connaît la guerre. Écrite en 1935, au milieu de tensions européennes croissantes, elle interroge la capacité du langage public à empêcher la violence qu’il prétend conjurer. Comment Hector transforme-t-il la cérémonie héroïque en défense des vivants et en dénonciation de la guerre ?
Refuser le discours convenu sans refuser les morts
La confrontation commence par une opposition de fonctions. Priam, roi et père, rappelle la règle de la cérémonie ; Hector, fils et général, devrait la respecter. Mais celui-ci voit dans un discours aux morts un « plaidoyer » adressé surtout aux vivants. Il redoute une demande d’acquittement : les survivants chercheraient à effacer leur part de responsabilité en célébrant les victimes. Démokos, poète favorable à la guerre, assure alors que « le commandement est irresponsable » : il voudrait absoudre Hector de la responsabilité que celui-ci hésite à écarter. Hector reprend ironiquement le mot, « tout le monde l’est, les dieux aussi ! ». Si chacun se dit irresponsable, la cérémonie risque de faire disparaître toute possibilité de rendre compte de la guerre.
Hector oppose aux paroles cérémonielles celles qu’il a dites aux mourants. Il rappelle des corps blessés, un petit écuyer et la dernière gorgée offerte « à la gourde de la vie ». Les détails sont concrets, parfois familiers ou troublants ; ils ne composent pas un panthéon de guerriers idéalisés. Son langage peut paraître maladroit devant l’horreur, mais cette maladresse est précisément la marque d’une parole adressée à une personne encore présente. Démokos lui reproche de confondre les mots dits aux mourants avec l’éloge des morts. Le spectateur peut pourtant comprendre pourquoi Hector tient à cette confusion : il refuse que la cérémonie efface la vie singulière de ceux qu’elle célèbre.
Un éloge paradoxal des sens et de la vie
Pressé par Priam, Hector se place finalement devant les portes et s’adresse aux morts. L’invocation reprend la forme solennelle attendue, puis la détourne. Il rappelle aux morts qu’ils ne voient plus et n’entendent plus ; les vivants, eux, ont leurs yeux, le soleil, la nourriture, l’amour et la chaleur. La « vraie cocarde » n’est plus le signe d’une victoire militaire : ce sont les yeux de ceux qui vivent encore. Le langage de la gloire est ramené à une expérience élémentaire du corps.
Hector ajoute sa honte. Être vivant parmi les morts n’est pas un mérite qui autoriserait une supériorité morale. La guerre sépare ceux qui ont survécu de ceux qui ne peuvent plus sentir le ciel, mais elle ne prouve pas que les premiers sont plus courageux. L’orateur refuse aussi d’accorder une même admiration à tous les morts sous prétexte qu’ils sont morts. Il distingue les braves et les peureux, ceux qu’il admire et ceux qu’il n’admire pas. La formule choque parce qu’elle brise l’égalité fictive d’un éloge officiel ; elle rappelle que la mort ne transforme pas automatiquement toutes les personnes en héros.
La longue tirade possède pourtant son propre rythme oratoire. Les reprises de « vous », de « nous » et des propositions relatives amplifient l’adresse aux morts tout en marquant la séparation des deux groupes. Hector emploie donc les ressources de l’éloquence qu’il conteste, mais les met au service d’une sincérité difficile. Il ne se retire pas de la cérémonie : il l’occupe pour en changer le sens. Cette tension entre parole imposée et parole personnelle fait avancer la scène.
Une paix annoncée sous une menace persistante
Priam interrompt Hector : les Grecs débarquent. Cette urgence fait irruption au milieu d’un discours qui espère prévenir la guerre. Quand les portes se ferment, la petite Polyxène imagine que les morts aident à les pousser. Hector affirme alors que la paix est acquise ; la musique des Grecs éclate aussitôt. La conclusion juxtapose l’apaisement des personnages et un signal sonore extérieur. Elle ne permet pas de lire leur joie comme une garantie définitive.
Le titre de la pièce porte d’ailleurs une promesse que le mythe dément : le public sait que la guerre de Troie a eu lieu. Giraudoux tire de ce savoir une tension dramatique. Hector parle pour éviter un désastre dont le spectateur connaît l’issue mythique, et sa parole rejoint les inquiétudes des années 1930. La scène ne se réduit pas à une leçon selon laquelle tout effort de paix serait inutile. Elle montre plutôt la fragilité d’une paix qui dépend de décisions humaines, de mots parfois ambigus et d’événements qui approchent déjà.
Conclusion. Hector accepte de parler aux morts, mais refuse l’éloge qui glorifierait la guerre et blanchirait les survivants. Il remplace les figures héroïques par des corps blessés, puis fait du soleil, des yeux, de la chaleur et du ciel les biens précieux qu’une guerre retire. La scène donne à cette parole une force sincère sans lui garantir la victoire : la fermeture des portes et la musique grecque laissent subsister la menace.
Étude grammaticale : les relatives dans la tirade d’Hector, lignes 37 à 49
Une proposition relative est introduite par un pronom relatif. Elle peut compléter un nom ou un pronom antécédent ; certains tours ont une valeur concessive, et une relative introduite par ce que peut désigner globalement ce qui est dit. Dans la tirade demandée, le relevé complet est le suivant :
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| Relative | Antécédent, forme et rôle |
|---|---|
| « qui ne sentez pas » ; « qui ne touchez pas » | Les deux qui reprennent « vous », les morts apostrophés ; ils sont sujets des verbes et développent l’invocation. |
| « qui vous parle » | Qui reprend « un général », sujet de parle. Le tour « c’est un général qui… » met l’identité de l’orateur en relief. |
| « tout morts que vous êtes » | Tour relatif concessif : malgré leur mort, Hector refuse d’accorder à tous la même admiration. Ce que ne doit pas être confondu avec une simple conjonction complétive. |
| « qui avons survécu » | Qui reprend « nous », sujet de avons survécu ; l’expansion oppose les survivants aux morts. |
| « que j’admire » ; « que je n’admire pas » | Les deux que reprennent « les morts », compléments d’objet direct de admire. Leur parallélisme sépare deux groupes que la cérémonie confondrait. |
| « ce que j’ai à vous dire aujourd’hui » | Relative introduite par ce que, sans antécédent nominal précis ; le groupe entier annonce le contenu du propos. Que est complément d’objet direct de dire. |
| « qui que vous soyez » | Tour concessif au subjonctif : quelle que soit l’identité des destinataires, Hector s’adresse à eux. |
| « que sont les survivants » | Que reprend « ces déserteurs » dans « ces déserteurs que sont les survivants » ; il est attribut du sujet « les survivants » dans cette relative d’identification, non une conjonction complétive. |
| « qui s’appellent la chaleur et le ciel » | Qui reprend « ces deux biens », sujet de s’appellent ; la relative donne les noms des biens évoqués. |
| « dont j’espère que la résonance ne vous atteint jamais » | Dont reprend « deux noms » et représente « de ces noms » auprès de « la résonance » : il est complément de ce nom. La proposition « que la résonance ne vous atteint jamais » est enchâssée sous j’espère ; son que n’introduit pas une autre relative. |
Ce relevé permet de lire le mouvement du discours. Les premières relatives définissent les morts par la privation des sens ; celle de « nous qui avons survécu » oppose les vivants à leurs destinataires. Les couples « que j’admire / que je n’admire pas » rompent l’éloge indifférencié. Enfin, les relatives finales développent ce qu’Hector souhaite préserver : la chaleur et le ciel. Leur abondance donne à une parole réticente la forme ample d’une véritable adresse publique.
Le rapport du jury 2017 confirme que le commentaire et l’étude des relatives ont été demandés à la session.