CRPE français 2024, groupe 2 : corrigé du sujet Baptiste Morizot

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Proposition de correction non officielle. CRPE 2024, groupement académique 2, épreuve écrite disciplinaire de français, durée : 3 heures. Le sujet indique les concours externe, externe spécial langue régionale, troisième concours, second concours interne et interne spécial langue régionale. Le texte est extrait de Manières d’être vivant de Baptiste Morizot (2020).

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I. Étude de la langue

1. La valeur du présent

Dans « Les traces ont une tonalité d’existence caractéristique ici », le présent est d’abord un présent de description et de commentaire. Après le récit au passé de la marche dans la neige, l’auteur s’arrête sur les traces qu’il vient d’observer et en interprète l’allure. Ici rattache cette appréciation au lieu parcouru. La formulation a aussi une portée générale locale : ce type d’empreintes, dans cet environnement, révèle à ses yeux une manière d’être des loups. Réduire ce présent à une vérité universelle effacerait le lien avec l’observation précise.

2. Les pronoms de la phrase

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PronomNature et référentFonction
« nous »Pronom personnel de première personne du pluriel ; il désigne le narrateur et ses compagnons.Sujet de « sommes tombés ».
« qui »Pronom relatif ; son antécédent est « la piste de la meute ». La piste, laissée quelques heures plus tôt, est récente.Sujet de « avait » dans la proposition relative.
« ils »Pronom personnel de troisième personne du pluriel ; il reprend les loups de la meute, compris grâce au contexte, et non le nom singulier meute selon un accord grammatical direct.Sujet de « étaient passés ».

Le déterminant « notre » dans « notre tracé » exprime aussi la première personne du pluriel, mais ce n’est pas un pronom : il accompagne le nom tracé.

3. Deux terminaisons

a. « Vectorisées » est le participe passé de vectoriser, employé ici avec une valeur adjectivale pour qualifier les traces. Il s’accorde avec ce nom féminin pluriel : -ées. Le groupe « par un groupe » désigne ce qui oriente ces traces ; il ne commande pas leur accord.

b. « Produisent » est le présent de l’indicatif de produire, à la troisième personne du pluriel. Son sujet est « les empreintes d’une meute de loups ». Le noyau du groupe sujet est empreintes, au pluriel ; d’une meute de loups complète ce nom et ne commande pas la terminaison -ent.

4. Nature et fonction des éléments soulignés

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Élément soulignéNatureFonction
« de bande »Groupe prépositionnel introduit par de.Complément du nom « effet » : il précise quel effet est en cause.
« animale »Adjectif qualificatif au féminin singulier.Épithète du nom « ascendance », avec lequel il s’accorde.
« qui se sont aventurées dans cette forme de vie sociale originale »Proposition subordonnée relative introduite par qui.Expansion du pronom démonstratif « celles », qui reprend certaines des « espèces » mentionnées. À l’intérieur de la relative, qui est sujet de « se sont aventurées ».

Le choix de celles restreint la comparaison aux espèces qui connaissent cette forme de vie en groupe. Le pluriel féminin d’« aventurées » s’explique par l’antécédent celles.

5. Relations entre les propositions

a. Première phrase. Elle comporte deux propositions à verbe conjugué : « la neige a commencé à tomber » et « nous sommes arrivés à la combe de la veille ». Elles sont coordonnées par et. « Après quelques kilomètres » est un complément circonstanciel placé en tête ; « à tomber » complète a commencé et ne forme pas ici une troisième proposition indépendante.

Seconde phrase. « Nous sommes tombés sur la piste de la meute » est la proposition principale. « Qui avait quelques heures tout au plus » est une subordonnée relative complétant piste. Après les deux points, « ils étaient passés le matin même » est une proposition indépendante juxtaposée à l’ensemble précédent ; elle explique pourquoi la piste était si récente.

b. « À la perpendiculaire de notre tracé, nous sommes tombés sur la piste de la meute, qui avait quelques heures tout au plus, car ils étaient passés le matin même. » La conjonction de coordination car explicite le rapport de justification que suggéraient les deux points. Le passage de la relative à la proposition coordonnée appelle une virgule après « tout au plus ».

II. Lexique et compréhension lexicale

1. Des mots de la famille de « tourner »

Avec deux préfixes différents, on peut former retourner (re-) et détourner (dé-). Avec deux suffixes différents, on obtient tournage (-age) et tourneur (-eur). Les quatre mots conservent le radical tourn- mais changent de sens ou de catégorie : retourner et détourner sont des verbes, tournage et tourneur des noms. Répéter plusieurs flexions de tourner ne constituerait pas une dérivation par suffixes différents.

2. « Fébriles » et « vigilantes »

Les traces fébriles du chamois semblent témoigner d’une fuite nerveuse, de mouvements pressés ou hésitants. L’adjectif transpose aux empreintes une agitation que l’on attribuerait à l’animal ; il ne s’agit pas d’un diagnostic de fièvre. Les traces vigilantes du chevreuil suggèrent au contraire une progression prudente, attentive au danger et tenue « en lisière », à la limite des espaces exposés. Ces marques diffèrent des empreintes de la meute, qui s’étalent au milieu du chemin et paraissent assurées.

3. « L’effet de bande est une ascendance animale »

Morizot observe d’abord les empreintes de loups : leur disposition, leur passage au grand jour et leur expansion au croisement du sentier lui donnent l’impression d’un groupe sûr de lui. Il rapproche ensuite cette impression d’une expérience humaine : être dans une bande peut accroître l’assurance, tandis que rencontrer cette bande de l’extérieur peut intimider. L’« ascendance animale » désigne cette parenté de comportements entre des espèces qui vivent en groupe. Elle ne signifie pas que toute société humaine serait identique à une meute ni que l’auteur aurait prouvé une filiation précise à partir de quelques traces.

La formule éclaire le paradoxe développé dans l’extrait. Chaque membre peut devenir « moins personnel », parce que le groupe lui donne une force commune et absorbe une part de sa décision ; la bande, elle, paraît former un être autonome qui se déplace, se défend et explore. Les métaphores de la « membrane », des « antennes » et des « yeux dans le dos » prêtent à ce collectif un corps propre. Elles traduisent une perception du dehors autant qu’une description des animaux. L’auteur finit donc par interroger sa lecture des empreintes : comment déduire une « tonalité d’existence » de marques dans la neige ? Sa comparaison ouvre une réflexion, sans transformer l’impression du marcheur en certitude scientifique.

III. Réflexion et développement : que représente le groupe dans la formation de l’individu ?

Dans l’extrait de Baptiste Morizot, la meute laisse des traces qui semblent plus affirmées que celles d’animaux solitaires. L’auteur rapproche cette assurance de celle que peut donner une bande humaine. Il relève pourtant qu’en groupe on devient parfois « moins personnel » et « plus acéphale », c’est-à-dire moins disposé à penser ou à décider par soi-même. La formation d’un individu passe-t-elle par l’appartenance à un collectif ou par la capacité de s’en détacher ? Ces deux mouvements ne s’excluent pas. Un groupe transmet des ressources et ouvre des possibilités d’action ; il peut aussi imposer des conduites que chacun doit apprendre à examiner.

On ne se forme pas seul. Une langue est reçue de ceux qui la parlent déjà ; on apprend des gestes en regardant les autres les pratiquer, puis en acceptant leurs corrections. Une classe, une équipe ou une famille donne des repères dont l’individu ne disposerait pas immédiatement par lui-même. La présence d’autrui permet de comparer des manières de faire et de découvrir des capacités inconnues. Dans Le Livre de la jungle de Kipling, Mowgli grandit parmi les loups et apprend leur loi ainsi que les façons de vivre dans la jungle. Son histoire imaginaire montre, avec une force particulière, que l’identité d’un enfant se construit aussi par des liens, des règles et des apprentissages partagés.

Le groupe donne de l’assurance parce qu’il répartit les tâches et les risques. Une personne hésite parfois à prendre la parole seule ; elle ose davantage lorsqu’elle sait que d’autres soutiennent sa démarche. Morizot décrit, du dedans, cette force de la bande : elle rend plus expansif et plus explorateur. L’expérience peut être féconde lorsqu’elle permet de s’entraider, d’essayer un projet et d’apprendre à répondre de sa part. La confiance née du collectif n’efface pas nécessairement l’individu ; elle peut lui donner l’occasion d’exercer une capacité qui restait inemployée.

Cette force possède une face inquiétante. Le narrateur remarque qu’une bande peut faire peur à ceux qui se trouvent au dehors. Sa « membrane » protège ses membres, mais elle peut aussi séparer brutalement les autres. Quand les décisions se prennent dans l’excitation commune, chacun risque de suivre la voix dominante sans examiner ce qu’elle exige. Dans « Les Animaux malades de la peste » de La Fontaine, les puissants se disculpent et le groupe accable l’âne pour une faute bien moindre. La fable fait apparaître un jugement collectif qui donne à une injustice l’apparence d’un accord général. Être nombreux ne garantit donc ni la vérité d’une décision ni son équité.

Le parcours de Mowgli éclaire autrement cette limite. Le clan qui l’a accueilli peut aussi le rejeter parce qu’il reste un « petit d’homme ». Ce n’est pas seulement la solitude qui menace sa formation, mais une appartenance devenue conditionnelle : le groupe rappelle à l’individu une différence qu’il refusait de voir. Mowgli doit alors se demander ce qu’il tient de ses compagnons et ce qu’il peut décider hors d’eux. Grandir ne consiste pas à nier les apprentissages reçus ; il faut pouvoir s’en servir pour choisir sa conduite, même lorsque l’approbation du clan se retire.

Un groupe formateur laisse ainsi place à la discussion et au désaccord. Dans une classe, apprendre à travailler ensemble ne devrait pas se limiter à exécuter la même consigne au même rythme. Chacun doit pouvoir comprendre les raisons d’une décision, poser une question, reconnaître une erreur et proposer une autre voie. Le collectif devient alors un lieu où l’on exerce son jugement avec les autres. Sa diversité peut corriger les certitudes de chacun, à condition que les voix moins assurées ne soient pas étouffées par celles qui parlent le plus fort.

Le groupe est donc une condition importante de la formation, sans être une autorité suffisante sur la personne qu’il forme. Il transmet une langue, des savoirs et le courage d’agir ; il peut aussi répandre la peur, l’exclusion ou le conformisme. Morizot invite à regarder ces deux effets à partir d’une même image : les traces de la meute signalent une puissance commune, mais laissent ouverte la question de ce qui arrive à chaque loup dans cette puissance. Devenir individu, c’est recevoir du collectif de quoi agir, puis apprendre à y participer sans abandonner sa responsabilité.