CRPE supplémentaire 2023 : corrigé de français, Dumas et le savoir
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Proposition de correction non officielle. Le sujet de français du CRPE supplémentaire 2023, pour les concours externes de Créteil et Versailles, s’appuie sur Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. En prison, Edmond Dantès demande à l’abbé Faria de lui enseigner ce qu’il sait. L’épreuve dure trois heures ; les six questions de langue, les quatre questions de lexique et le développement sont corrigés ci-dessous.
Sujet officiel · Annales du CRPE
I. Étude de la langue — 6 points
1. Temps, mode et valeur des quatre verbes soulignés
- « contient » est au présent de l’indicatif. Le narrateur attribue à la conversation de Faria une propriété qui vaut au-delà de cet entretien : elle contient des enseignements. Ce présent de caractérisation tranche avec l’imparfait « était », qui décrit la situation passée.
- « serai » est au futur simple de l’indicatif. L’abbé estime, au moment où il parle, le temps qu’il lui faudra pour transmettre son savoir : « deux ans à peine » se situent dans l’avenir de leur échange.
- « pourrais » est au présent du conditionnel. Dantès ne dit pas qu’il apprendra nécessairement tout en deux ans ; il demande si cette possibilité serait réelle. La forme atténue aussi sa question adressée à Faria.
- « avait dit » est au plus-que-parfait de l’indicatif. Le narrateur rappelle une parole déjà prononcée par Dantès avant le moment où il ne parlait plus de fuir ; le temps marque cette antériorité.
2. Nature et fonction des trois éléments soulignés
- Dans « que m’apprenez-vous d’abord ? », « que » est un pronom interrogatif, complément d’objet direct de « apprenez » : apprendre quoi ? C’est le contenu de la leçon que Dantès demande.
- Dans « la poésie du marin », « du marin » est un groupe prépositionnel (de + le marin), complément du nom « poésie ». Son noyau nominal est « marin » ; le groupe évoque la sensibilité de Dantès, marin de métier.
- Dans « la distraction que lui donnait l’étude », « lui » est un pronom personnel, complément d’objet indirect de « donnait » : l’étude donnait une distraction à Dantès. La relative « que lui donnait l’étude » complète « la distraction ».
3. Terminaison des quatre mots soulignés
- « ennuyer » se termine en -er parce que c’est l’infinitif du premier groupe après « pour ne pas ». On pourrait le remplacer par « importuner » ; ce n’est pas un participe passé.
- « applique » se termine en -e parce que le verbe appliquer est au présent de l’indicatif, troisième personne du singulier. Son sujet est le pronom relatif qui, dont l’antécédent est « le génie » ; « les » est son complément d’objet et reprend « les sciences ».
- « donnait » se termine en -ait : c’est l’imparfait de l’indicatif, troisième personne du singulier. Le sujet, placé après le verbe, est « l’étude » ; lui désigne celui qui bénéficie de la distraction.
- « rapides » prend un -s parce que cet adjectif est attribut du sujet « les journées », féminin pluriel, par l’intermédiaire de « s’écoulaient ». Instructives s’accorde de la même manière.
4. Réécriture avec « les deux langues »
« Il savait déjà, d’ailleurs, les deux langues, qu’il avait apprises dans ses voyages d’Orient. »
Le complément d’objet direct qu’ de « avait apprises » reprend désormais « les deux langues », féminin pluriel, et se place avant l’auxiliaire avoir. Le participe passé doit donc devenir apprises. Le remplacement ne change ni le temps du verbe ni les autres éléments de la phrase.
5. Lien logique et deux réécritures
a. Dans « J’ai hâte de commencer, j’ai soif de science », la seconde proposition donne la cause de la première : Dantès veut commencer parce qu’il désire ardemment apprendre. La virgule juxtapose les deux propositions sans exprimer ce lien par un mot.
b. Avec une conjonction de coordination : « J’ai hâte de commencer, car j’ai soif de science. » Avec une conjonction de subordination : « J’ai hâte de commencer parce que j’ai soif de science. » Dans les deux cas, le choix de car ou parce que rend la relation causale explicite ; parce que introduit une subordonnée.
6. Usages des virgules
- Dans « morales, philosophiques ou sociales », la virgule sépare les premiers termes d’une énumération d’adjectifs coordonnés ; ou introduit le dernier terme.
- Dans « Voyons, dit Dantès, que m’apprenez-vous d’abord ? », les deux virgules encadrent l’incise « dit Dantès », qui attribue la parole au personnage sans appartenir à sa question.
- Dans « En effet, dès le soir, les deux prisonniers… », la première virgule détache le connecteur « En effet », qui relie la réalisation au projet annoncé ; la seconde isole le complément de temps « dès le soir » placé en tête de phrase. Elles n’ont donc pas exactement le même rôle.
II. Lexique et compréhension lexicale — 4 points
1. « Égoïste »
a. L’adjectif est formé sur égo-, issu du latin ego, « moi », avec le suffixe -iste. b. Dans ce passage, Faria n’est pas égoïste : sa conversation ne ramène pas tout à ses propres malheurs ; il s’intéresse à Dantès et partage son savoir. Le mot désigne ici une personne centrée sur elle-même au détriment d’autrui. c. Un antonyme approprié est « altruiste » ; on pourrait aussi dire « généreux » dans le contexte de l’enseignement qu’il offre.
2. Deux emplois dans un autre sens
- « Latitudes » signifie dans le texte des zones géographiques définies par leur position au nord ou au sud de l’équateur. Autre sens : « La directrice nous laisse une grande latitude pour organiser la rencontre. » Il s’agit cette fois d’une marge de liberté, non de coordonnées terrestres.
- « Arrêtèrent » veut dire dans le texte fixèrent, établirent un plan d’éducation. Autre sens : « Les policiers arrêtèrent le suspect à la sortie du bâtiment. » Le verbe signifie alors appréhendèrent une personne.
3. « Rigide observateur de sa parole »
Dantès a promis à Faria de ne plus lui parler de fuir s’il accepte de l’instruire. Le narrateur envisage deux explications au fait que Dantès ne parle plus d’évasion : l’étude peut lui tenir lieu de liberté, ou il respecte strictement sa promesse. Observateur de sa parole veut dire fidèle à l’engagement pris ; rigide souligne la fermeté presque inflexible avec laquelle il s’y tient. L’expression ne signifie pas qu’il surveille ses propres mots au sens littéral.
4. « Sachants » et « savants »
Pour Faria, les « sachants » possèdent des informations qu’ils retiennent grâce à la mémoire. Les « savants » vont plus loin : ils relient les connaissances, en cherchent les principes et savent les appliquer à des situations nouvelles. Le sens étymologique de philosophie, « amour de la sagesse », éclaire cette différence : il ne s’agit pas d’accumuler des leçons, mais de chercher à comprendre comment les savoirs se tiennent ensemble et peuvent guider le jugement. Dantès apprendra des langues et des sciences ; le défi est d’en faire autre chose qu’une liste mémorisée.
III. Réflexion et développement — 10 points
« Apprendre n’est pas savoir », affirme l’abbé Faria. Dans le passage de Dumas, il distingue l’acquisition des principes d’une science et la capacité de s’en servir. La mémoire permet de répéter une règle ; comprendre pourquoi elle vaut et quand elle s’applique demande un travail supplémentaire. Cette distinction est au cœur de l’évolution d’Edmond Dantès : l’enseignement du vieil abbé ne lui donne pas seulement de nouveaux mots, il change sa manière de vivre le temps de la prison. En quoi le savoir transforme-t-il les êtres ? Il peut ouvrir des possibilités d’action et modifier le regard sur soi et sur les autres, à condition de devenir une compréhension vivante plutôt qu’une accumulation de données.
Le savoir donne d’abord des prises sur un monde qui semblait fermé. Dantès, marin, connaît déjà les voyages et quelques langues. Faria part de cette expérience au lieu de l’effacer. Les mathématiques l’aident à raisonner, les langues à comprendre d’autres paroles, l’histoire à replacer les événements dans une durée plus large. Le texte précise qu’il commence à parler l’espagnol, l’anglais et l’allemand après six mois. Ces apprentissages ne le libèrent pas physiquement du château d’If, mais ils élargissent ce qu’il peut imaginer et entreprendre. Une personne qui apprend à lire un document administratif, une carte ou un raisonnement acquiert, à une autre échelle, une liberté semblable : elle dépend moins entièrement de l’interprétation des autres.
Le savoir peut également transformer l’expérience du temps. Avant la rencontre, Dantès veut s’évader ; après avoir conclu avec Faria un plan d’éducation, il respecte sa promesse de ne plus parler de fuite. Les journées deviennent « rapides et instructives ». L’étude ne rend pas l’emprisonnement juste ni agréable. Elle lui donne néanmoins une activité qui organise ses heures et fait naître une attente tournée vers le lendemain. Dumas conclut qu’au bout d’un an « c’était un autre homme ». Cette transformation s’explique autant par la relation avec Faria et par l’effort soutenu de Dantès que par les leçons elles-mêmes.
Pour être durable, un apprentissage doit être compris et réemployé. Faria oppose les « sachants » aux « savants » : les premiers retiennent, les seconds pensent. Connaître une formule de mathématiques sans savoir reconnaître la situation où elle sert ne permet pas de résoudre un problème. De même, mémoriser une date historique ne suffit pas à comprendre la décision de ceux qui ont vécu l’événement. Le savoir prend de la force lorsqu’il relie des faits, des raisons et des usages. Dantès associe la « disposition mathématique de son esprit » à la « poésie du marin » : le calcul et l’imagination se corrigent l’un l’autre au lieu de s’exclure.
Mais apprendre beaucoup ne rend pas automatiquement meilleur. La connaissance peut donner du pouvoir et servir des fins opposées. Dans Les Misérables de Victor Hugo, la rencontre de Jean Valjean avec l’évêque Myriel change sa conduite parce qu’une autre personne lui fait confiance et l’invite à choisir autrement. Ce n’est pas la seule acquisition d’une information qui le transforme. L’exemple rappelle que l’éducation intellectuelle a besoin d’une dimension morale : savoir expliquer une situation n’indique pas encore comment traiter ceux qu’elle concerne. Dantès pourra lui aussi employer ce qu’il apprend pour se défendre, aider ou dominer ; le passage ne garantit pas à lui seul la direction qu’il prendra.
La transformation par le savoir est enfin rarement solitaire. Faria enseigne, Dantès questionne ; chacun reconnaît chez l’autre une intelligence. Le vieil homme transmet ses connaissances sans se réduire à ses malheurs, et le jeune prisonnier découvre qu’il peut apprendre. Cette confiance réciproque rend possible l’effort. Dans une classe, un atelier ou une bibliothèque, un bon accompagnement peut produire le même déclic : quelqu’un reçoit les moyens de poser une question, puis l’envie de poursuivre seul. L’effet du savoir tient ainsi autant aux échanges qui le construisent qu’aux résultats visibles.
Le savoir transforme les êtres lorsqu’il ouvre des choix, nourrit la pensée et permet d’agir avec plus de lucidité. Le texte de Dumas montre cette métamorphose dans une prison, lieu où l’on pourrait croire tout changement impossible. Pourtant, la formule de Faria impose une exigence : apprendre les mots d’une science n’est qu’un commencement. Devenir savant, au sens qu’il donne au terme, c’est faire de ce que l’on a appris une manière plus juste de comprendre le monde et d’y prendre sa part.