Corrigé contrôleur des finances publiques 2024 : le tourisme en France

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Cette proposition de correction non officielle traite l’ensemble du sujet de la session 2024, voie externe. Elle s’appuie sur les données et les documents fournis dans cette épreuve.

Le sujet officiel comporte 24 pages. Retrouvez les autres épreuves dans le catalogue du concours.

Question 1 — Définir le tourisme, dresser son bilan et présenter ses perspectives

Définition et poids de l’activité

Le tourisme réunit les activités de personnes qui voyagent et séjournent hors de leur environnement habituel, pour une durée limitée, à des fins de loisirs, d’affaires ou pour d’autres motifs que l’exercice d’un emploi rémunéré dans le lieu visité. Il ne se réduit donc ni aux vacances ni aux visiteurs étrangers : les résidents qui séjournent ailleurs en France et les voyages d’affaires en font aussi partie. Une nuitée est une nuit passée dans un hébergement touristique. Les documents distinguent l’hébergement marchand — hôtel, camping ou location — du séjour non marchand en résidence secondaire, chez des proches ou chez des amis (document 3, p. 8).

Le secteur a un poids majeur dans l’économie française. Avant la pandémie, la France accueillait environ 90 millions de touristes étrangers en 2019, ce qui en faisait la première destination mondiale en nombre d’arrivées. Le dossier lui attribue 8 % du PIB, environ 180 milliards d’euros de consommation touristique et près de deux millions d’emplois directs et indirects. Son attractivité repose sur le patrimoine, les villes, les littoraux, les montagnes, la gastronomie, les vignobles et les espaces naturels. La première place en visiteurs ne signifie toutefois pas la première place en recettes : le document 1 classe la France troisième en 2019 et affiche 57,9 milliards d’euros de recettes internationales. Ce chiffre de 2019 entre en contradiction avec la comparaison donnée plus loin par le document 4 ; il faut conserver l’attribution de chaque donnée à sa source (document 1, p. 5).

Bilan après la crise sanitaire

Les restrictions de déplacement et les fermetures de frontières ont interrompu l’activité en 2020 ; le document 6 rappelle le recul de plus de 70 % des arrivées internationales mondiales cette année-là. En France, la reprise de 2021 restait incomplète. L’été 2022 marque un retour : de juin à août, les nuitées dans les hôtels et les campings dépassent de 3 % leur niveau de 2019. La clientèle résidente y contribue, de même que le retour de touristes étrangers. En juillet 2022, les résidents passent 79,7 millions de nuitées dans l’hébergement marchand contre 62,5 millions dans l’hébergement non marchand (documents 2 et 3, p. 6–9). Ces chiffres ne mesurent pas toutes les nuitées de l’année, ni uniquement celles des étrangers.

Selon le document 4, les recettes internationales atteignent 57,9 milliards d’euros en 2022, soit 1,2 milliard de plus qu’en 2019. Or le document 1 indiquait déjà 57,9 milliards pour 2019 : les références 2019 du dossier ne se concilient pas, et il serait trompeur de calculer une évolution à partir de ces deux montants. Le record présenté pour 2022 est en euros courants ; l’inflation augmente mécaniquement la dépense mesurée en valeur sans établir une hausse du volume d’activité. Le dossier précise que, corrigée de l’inflation, la dépense des visiteurs étrangers de l’été 2022 diminue par rapport à 2019. L’Espagne devance encore la France en recettes, et le trafic aérien français de 2022 reste 31 % sous son niveau de 2019, notamment du fait de la faiblesse des flux asiatiques (documents 2 à 4, p. 7–10). Les clientèles chinoise, japonaise et russe demeurent peu présentes, tandis que les clientèles européennes et américaine reviennent. La reprise est donc réelle, mais inégale selon l’origine des visiteurs, les territoires et les indicateurs retenus.

Perspectives visibles dans le dossier

Au printemps 2023, 49 % des Français interrogés envisagent un départ d’ici fin juin et, parmi eux, 87 % privilégient la France. Les intentions de voyage vers la France restent fortes sur plusieurs marchés étrangers ; la fin des restrictions chinoises laisse envisager un retour des clientèles lointaines. Ce sont des intentions, pas des séjours déjà réalisés. Le même document relève la contrainte de budget : 70 % des répondants envisagent de réduire leur dépense de vacances, notamment par le choix d’hébergements moins coûteux (document 5, p. 11–12).

Les premières données de l’été 2023 confirment la fréquentation sans justifier un bilan définitif : le taux d’occupation hôtelier de juillet avoisine 74 %, presque comme en 2022, mais le nord progresse davantage que certaines régions du sud. La clientèle internationale continue de revenir. En revanche, 32 % des Français déclarent avoir fait un séjour en juillet, contre 35 % un an plus tôt ; les intentions de départ se reportent en partie vers août et septembre. Les réservations de fin de saison et la Coupe du monde de rugby nourrissent une perspective favorable pour l’arrière-saison (document 7, p. 14–15).

Cette perspective reste soumise à des risques : inflation, difficulté à recruter et à loger des saisonniers, changement climatique, pression sur certains sites et concurrence d’autres destinations. Le surtourisme peut dégrader les lieux visités et l’accueil des habitants ; à l’inverse, une meilleure répartition dans l’année et entre territoires peut soutenir l’activité sans concentrer tous les coûts sur quelques destinations. Les villes, le tourisme d’affaires et l’événementiel comptent également : le document 9 rappelle que les élus urbains demandaient une place plus nette dans le plan de reconquête (documents 6, 7 et 9, p. 13–15 et 19).

Question 2 — Présenter de façon structurée les mesures décidées

Le cadre commun : « Destination France »

Présenté en novembre 2021, le plan de reconquête et de transformation du tourisme, « Destination France », prévoit 1,9 milliard d’euros de moyens financiers jusqu’en 2024 et une trajectoire de transformation sur dix ans. Il cherche à conserver l’attractivité de la première destination mondiale tout en faisant de la France une référence du tourisme durable. Ses cinq axes sont les métiers et compétences, la qualité de l’offre, la valorisation des atouts français, les transformations écologique et numérique, puis la promotion internationale. Il faut distinguer cette enveloppe annoncée des dépenses effectivement réalisées, que le dossier ne chiffre pas (documents 8 et 10, p. 16 et 20).

Emploi, formation et qualité de l’offre

Pour répondre aux difficultés de recrutement, le plan lance une campagne nationale sur les métiers du tourisme de septembre 2022 à fin 2023 et renvoie les candidats vers un espace réunissant offres et informations. Il prévoit aussi une semaine des métiers, un réseau d’excellence des écoles de tourisme, 400 places étudiantes entre 2022 et 2024 et des guichets d’accueil des saisonniers proposant notamment des renseignements sur l’emploi, le logement et la mobilité. L’objectif est d’attirer, former et fidéliser les professionnels, condition de la qualité du service (document 8, p. 16–17).

La montée en qualité repose sur l’investissement dans la restauration et l’hébergement, la simplification du cadre de l’hôtellerie de plein air et l’appui au tourisme d’affaires et aux infrastructures événementielles. Des prêts sont proposés pour des projets de longue durée concernant parcs d’exposition et centres de congrès ; des aides et des actions commerciales soutiennent le retour d’exposants et d’acheteurs internationaux (document 8, p. 16 et 18). Le plan ne se limite donc pas au tourisme de loisirs.

Transition écologique, patrimoine et territoires

Le plan finance ou accompagne la transition des petites entreprises touristiques, en particulier les restaurants et hébergements ruraux ou périurbains. Il prévoit des sentiers, des mouillages écologiques, le vélotourisme, l’adaptation des campings littoraux au changement climatique, le verdissement des transports et des ports de plaisance, ainsi que le développement du slow tourisme, de l’écotourisme et de l’agritourisme. Ces mesures répondent à la fois à l’empreinte environnementale du secteur et à la concentration des visiteurs (document 8, p. 17–18).

La valorisation du tourisme de savoir-faire passe par l’ouverture d’entreprises aux visiteurs. Une enveloppe annoncée de 5 millions d’euros doit aider des PME à financer accueil, formation et communication ; l’objectif est de doubler en cinq ans le nombre d’entreprises ouvertes. Le plan s’applique en principe à la métropole et à l’outre-mer. Il vise ainsi à diversifier les destinations et les expériences, même si le document 9 relève la critique des grandes villes : les élus urbains estiment leurs propositions insuffisamment reprises. Le soutien à l’événementiel et à la montée en qualité peut néanmoins aussi concerner les villes (documents 8 et 9, p. 17–19).

Numérique et promotion de la destination

Pour les TPE et PME, 10 000 diagnostics de transformation numérique sont financés par un dispositif lancé en septembre 2022 avec les CCI et CMA. Un cours en ligne pour l’hôtellerie, la restauration et les loisirs ainsi que la communauté « French Tourism » doivent favoriser la formation, l’échange entre entreprises et le développement de jeunes entreprises innovantes. Le programme « 50 Territoires d’expérimentation » associe start-up, incubateurs et territoires ; un autre volet accompagne des entreprises prometteuses à l’international (document 8, p. 18).

Atout France doit enfin relancer la promotion ciblée auprès des clientèles françaises, européennes et lointaines, en adaptant ses messages aux marchés et en soutenant la commercialisation des offres. Sa feuille de route cherche à augmenter la durée de séjour et les recettes, tout en répartissant mieux les flux dans l’espace et dans l’année. Elle mobilise les grands événements sportifs — ski et rugby en 2023, Jeux olympiques et paralympiques en 2024 — comme occasions de montrer les destinations et de soutenir aussi le tourisme d’affaires. Ces opérations sont des actions de promotion décidées, tandis que leurs retombées futures ne sont pas encore démontrées par le dossier (document 10, p. 20–22).