Corrigé contrôleur DGFiP : sujet zéro sur le cinéma français
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Cette proposition de correction non officielle traite l’ensemble du sujet zéro officiel d’entraînement, voie externe. Elle s’appuie sur les données et les documents fournis dans cette épreuve.
Le sujet officiel comporte 30 pages. Retrouvez les autres épreuves dans le catalogue du concours.
Le dossier comprend sept documents datés de 2022 et 2023, puis une proposition institutionnelle de correction. Les trois réponses ci-dessous sont rédigées pour les consignes du sujet : état des lieux en deux pages au maximum, dispositifs de soutien en une page, et avis argumenté en deux pages. Les chiffres décrivent l’époque du dossier ; ils ne sont pas des données actuelles sur le cinéma.
1. État des lieux de l’industrie du cinéma en France
Une filière culturelle et économique puissante. L’industrie du cinéma ne se réduit pas à la salle : elle réunit auteurs, producteurs, techniciens, studios, distributeurs, exploitants et diffuseurs de films. La France dispose d’un vaste parc de salles, d’une production diversifiée et de savoir-faire reconnus, notamment en animation. La salle reste un lieu de découverte collective et la première fenêtre d’exploitation d’un film selon la chronologie des médias exposée dans le document 4. Ce réseau donne au public accès à des œuvres françaises, américaines et d’autres origines. Il permet aussi de financer l’étape suivante de diffusion.
La fréquentation témoigne toutefois d’une rupture. Le bilan du CNC reproduit au document 7 compte 213,2 millions d’entrées en 2019, 95,5 millions en 2021, 152,1 millions en 2022, puis 180,4 millions en 2023. La reprise est nette après les fermetures sanitaires, mais 2023 reste sous 2019. Le document 1 précise que la baisse de 2022 s’accompagne d’une raréfaction des grands succès en salles. Le document 3 évalue à près de 19 milliards d’euros les recettes perdues par les cinémas européens sur deux années de pandémie : ce chiffre concerne l’Europe et ne doit pas être attribué à la seule France.
Un secteur qui rayonne au-delà des frontières. En 2022, les films français ont réalisé 27 millions d’entrées et 167,4 millions d’euros de recettes en salles à l’international, d’après les résultats provisoires d’Unifrance repris au document 2. Les comédies et l’animation y occupent une place importante. L’Europe occidentale fournit 45,2 % de ces entrées internationales, devant l’Europe centrale et orientale. Cette diffusion extérieure offre des débouchés supplémentaires, mais le résultat reste inférieur à la moyenne d’avant la crise. Les deux grandeurs ne sont pas interchangeables : 27 millions désigne ici les entrées internationales des films français ; 152,1 millions désigne toutes les entrées dans les salles françaises en 2022.
Des usages concurrents et complémentaires. La vidéo à la demande par abonnement progresse. Le document 7 chiffre le marché français de la vidéo à la demande payante à 2 257,1 millions d’euros en 2023, principalement grâce aux abonnements. Elle donne aux spectateurs un catalogue disponible à domicile, souvent pour un coût mensuel inférieur à plusieurs sorties familiales. Le document 6 défend l’idée que la salle doit mieux justifier son prix et renouveler son offre ; il s’agit d’une prise de position, pas d’une mesure du coût réel de toutes les sorties. À l’inverse, le document 2 montre que les plateformes donnent aussi une vitrine aux œuvres françaises : celles-ci représentent 6,5 % des films et unitaires disponibles sur les services observés. Les plateformes peuvent donc concurrencer l’exploitant de salle tout en constituant un autre canal de diffusion pour la production.
L’industrie doit enfin assumer le coût des tournages, la transition énergétique des salles et la diversité des publics. Les grandes productions attirent les foules, mais une offre ne reposant que sur elles fragiliserait les œuvres plus petites. Le dossier montre ainsi une filière encore solide, dont la reprise des entrées et l’exportation sont réelles, mais dont le modèle doit s’ajuster à des habitudes de visionnage transformées.
2. Leviers et dispositifs de soutien au cinéma français
Le CNC assure un soutien durable à la filière. Cet établissement public finance la création, la production, la distribution et l’exploitation à partir de ressources liées au secteur, notamment les taxes sur les billets de cinéma et sur les services de vidéo. Le document 4 distingue ces mécanismes habituels des aides exceptionnelles de la période sanitaire. Les montants de ses tableaux sont attachés à leur année budgétaire : ils ne constituent pas une dotation unique versée chaque année.
La crise a entraîné des aides exceptionnelles. Le document 4 chiffre à 430 millions d’euros les aides exceptionnelles apportées au cinéma pendant la crise pandémique, pour aider les entreprises à faire face aux fermetures et soutenir la reprise. Il relève également la nécessité de préserver les producteurs, distributeurs et salles pendant que les recettes de billetterie s’effondraient. La réponse du sujet ne se limite donc pas aux salles : elle concerne les différents maillons d’une même chaîne.
Des instruments fiscaux et des obligations de financement complètent ce soutien. Le crédit d’impôt cinéma réduit le coût de certaines productions réalisées en France sous conditions ; les SOFICA permettent à des particuliers d’investir dans des œuvres avec un avantage fiscal encadré. Les plateformes participent aussi au financement des créations françaises et européennes selon les obligations décrites au document 4. La chronologie des médias réserve à la salle une période initiale d’exploitation, puis organise l’accès des autres diffuseurs. Elle cherche à faire contribuer chacun au financement des films tout en les diffusant à des publics différents. Les durées citées dans ce dossier correspondent à l’accord alors examiné, et ne doivent pas être présentées comme un calendrier valable sans vérification pour toute année future.
Les territoires ajoutent un appui concret. Régions et collectivités peuvent accueillir des tournages, proposer des aides et faciliter l’emploi local. Le document 5 raconte qu’une subvention de 90 000 € accordée pour un tournage à Toulouse a été rapprochée de 900 000 € de retombées locales estimées. Ce rapport de dix pour un illustre un cas, sans prouver que toute aide produit le même rendement. L’enjeu est de soutenir des œuvres et des emplois, tout en appréciant les coûts publics et les résultats de chaque dispositif.
3. L’industrie peut-elle résister à l’essor des plateformes ?
Oui, si elle sait faire de la salle un usage singulier et travailler avec les nouveaux diffuseurs. Résister ne signifie pas ramener tous les spectateurs aux habitudes d’avant la pandémie. Les chiffres du dossier indiquent à la fois le regain des entrées en 2023 et la croissance de la vidéo à la demande. Il faut donc comprendre ce que chaque mode de diffusion apporte, puis préserver les conditions de création et d’accès aux films.
La salle conserve des atouts que l’écran domestique ne remplace pas entièrement. La projection collective, le grand écran, le son et la sortie culturelle donnent à un film une visibilité particulière. Le réseau français de cinémas permet à des publics de territoires différents de découvrir des œuvres nouvelles. Le passage en salle peut créer un événement autour d’un film et aider sa diffusion ultérieure. Les 180,4 millions d’entrées relevées par le CNC en 2023 montrent qu’un public important est revenu après la crise ; ils ne prouvent pas à eux seuls que la fréquentation de 2019 soit rétablie.
La filière dispose aussi de compétences capables de trouver des marchés hors de France. L’animation française et les comédies citées au document 2 circulent à l’étranger. Les tournages mobilisent l’hôtellerie, la restauration et des techniciens locaux ; le document 5 donne l’exemple de Toulouse. Le cinéma peut donc défendre sa place par ses œuvres, ses emplois et son ancrage dans les territoires, plutôt que par la seule protection d’un ancien calendrier de diffusion.
Mais la concurrence oblige à corriger les faiblesses. Un abonnement donne immédiatement accès à de nombreux titres, tandis qu’une sortie en famille cumule billets et parfois transport. Le document 6 insiste sur cette comparaison de prix, même si son estimation du coût d’une sortie est une appréciation située. Le document 4 ajoute des motifs de moindre fréquentation relevés dans une enquête : changements d’habitude, prix des billets et préférence pour la vidéo à domicile. Une programmation trop dépendante de quelques succès rendrait la salle vulnérable. Des tarifs lisibles, des séances adaptées aux publics et la mise en valeur des films indépendants peuvent rendre la sortie plus attractive. Les exploitants doivent également maîtriser leurs charges, notamment énergétiques, sans réduire l’accès aux œuvres.
Les plateformes peuvent contribuer à une solution commune. Elles élargissent la diffusion internationale des films français et financent des productions dans le cadre d’obligations. La chronologie des médias doit répartir les fenêtres de diffusion de façon compréhensible : donner une première exposition aux salles, puis permettre l’accès à domicile dans des délais que les partenaires peuvent soutenir. Des règles de contribution effectives et une transparence sur la mise en avant des œuvres aideraient les créateurs à bénéficier de la croissance numérique. Le soutien du CNC et des collectivités peut accompagner cette adaptation, en restant attentif à la diversité culturelle et à l’efficacité des fonds engagés.
En définitive, l’essor des plateformes menace la salle si l’offre, les prix et les horaires ne répondent plus aux attentes. Il offre aussi au cinéma français un second débouché et des financements. Une industrie qui valorise l’expérience collective, renouvelle ses films et négocie une diffusion équilibrée peut conserver une place forte ; elle ne peut la tenir pour acquise.