CRPE français 2022, groupe 2 : corrigé sur le sentiment d’ancrage
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Proposition de correction non officielle. CRPE, session 2022, groupement académique 2. Épreuve écrite disciplinaire de français, durée : 3 heures. Le sujet commun concerne les concours externe, externe spécial langue régionale, second concours interne, interne spécial langue régionale et troisième concours indiqués en couverture. Support : extrait de Mauvaises Herbes de Dima Abdallah.
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I. Étude de la langue
1. Nature des éléments soulignés
- Qui, dans le premier groupe : pronom relatif. Son antécédent est « Ceux » ; il est sujet du verbe avoir. Il ne s’agit pas du second relatif de la phrase, dont l’antécédent est le nom désignant les souvenirs.
- Les : pronom personnel de la troisième personne du pluriel, employé comme complément d’objet direct du verbe quitter. Il désigne les personnes âgées. Placé devant un verbe, il ne doit pas être confondu ici avec un article.
- À épices : groupe prépositionnel, constitué de la préposition à et du nom pluriel épices ; il est complément du nom désignant l’étagère. La question porte sur le groupe souligné entier, pas sur la seule préposition.
- Rien : pronom indéfini à valeur négative. Il occupe la fonction de COD de jeter et participe à la négation avec ne.
2. Marques de la première personne
Les pronoms personnels sont « Je », puis sa reprise « je », le pronom réfléchi élidé « m’ » dans le verbe pronominal, et « me », complément indirect dans la tournure impersonnelle construite avec sembler.
Le déterminant possessif est « mon ». Il marque un possesseur de première personne ; son masculin singulier est commandé par le nom auquel il se rapporte, non par le sexe de la narratrice.
Les formes verbales conjuguées à la première personne du singulier sont « sors » et « ai », toutes deux au présent de l’indicatif. Le premier groupe est une forme pronominale ; le second entre dans la construction restrictive de l’énoncé. Le sujet grammatical de semble est impersonnel et sous-entendu : ce verbe reste à la troisième personne. Les autres verbes du passage ne portent pas la première personne.
3. Réécriture au féminin singulier
Les transformations, dans l’ordre du passage, sont les suivantes. Elles portent sur les reprises des personnes âgées ; les groupes qui désignent plusieurs souvenirs ou plusieurs plantes conservent leur pluriel.
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| Emplacement dans le passage | Forme à retenir |
|---|---|
| Complément désignant désormais une personne | d’une petite vieille |
| Première reprise démonstrative | Celle |
| Verbe être et participe qui qualifient cette personne | est, installée |
| Deuxième reprise démonstrative et verbe avoir | Celle, a |
| Troisième reprise démonstrative | Celle |
| Possessif et nom du balcon sur lequel fleurissent les plantes | son balcon |
| Quatrième reprise démonstrative et verbe associé | Celle, oublie |
| Début de la dernière phrase | Elle sait |
| Sujet et verbe du déplacement envisagé | qu’elle ne va |
| Possessif des souvenirs de cette personne | ses derniers souvenirs |
Le pronom celui de la première phrase demeure masculin singulier : il remplace le balcon, et non son occupante. Les accords de « riche » et « pauvre » demeurent également inchangés : ils qualifient déjà la mémoire, au féminin singulier. Le pronom neutre le, complément de savoir, ne change pas. Dans la dernière phrase, le présentatif au pluriel et les deux mots désignant les derniers souvenirs restent au pluriel : une seule personne peut avoir plusieurs souvenirs.
4. Propositions subordonnées et équivalents
Proposition introduite par « où » : c’est une subordonnée relative qui complète l’antécédent désignant le ou les murs. À l’intérieur de cette relative, où est complément de lieu de grimperaient. On peut le remplacer par sur lequel si l’on retient un mur, ou sur lesquels si l’on retient deux murs. La présence de l’alternative dans l’antécédent explique ces deux formulations.
Proposition introduite par « si bien que » : c’est une subordonnée conjonctive circonstancielle de conséquence. Le recouvrement est présenté comme le résultat de la croissance des plantes. Un équivalent est de telle sorte que, en conservant le conditionnel.
Proposition introduite par « de manière à ce que » : c’est une subordonnée conjonctive qui exprime ici le résultat recherché : rendre le mur invisible sous la végétation. Dans cette lecture de but, on peut remplacer la locution par pour que ou afin que, avec le subjonctif. La construction conserve une nuance de conséquence envisagée ; le choix du subjonctif souligne que ce résultat est souhaité dans un jardin imaginé, et non constaté.
5. Temps et emplois de chaque occurrence
Le passage comporte des verbes au présent de l’indicatif et au conditionnel présent.
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| Forme | Temps | Valeur |
|---|---|---|
| « veux » | Présent de l’indicatif | Désir exprimé au moment où la narratrice se représente son installation. |
| « deviendrait » | Conditionnel présent | Devenir imaginé de la plante dans le jardin souhaité. |
| « grandiraient » | Conditionnel présent | Croissance projetée des arbres. |
| « couleraient » | Conditionnel présent | Conséquence imaginaire et métaphorique : les arbres recueilleraient la mémoire du monde. |
| « aurait », précédé de « il y » | Conditionnel présent | Existence souhaitée du prunier dans ce jardin possible. |
| « donnerait » | Conditionnel présent | Production de fruits envisagée dans ce même univers rêvé. |
| « est », dans le jugement sur les prunes | Présent de l’indicatif | Jugement présenté comme général par la narratrice ; il exprime sa préférence avec assurance. |
Les conditionnels ne sont pas ici de simples futurs vus depuis un récit au passé : ils construisent une possibilité désirée. Les infinitifs du passage ne constituent pas un troisième temps conjugué à classer.
II. Lexique et compréhension lexicale
1. Sens premier et sens en contexte
Ancrage désigne d’abord l’action de fixer au moyen d’une ancre ou d’un dispositif d’attache, ainsi que le résultat de cette fixation. Dans le texte, il s’agit d’une stabilité vécue : pouvoir habiter un lieu, s’y reconnaître et ne plus être entièrement dans le départ. La présence des plantes sert de signe concret à cette installation encore fragile.
Jungles désigne au sens premier une végétation sauvage très dense, difficile à traverser. Dans le passage, le mot est employé métaphoriquement pour les nombreux végétaux qui encombrent les balcons. Le rapprochement entre une végétation vaste et des pots de dimensions limitées fait sentir l’accumulation et la vitalité, tout en les associant à une mémoire vieillissante.
2. Les souvenirs et les jardinières
L’image transpose à la mémoire les besoins d’une plante. Une jardinière contient et limite les racines ; certains souvenirs semblent eux aussi manquer d’espace dans les formes de vie présentes. La narratrice imagine une terre assez vaste pour accueillir ce qui ne peut être enfermé dans des contenants réduits. Il ne s’agit pas seulement de stocker davantage : le jardin rêvé permettrait une autre relation au passé, dans laquelle certains souvenirs pourraient croître tandis que l’oubli ferait aussi son travail. La mémoire devient un milieu vivant à cultiver, et non une réserve d’objets qu’il suffirait de ranger.
III. Réflexion et développement : le sentiment d’ancrage
S’ancrer évoque la possibilité de demeurer quelque part sans se sentir sur le point de repartir. Pourtant, posséder une adresse et des objets ne suffit pas toujours à habiter sa vie. Dans le texte de Dima Abdallah, l’installation matérielle coexiste avec le désir de tout jeter ; les plantes témoignent d’une stabilité recherchée autant que d’un malaise persistant. L’ancrage apparaît ainsi comme une relation à un lieu, à une histoire et à des liens, plutôt que comme une immobilité acquise une fois pour toutes.
Un lieu peut d’abord soutenir la continuité de l’existence. L’organisation d’un espace, les gestes familiers et le soin d’une plante donnent des repères qui se retrouvent d’un jour à l’autre. Pour la narratrice marquée par l’exil, la possibilité de planter signifie que quelque chose peut prendre le temps de croître. Le végétal rend visible une durée qui dépasse celle du passage. Le jardin désiré n’est donc pas seulement un décor agréable : il représente la possibilité de ne pas devoir interrompre constamment ce qui commence.
L’ancrage se nourrit aussi de mémoire. Se sentir chez soi peut tenir à des odeurs, des usages, une langue ou des récits qui relient le présent à des expériences antérieures. Le lieu nouveau n’efface pas nécessairement le lieu quitté ; il peut accueillir des traces déplacées. Les plantes aromatiques du texte donnent une forme sensible à cette continuité. La stabilité recherchée est faite de relations entre plusieurs temps, plutôt que d’une fidélité exclusive à une origine.
D’autres œuvres montrent que les personnes peuvent elles aussi constituer un appui. Dans « Georges et Jeanne », Hugo reçoit de ses petits-enfants un apaisement et une ouverture sur l’avenir. Les souvenirs de plusieurs générations se répondent autour de leur présence. Ce lien éclaire une autre dimension de l’ancrage : on peut trouver une continuité dans une relation, et non seulement dans une maison. Inversement, une habitation intacte peut sembler vide si les liens qui lui donnaient sens ont disparu.
L’attachement comporte cependant une ambivalence. Le balcon des personnes âgées, rapproché de celui de la narratrice, évoque autant la richesse des souvenirs que la diminution des possibles. L’accumulation peut protéger et encombrer. Les cartons qui restent à vider ne deviennent pas automatiquement les preuves d’une vie pleinement installée. Un ancrage réduit à la possession risquerait de multiplier les attaches sans apporter la possibilité de respirer que cherche la narratrice.
La possibilité d’oublier a donc sa place. Le texte ne rêve pas d’une mémoire parfaite qui conserverait tout à l’identique. Il imagine une mémoire capable de laisser disparaître certaines tensions et de faire pousser autre chose. Habiter le présent peut demander une sélection, une transformation du rapport au passé, sans que cela constitue un reniement. L’ancrage ne vaut pas seulement comme fidélité ; il vaut aussi comme condition d’une vie qui continue.
Il n’exige pas davantage de condamner le mouvement. Voyager, changer de ville ou recomposer ses relations ne signifie pas nécessairement être déraciné. La différence tient à la possibilité de choisir son déplacement et d’emporter ou de retrouver des repères. Un attachement sûr peut même permettre de partir, parce qu’il rend le retour pensable. À l’inverse, l’immobilité imposée peut être vécue comme un enfermement.
Le sentiment d’ancrage associe ainsi durée, mémoire et disponibilité à de nouveaux possibles. L’extrait de Dima Abdallah en montre la recherche inquiète : les racines végétales figurent à la fois une installation et la vie intérieure qu’elle doit rendre possible. S’ancrer ne consiste pas à ne plus bouger, mais à pouvoir se reconnaître dans des lieux et des relations sans que ceux-ci empêchent de grandir.