CRPE supplémentaire 2024 : corrigé du français sur Le Dernier des siens
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Proposition de correction non officielle. CRPE supplémentaire 2024 de Créteil et Versailles, concours externe public, épreuve écrite disciplinaire de français, durée : 3 heures. Le sujet commun porte les codes EXT CRE PU et EXT VER PU. Le texte est extrait de Le Dernier des siens de Sybille Grimbert (2022).
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I. Étude de la langue
1. Réécriture avec « ils »
« Ils pouvaient décevoir leur mère, ils le savaient déjà, et ils en acceptaient l’idée même si elle les effrayait. »
Les trois sujets il deviennent ils et entraînent pouvaient, savaient et acceptaient au pluriel. Le possessif sa devient leur : le groupe conserve un nom possédé au singulier, mère. Dans « elle les effrayait », les remplace le pronom complément l’ qui renvoyait à l’homme ; effrayait reste au singulier parce que son sujet est toujours elle, qui reprend l’idée. Le dans « ils le savaient » et en dans « ils en acceptaient l’idée » ne changent pas : ils ne désignent pas directement le sujet devenu pluriel.
2. Les trois accords soulignés
« Des allers-retours » est un nom composé formé de deux noms lexicalisés. Dans le pluriel usuel, les deux éléments prennent -s : il s’agit de plusieurs trajets d’un point à l’autre puis en sens inverse. La marque ne dépend pas du verbe faisait.
« Unissait » est à l’imparfait de l’indicatif, troisième personne du singulier. Son sujet est le pronom relatif « qui », dont l’antécédent est « la seule chose ». Cet antécédent singulier commande la troisième personne du singulier du verbe. Le pronom les, complément d’objet direct, renvoie à Gus et à l’oiseau ; son pluriel ne commande pas l’accord.
« Désappointée » est un participe passé employé comme adjectif attribut du sujet elle, qui renvoie à la mère. Il s’accorde donc au féminin singulier : -ée. D’être introduit ici l’état auquel le jugement « avoir tort » se rapporte.
3. Fonction des groupes soulignés
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| Groupe souligné | Fonction et justification |
|---|---|
| « d’une façon inattendue » | Complément circonstanciel de manière du verbe « attendrissait ». Il répond à « comment ? » et peut être déplacé : « D’une façon inattendue, cela attendrissait Gus. » |
| « sans retenue » | Complément du nom « abandon ». Il caractérise cet abandon, plutôt que la manière dont le verbe « attendrissait » s’accomplit. On peut retirer l’expansion et garder « l’abandon ». |
| « de sa dépendance » | Complément du nom « aveu » : c’est la dépendance qui fait l’objet de l’aveu. On peut dire « l’aveu de cela », mais non attribuer directement ce groupe au verbe « attendrissait ». |
| « envers un être étranger » | Complément du nom « dépendance » : il précise envers qui le pingouin est dépendant. La chaîne des compléments est « l’aveu [de sa dépendance [envers un être étranger]] ». |
Ces ensembles sont des groupes prépositionnels contenant un groupe nominal. Leurs fonctions diffèrent selon le mot qu’ils complètent.
4. Deux propositions subordonnées
« Si cela devait avoir lieu un jour » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de condition. Elle dépend de la principale « il pourrait aussi essayer de lui expliquer… » et indique l’hypothèse où la mère serait déçue. « Qu’elle avait tort d’être désappointée par un fils marin » est une proposition subordonnée conjonctive complétive, complément d’objet direct de expliquer : il pourrait lui expliquer quoi ? Elle y désigne la mère. Les infinitifs essayer, expliquer et être s’insèrent dans les groupes verbaux ; ils ne sont pas des subordonnées supplémentaires dotées d’un sujet propre dans cette analyse.
5. Le rapport entre la faim et les déplacements
a. La première phrase indique la cause de la seconde : parce qu’il a faim, le pingouin va et vient entre Gus et l’endroit où il reçoit d’habitude sa nourriture. La posture « les ailes écartées » accompagne ces mouvements.
b. Avec une conjonction de coordination : « Les ailes écartées, il faisait des allers-retours entre Gus et le mur du fond, car le pingouin avait faim. » La conjonction car relie deux propositions indépendantes et explicite la cause.
Avec une conjonction de subordination : « Parce que le pingouin avait faim, il faisait, les ailes écartées, des allers-retours entre Gus et le mur du fond. » La proposition introduite par parce que est une subordonnée circonstancielle de cause. Les deux réécritures conservent le même rapport logique.
6. Temps, modes et emplois des verbes soulignés
« Parut » est au passé simple de l’indicatif : il situe dans le récit le moment où l’oiseau semble manifester des expressions humaines. « Signifiait » est à l’imparfait de l’indicatif : il décrit l’interprétation que Gus donne à l’éclat de l’œil, sur le fond de la scène. Dans « enfin je te vois », vois est au présent de l’indicatif ; la parole imaginée de l’oiseau est rapportée directement, comme si elle était prononcée au moment de la rencontre. Dans « je m’ennuyais sans toi », m’ennuyais est à l’imparfait de l’indicatif : cette parole imaginaire évoque un manque qui aurait duré avant le retour de Gus. Les guillemets donnent accès à l’interprétation affective du zoologiste ; ils ne prouvent pas que l’animal formule ces phrases.
II. Lexique et compréhension lexicale
1. Formation d’« insurmontables »
Le verbe surmonter contient sur- (« au-dessus ») et monter ; il signifie, au figuré, vaincre une difficulté. Le suffixe -able forme surmontable, « qui peut être surmonté ». Le préfixe négatif in- donne insurmontable, « qu’on ne peut surmonter ». Le -s final marque seulement l’accord pluriel avec différences ; ce n’est pas un suffixe de dérivation. Dans le texte, l’adjectif porte sur les différences entre l’homme et l’oiseau, notamment l’impossibilité de se parler et de se comprendre comme deux humains.
2. « Impotent » en contexte
Le sujet donne l’étymologie latine : « qui ne peut pas, incapable ». Dans l’énumération « fragile, démuni, impotent », le mot souligne ici l’incapacité du pingouin captif à subvenir seul à ses besoins dans l’appartement de Gus. Il dépend de lui pour manger, se baigner et rester vivant. Le terme ne permet pas de conclure à un handicap permanent de l’oiseau dans son milieu naturel : la situation créée par l’homme explique en grande partie cette impuissance.
3. Une relation privilégiée construite par les mots
Au début, Gus lit dans le regard et les gestes du pingouin des « expressions humaines » et des phrases affectueuses. Cette personnification signale la proximité naissante tout en restant une interprétation du personnage. Le vocabulaire du besoin apparaît ensuite : l’oiseau a « faim », manifeste sa « dépendance », est « fragile, démuni, impotent ». Gus ne peut plus le traiter comme un simple objet d’observation. Le mot décisif est « responsable », repris tout au long de l’extrait et prolongé par les verbes concrets aider, nourrir, baigner. La relation se distingue de celle qui l’unit à sa mère : elle est librement choisie, sans attente de reconnaissance en retour. Enfin, « confiance » et « il lui voulait du bien » donnent à cette obligation une dimension affective. Les différences entre espèces demeurent ; c’est précisément parce qu’il ne comprend pas tout de l’oiseau que Gus doit veiller à ce qu’il peut comprendre : ses besoins et sa vulnérabilité.
III. Réflexion et développement : être responsable de l’animal
Lorsque Gus recueille un grand pingouin, il pense d’abord l’observer et le dessiner. La faim de l’oiseau déplace pourtant sa position : il comprend que cet être vivant, rendu captif par sa décision, mourrait sans lui. Le mot « responsable » désigne ici une obligation née d’un pouvoir concret. Gus a choisi de garder l’animal ; il doit désormais le nourrir, le protéger et tenir compte de besoins qu’il ne sait pas toujours interpréter. Le terme convient-il encore pour caractériser la relation entre les humains et les animaux ? Oui, si cette responsabilité ne se réduit ni à l’affection pour un animal familier ni à la prétention de parler à sa place.
La responsabilité apparaît d’abord dans la relation directe avec un animal dépendant. Un être recueilli ne choisit ni son espace ni son alimentation : l’humain organise ces conditions et doit répondre de leurs conséquences. Le texte insiste sur la gratuité de l’acte de Gus. Il n’attend ni remerciement ni service ; il ne peut même pas vérifier que le pingouin comprend ses intentions. Cette absence de retour n’annule pas l’obligation, car la faim et la fragilité de l’oiseau sont perceptibles. Prendre soin suppose alors des gestes réguliers, une attention à son comportement et, lorsque c’est possible, la recherche d’une vie compatible avec son espèce plutôt qu’une captivité prolongée pour satisfaire la curiosité de l’observateur.
La littérature montre combien l’attachement peut faire naître ce devoir. Dans Le Petit Prince, le personnage se sent responsable de sa rose, à laquelle il a consacré du temps ; la rencontre avec le renard éclaire aussi la valeur du lien construit avec un autre être. Cette histoire ne fournit pas un mode d’emploi pour soigner un animal sauvage. Elle fait comprendre qu’une relation crée des obligations particulières : on ne peut se prévaloir d’une proximité tout en abandonnant celui qui dépend de nous. Le récit de Grimbert rend cette idée plus rude, car la survie du pingouin dépend directement des choix matériels de Gus.
Mais l’affection peut tromper. Gus prête à l’oiseau des paroles humaines, alors que le narrateur rappelle leur impossibilité de se parler. Cette limite est essentielle aujourd’hui : aimer un animal ne suffit pas à connaître ses besoins. On peut croire lui faire plaisir en le gardant près de soi, alors qu’il aurait besoin d’espace, de congénères ou d’une nourriture adaptée. La responsabilité demande donc d’observer sans confondre l’animal avec soi-même, de recourir à des connaissances sur son espèce et d’accepter que son bien ne coïncide pas toujours avec notre désir de proximité. Le mot responsable impose une forme d’humilité.
Il s’étend aussi aux relations moins visibles. Les humains modifient des habitats, construisent des routes, cultivent, pêchent et consomment des ressources. Ces décisions peuvent affecter des animaux que personne ne connaît individuellement. La responsabilité ne suppose pas que chacun puisse protéger chaque être vivant ; elle invite à mesurer les effets de ses actes et à organiser collectivement des protections lorsque ces effets dépassent une relation personnelle. La différence avec Gus est une question d’échelle : lui peut voir l’oiseau devant lui, tandis que d’autres conséquences exigent observation, coopération et décisions publiques. Dans les deux cas, un pouvoir d’agir crée un devoir d’attention aux êtres exposés à ce pouvoir.
Il faut enfin distinguer cette responsabilité d’une domination absolue. L’animal ne devient pas une chose simplement parce que l’humain peut décider de son sort. Le texte souligne au contraire ce qui résiste à Gus : le pingouin a sa manière de prendre le poisson, de plonger, de vivre. Il appartient à une histoire naturelle que le zoologiste n’a pas créée. Reconnaître cette autonomie relative conduit à se demander si l’on doit intervenir, comment le faire et jusqu’où. Dans certains cas, aider un animal blessé est nécessaire ; dans d’autres, le laisser vivre dans son milieu vaut mieux que l’attirer à soi. Être responsable, c’est aussi savoir limiter son emprise.
Le terme reste donc pertinent pour penser nos rapports aux animaux, parce qu’il relie notre puissance à des obligations concrètes. Gus comprend ce lien au moment où il cesse de voir seulement un spécimen et découvre une vie vulnérable devant lui. Sa tendresse compte, mais elle ne remplace ni le soin ni la connaissance. Une responsabilité juste associe l’attention à l’individu proche, la compréhension de son espèce et la prudence à l’égard des milieux que nos actions transforment.