CRPE français 2023, groupe 1 : corrigé sur S’adapter et la norme
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Proposition de correction non officielle. CRPE 2023, groupement académique 1. Français, durée : 3 heures. Sujet commun aux concours externe, externe spécial langue régionale, troisième concours, second concours interne et interne spécial langue régionale indiqués en couverture. Support : extrait de S’adapter de Clara Dupont-Monod.
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I. Étude de la langue
1. Temps, modes et emplois des quatre formes en gras
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| Forme | Identification | Emploi |
|---|---|---|
| « est né » | Passé composé de l’indicatif, troisième personne du singulier | Il présente la naissance comme un événement accompli, point de départ du récit. Le sujet est placé après le verbe. |
| « serait » | Conditionnel présent, troisième personne du singulier | Il exprime une appréciation envisagée sous hypothèse : si l’on employait cet autre adjectif, son usage serait déplacé. Il relève de la discussion du choix des mots. |
| « existait » | Imparfait de l’indicatif, troisième personne du singulier | Il décrit la situation durable de l’enfant dans le cadre du récit, sans en marquer les limites. |
| « sert » | Présent de l’indicatif, troisième personne du singulier | Il formule une fonction tenue pour générale, en dehors de la seule situation de cet enfant. |
La différence entre la naissance racontée et le présent définissant une fonction contribue à opposer une existence singulière et un modèle général. Le conditionnel fait entendre la prudence du discours qui cherche à la nommer.
2. Propositions de la phrase complexe
L’extrait contient trois propositions :
- On avait bâti […] d’une rivière : proposition indépendante, dont le noyau verbal est avait bâti. Les éléments énumérés sont les compléments de ce verbe ; ils ne constituent pas autant de propositions.
- Et l’on pouvait entendre […] dans les voitures : proposition principale, coordonnée à la première par et. Entendre est l’infinitif complément du verbe conjugué ; il ne suffit pas ici à former une proposition autonome.
- Lorsque la route étroite devenait petit pont : proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps, rattachée à la deuxième. Elle précise à quel moment les soupirs se faisaient entendre.
La coordination relie les deux premiers ensembles ; la subordination insère une indication temporelle dans le second. Il ne faut pas étendre le découpage à la suite du texte que la citation de la question a volontairement interrompue.
3. Nature, fonction et référent des pronoms en gras
Y est un pronom personnel adverbial. Il est complément de la locution verbale prendre part et reprend le groupe désignant les autres vies : prendre part à ces vies. Il ne renvoie donc pas simplement à un lieu et ne se confond pas avec la valeur spatiale qu’il peut avoir ailleurs.
Dont est un pronom relatif. Son antécédent est la porte médiévale et il est complément du nom battants : la mère a ouvert les deux battants de cette porte. La relative entière complète son antécédent. Le pronom n’est pas COD d’ouvrir, puisque cette fonction est déjà occupée par le groupe nominal désignant les deux battants.
4. Réécriture avec des sujets au masculin pluriel
Ils sentaient bon la fleur d’oranger. Ils semblaient attentifs et tranquilles. Ils avaient les joues rondes et pâles, des cheveux bruns, de grands yeux noirs. Des bébés de la région, qui lui appartenaient.
Les trois sujets personnels deviennent pluriels et entraînent les verbes en -aient. Les attributs prennent le masculin pluriel. Le groupe nominal désignant les bébés et le verbe dont il est l’antécédent passent également au pluriel. En revanche, lui reste singulier : il renvoie à la région, qui n’a pas changé de nombre. Les groupes décrivant les joues, les cheveux et les yeux étaient déjà pluriels.
5. Une autre expansion du nom
Les deux mots soulignés sont des adjectifs qualificatifs, épithètes du nom féminin pluriel routes. Ils sont coordonnés par et et s’accordent avec ce nom.
On peut remplacer les adjectifs par une proposition subordonnée relative : Il avait fallu rouler sur des routes qui étaient minuscules et sinueuses.
La relative complète l’antécédent routes. À l’intérieur de celle-ci, les adjectifs sont désormais attributs du sujet relatif, par l’intermédiaire d’étaient. Le type d’expansion change sans que les propriétés des routes soient modifiées.
II. Lexique et compréhension lexicale
1. Formation et portée des adjectifs
Inadapté se forme par préfixation sur adapté, participe passé de adapter employé comme adjectif. Le préfixe privatif in- indique l’absence d’adaptation ou l’écart par rapport à ce à quoi un être est censé convenir.
Inachevé se forme de la même manière sur achevé, participe passé d’achever employé adjectivement. Il signifie que ce qui est commencé n’est pas mené jusqu’à son terme. Les deux mots n’ont donc pas exactement le même sens : l’un porte sur l’adéquation, l’autre sur l’accomplissement.
Le premier paragraphe ne présente pas ces désignations comme innocentes. La laideur évoquée au début qualifie le mot utilisé, non un jugement esthétique simplement assumé sur le bébé. Le discours reconnaît sa dimension dégradante tout en cherchant ce qu’il peut nommer. Les autres adjectifs envisagés sont écartés parce qu’ils rapprocheraient l’enfant d’un objet défectueux ou incomplet. Le choix lexical devient ainsi une réflexion sur le regard porté sur lui : une existence ne se réduit pas à sa conformité au fonctionnement attendu d’un corps.
2. Le lexique maritime dans la montagne
Le paysage montagneux est décrit au moyen d’un réseau d’images maritimes. Les mouvements des voyageurs, les trajets qui montent et descendent, le bruit du vent et la végétation sont rapprochés d’une traversée agitée. La montagne immobile reçoit ainsi la puissance d’une mer capable de désorienter.
Cette métaphore filée rend d’abord sensibles l’accès difficile et les sensations des visiteurs, dont le corps semble encore subir le voyage. Elle permet aussi d’opposer ce dehors au refuge de la cour, représentée comme une île protégée. Le hameau n’est donc pas un simple décor réaliste : il devient un espace d’accueil au milieu de forces plus vastes. La protection offerte à l’enfant s’inscrit dans cette organisation du paysage.
III. Réflexion et développement : les êtres humains et la norme
Une norme peut permettre de se repérer et de vivre ensemble ; elle peut aussi faire apparaître comme défectueux celui qui ne lui correspond pas. Dans l’extrait de S’adapter, l’enfant reçoit d’abord des désignations qui le mesurent à un fonctionnement attendu, tandis que le récit de sa naissance le montre accueilli comme un bébé semblable aux autres. Cette tension invite à distinguer l’utilité des repères communs et le pouvoir d’exclusion qu’ils peuvent exercer.
Les normes rendent certaines relations possibles. Une langue partagée permet de se comprendre ; des règles de circulation coordonnent des déplacements ; des critères annoncés évitent qu’un jugement dépende seulement du bon plaisir de celui qui décide. L’existence d’un cadre n’est donc pas nécessairement une atteinte à la liberté. Il peut protéger celui qui serait autrement exposé à l’arbitraire et rendre ses attentes intelligibles à autrui.
Il faut pourtant distinguer ce qui est fréquent de ce qui est souhaitable. Qu’un comportement soit majoritaire ne prouve pas qu’il doive être exigé de tous. De même, une mesure corporelle ou une fonction ordinaire ne constitue pas une évaluation complète d’une personne. Le début du texte rend visible ce glissement : décrire un écart peut conduire à suggérer une existence manquée, comme si l’être humain était un objet qu’on aurait mal terminé. La réflexion sur les mots interrompt cette réduction.
L’accueil initial du bébé montre également que le regard sur la normalité n’est pas une simple lecture immédiate des corps. Les visiteurs reconnaissent des traits familiers, les rattachent au pays et s’inscrivent dans une scène de naissance attendue. La formule finale qui rétablit un ordre rassurant est traversée par ce que le début a déjà annoncé. Le lecteur comprend que la conformité apparente tient aussi à des attentes et à une histoire que les proches se racontent.
L’étiquette peut ensuite prendre la place de l’individu. Dans Les Misérables, le parcours de Jean Valjean permet notamment de réfléchir à la persistance d’une identité sociale assignée à partir d’une condamnation passée. Le regard qui ne voit qu’un ancien condamné peut méconnaître les actions et les transformations d’une personne. La littérature rend ainsi sensible la différence entre une catégorie qui sert à identifier une situation et une catégorie qui prétend épuiser un être.
La critique des normes n’exige cependant pas de considérer tous les cadres comme équivalents ou toute transgression comme libératrice. Une règle qui protège de la violence possède une autre justification qu’une convention esthétique qui impose un modèle de corps. Il faut examiner la fonction de la norme, ceux qu’elle protège, ceux qu’elle exclut et la possibilité de la discuter. C’est ce travail qui distingue une critique argumentée d’un simple refus de toute limite.
L’ajustement peut aussi porter sur le cadre plutôt que sur la personne. Modifier un outil, un rythme ou une manière de communiquer peut permettre à quelqu’un de participer sans lui demander de devenir identique aux autres. Le titre du roman prend alors un sens réciproque : l’adaptation n’est pas seulement l’effort de l’individu vers une norme intacte ; elle peut être la transformation d’une relation pour accueillir une différence. Cette transformation demande de reconnaître des besoins concrets, sans inventer à l’avance ce qui serait bon pour chacun.
Les humains entretiennent donc avec la norme un rapport nécessairement critique. Ils ont besoin de repères pour agir et se comprendre, mais doivent empêcher ces repères de devenir une mesure totale de la valeur des personnes. L’extrait de Clara Dupont-Monod éclaire cette exigence en rapprochant la recherche d’un mot juste et une scène d’accueil. Une norme devient plus juste lorsqu’elle peut être interrogée à partir des vies qu’elle organise, au lieu de décider d’avance lesquelles méritent pleinement d’y prendre part.