CAPLP lettres 2021 : corrigé sur Le Horla et étude des pronoms
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Proposition de correction non officielle. CAPLP externe et CAFEP, section lettres-histoire et géographie, session 2021. Épreuve de lettres, durée : 5 heures. Le sujet demande un commentaire composé puis une étude des pronoms des lignes 11 à 17.
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Commentaire composé
Introduction
La lecture peut promettre une explication et aggraver l’inquiétude de celui qui cherche à comprendre. Dans l’entrée du 17 août du Horla de Maupassant, le narrateur vient de consulter un ouvrage consacré aux êtres invisibles. Il ne trouve pas le nom de ce qui le hante ; la nuit étoilée devient alors le cadre d’une méditation sur une puissance supérieure, avant qu’une scène de lecture apparemment surnaturelle ne provoque sa révolte. La forme du journal livre les événements depuis une conscience qui les éprouve et les interprète, sans fournir au lecteur une confirmation extérieure. Comment ce récit transforme-t-il une recherche d’explication en affrontement avec un maître invisible, tout en maintenant l’incertitude sur ce qui se produit ? La progression associe une imagination de la dépossession, une expérience qui se veut probante et une victoire seulement projetée.
I. La connaissance recherchée ouvre un vertige de la domination
Le texte commence par une exclamation redoublée. L’intensité de la nuit vécue est annoncée avant les événements qui doivent l’expliquer. L’expression de la réjouissance attendue est aussitôt démentie par le ton : l’écart entre ce que le narrateur estime devoir ressentir et ce qu’il éprouve installe une conscience divisée. Le journal n’est pas un compte rendu impassible ; il conserve la trace d’une émotion qui commande déjà la manière de raconter.
L’ouvrage consulté donne à l’invisible une apparence de savoir organisé. Le titre savant du docteur, puis la série des origines, domaines et puissances suggèrent une classification. Mais la restriction qui suit annule sa capacité à rendre compte de l’expérience singulière. Aucun être décrit n’est reconnu comme celui qui hante le narrateur. La lecture fournit donc des possibilités à l’imagination sans offrir la clôture d’une explication.
La réflexion sur l’humanité reprend cette inquiétude à une autre échelle. Les êtres occultes sont interprétés comme les produits d’une peur ancienne : l’homme aurait pressenti un successeur supérieur. Cette hypothèse pourrait rationaliser les fantômes en les rattachant à l’imagination ; elle leur donne aussi un foyer plus redoutable, la possibilité d’une véritable dépossession. Le vocabulaire du maître et du successeur transforme la question de l’existence en question de souveraineté.
La nuit paraît d’abord propice à l’apaisement. La douceur de la température et le calme du vent pourraient rafraîchir le corps et la pensée. Cependant, l’évocation d’un bonheur possible autrefois souligne qu’une manière ancienne d’habiter le monde est devenue inaccessible. L’ouverture de la fenêtre n’ouvre pas seulement sur une nature rassurante ; elle expose à un dehors que les interrogations rendent bientôt menaçant.
La série de questions consacrées aux mondes lointains progresse des formes de vie vers le savoir et la puissance. L’incertitude ne reste pas contemplative : elle aboutit à l’idée d’une conquête. La comparaison avec des peuples dominateurs fait comprendre l’inconnu à partir d’un rapport historique de force. Enfin, l’accumulation des adjectifs d’impuissance et les images réductrices de la terre changent le paysage cosmique en expérience d’humiliation. Le narrateur ne regarde plus seulement les étoiles ; il se représente comme un être dominable.
II. Une scène organisée comme une preuve qui conserve ses failles
L’endormissement interrompt la méditation. Le réveil naît d’une émotion que le narrateur ne sait pas identifier. Ce seuil entre sommeil et veille importe : le récit affirme la perception, tout en indiquant une situation où elle peut être troublée. Le lecteur reçoit ces deux données sans qu’un témoin extérieur vienne les départager.
L’apparition se fait par degrés et par effets. L’homme ne voit d’abord rien ; une page semble ensuite tourner. La modalisation « il me sembla » maintient une distance entre l’événement et sa certitude. L’absence de souffle d’air est alors invoquée pour éliminer une cause ordinaire. Le narrateur conduit une enquête élémentaire : il remarque, attend et compare. La mention d’une durée de quelques minutes donne à la scène une précision qui paraît garantir la maîtrise de l’observation.
Cette prudence se transforme pourtant en insistance. La répétition de « je vis », renforcée par la référence aux yeux, veut imposer la réalité de la seconde page en mouvement. Le récit ne cesse pas pour autant d’être celui d’une perception individuelle. L’insistance peut être l’expression d’un témoignage assuré ; elle peut également signaler le besoin de se convaincre ou de convaincre un interlocuteur imaginaire.
Les comparaisons entretiennent l’hésitation. La page agit comme si un doigt la soulevait ; plus loin, les objets bougent comme sous l’effet d’une fuite. Ces constructions décrivent une ressemblance entre un effet observé et une action humaine supposée. Elles ne montrent pas directement l’agent. Le passage du fauteuil vide au fauteuil qui semble vide, puis à la certitude d’une présence, rend sensible la conversion de l’absence visible en preuve d’invisibilité.
L’être apparaît ainsi grammaticalement sans être donné à la vue : le pronom accentué le désigne comme déjà identifié. Le narrateur conclut qu’il occupe sa place et lit son livre. Cette substitution concentre la menace : l’inconnu ne se contente plus de rôder autour de l’homme ; il s’installe dans son espace et exerce une activité humaine. La lecture, d’abord cherchée comme un recours, devient l’acte par lequel l’autre se manifeste et semble lui ravir sa position.
III. Une révolte violente qui reconduit l’imaginaire du maître
La réaction rompt le temps de l’attente. La répétition du bond, la comparaison animale et la succession des infinitifs donnent à l’élan une violence croissante. Le narrateur ne cherche plus à observer : il veut saisir, étreindre et tuer. L’analogie de la bête et du dompteur retourne le rapport de force, mais reconnaît simultanément la position de maître attribuée à l’adversaire.
La scène des objets renversés s’accélère au passé simple. Le fauteuil, la table, la lampe et la fenêtre composent une chaîne de déplacements. Aucun corps visible n’est pourtant décrit. L’action du narrateur lui-même pourrait participer au désordre ; la comparaison avec un intrus qui fuit en propose une autre lecture. Le texte donne des effets matériels, puis une interprétation qui les organise en fuite intentionnelle.
La déduction introduite ensuite par « Donc » affiche une conclusion : l’être s’est sauvé parce qu’il a eu peur. Le narrateur attribue à l’autre une émotion dont la scène ne fournit pas de manifestation indépendante. L’exclamation fait sentir l’exaltation d’une inversion : celui qui semblait voué à subir découvre l’espoir d’effrayer son maître.
Cette victoire reste cependant reportée. Les hésitations temporelles élargissent le délai plutôt qu’elles n’établissent un projet arrêté. Le futur promet une saisie et un écrasement que le présent n’a pas réalisés. La répétition et les points de suspension figurent une pensée tendue vers la possibilité du meurtre, sans assurer que cette possibilité existe réellement.
L’ultime interrogation revient au modèle animal. Les chiens peuvent se retourner contre leurs maîtres : le narrateur y cherche une justification à son espoir. Mais l’analogie maintient le statut subalterne dont il voudrait sortir. Elle ne rend ni l’être plus visible ni le meurtre plus possible. L’énergie de la révolte demeure enfermée dans le cadre imaginaire qui a produit l’angoisse.
Conclusion
L’extrait fait de la lecture le point de départ et l’objet d’une expérience de dépossession. Le regard nocturne amplifie la peur d’une humanité dominée ; la scène des pages tournées transforme des perceptions en certitude d’un maître invisible ; la révolte imagine enfin une victoire encore à venir. Le fantastique tient à la coexistence de cette conviction vécue et des réserves ménagées par le récit : sommeil, modalisation, comparaisons et absence de témoin. L’élan meurtrier ne résout donc pas l’énigme. Il montre jusqu’où la pensée d’une domination peut entraîner celui qui veut lui résister.
Étude des pronoms, lignes 11 à 17
L’étude porte seulement sur la portion délimitée par le sujet, depuis les deux tournures décrivant la température jusqu’à la comparaison finale avec les peuples conquis.
1. Pronoms personnels
- Il, dans les deux tournures météorologiques initiales : pronom personnel employé comme sujet impersonnel. Il ne reprend ni le narrateur ni un être invisible ; il ne possède pas de référent.
- J’, devant la forme exprimant le regret d’avoir aimé cette nuit : pronom personnel sujet, première personne du singulier. Il identifie le narrateur et ancre la contemplation dans son expérience.
- Ils, dans les trois interrogations portant successivement sur le savoir, le pouvoir et la vue : pronom personnel sujet inversé. Il reprend les êtres pensants des univers lointains, évoqués par le groupe démonstratif placé en tête de la première question.
- Nous, après la comparaison portant sur le savoir, puis après celle portant sur le pouvoir : forme tonique du pronom personnel dans un complément de comparaison. On peut développer l’ellipse en rétablissant ce que les hommes savent ou peuvent faire. Le référent est l’humanité, à laquelle le narrateur s’associe.
- Nous, devant le verbe connaître : pronom personnel sujet de la relative ; il a le même référent collectif.
- La, dans « pour la conquérir » (ligne 16) : pronom personnel conjoint, troisième personne du singulier, féminin. Il est COD de l’infinitif conquérir et reprend notre terre.
- Eux, dans le groupe qui isole un être parmi plusieurs : pronom personnel disjoint, complément introduit par de du pronom quantificateur « Un ». Il reprend les êtres lointains.
- Il, dans l’interrogation sur l’apparition future : pronom personnel de reprise du sujet Un d’eux. Il s’agit d’une inversion complexe, avec sujet exprimé et pronom postposé au verbe ; ce il est référentiel, contrairement aux deux premiers.
2. Pronoms interrogatifs
Qui, sujet de habite, interroge sur l’identité d’éventuels habitants. Il possède ici une valeur ouverte : la question ne fournit pas encore le nom d’une espèce ou d’un être.
Que apparaît trois fois à l’ouverture des questions sur le savoir, le pouvoir et la vue. C’est chaque fois un pronom interrogatif qui porte sur le contenu ou l’objet de l’activité. Il est COD de savoir et de voir ; avec pouvoir, il désigne ce que ces êtres peuvent accomplir, le verbe étant pris dans le sens de capacité d’action. L’enchaînement fait passer de la connaissance à la puissance.
3. Pronoms démonstratif, relatif et indéfini
Ceux est un pronom démonstratif pluriel, noyau du groupe qui désigne les êtres capables de penser. Ce groupe, détaché, est ensuite repris par le pronom personnel sujet de l’interrogation.
Qui, dans la proposition rattachée à Ceux, est un pronom relatif, sujet de pensent. Il ne pose pas une question : il détermine les êtres que la suite va interroger.
Le second que dans l’interrogation portant sur la vue est relatif, COD de connaissons. Il reprend ce sur quoi porte le premier pronom interrogatif : les réalités que ces êtres voient et que les humains ignorent. L’opposition entre leurs connaissances et les nôtres se construit à l’intérieur même de la phrase.
Un, dans le groupe suivi de d’eux, est un pronom indéfini de quantité, analysable comme numéral employé pronominalement. Il sélectionne un membre de l’ensemble ; le groupe entier est sujet du verbe qui envisage l’apparition sur terre.
L’autre, dans la locution temporelle « un jour ou l’autre », reprend un autre jour possible : c’est un emploi pronominal indéfini, ou une analyse par ellipse du nom jour. Le groupe entier est complément de temps ; le premier un, qui accompagne directement jour, est au contraire un déterminant.
Enfin, les formes devant les noms de créatures sont des déterminants interrogatifs, les formes accompagnant les mondes sont des déterminants démonstratifs, et le possessif devant la terre est un déterminant possessif. Ils ne doivent pas être ajoutés au relevé des pronoms. L’adverbe de lieu ne constitue pas non plus un pronom.