CRPE 2025 : corrigé de français, groupement 2, texte de Colette
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Proposition de correction non officielle. Le sujet de français du CRPE 2025, groupement académique 2 s’appuie sur un extrait de Les Heures longues de Colette. La narratrice raconte l’annonce de la mobilisation générale à Saint-Malo en août 1914. Les trois parties demandent une étude de la langue, une étude lexicale, puis une réflexion rédigée sur les émotions collectives. Cette épreuve de trois heures était commune aux voies externe, externe spécial langue régionale, troisième concours, second concours interne et interne spécial langue régionale indiquées sur le sujet.
Sujet officiel · Annales du CRPE
I. Étude de la langue — 7 points
1. Fonction des quatre éléments soulignés
- « le mois dernier » : complément circonstanciel de temps de « avait cessé ». Le groupe situe dans le passé la fin des bavardages et des rires de la vendeuse ; il peut être déplacé sans changer la structure de la proposition.
- « qui », dans « qui réclamait son dû » : sujet du verbe « réclamait ». Ce pronom relatif reprend « cette vendeuse de poisson » et introduit une proposition subordonnée relative.
- « de banque » : complément du nom « billets ». Le groupe prépositionnel précise de quels billets il s’agit.
- « au loin » : complément circonstanciel de lieu de « regardait » ou, selon le rattachement retenu, de l’ensemble « regardait venir ». Il situe dans la distance le spectacle imaginé du « cortège des jours ».
Le sujet souligne ces quatre segments précis. Les autres groupes de la même phrase ne remplacent pas les réponses demandées.
2. Nature des huit mots soulignés
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| Mot dans le contexte | Nature | Explication |
|---|---|---|
| C’ dans « C’était » | Pronom démonstratif, forme élidée de ce | Il entre dans la construction présentative « c’était ». |
| la dans « la guerre » | Déterminant, article défini féminin singulier | Il détermine le nom guerre. |
| cette dans « cette Cancalaise » | Déterminant démonstratif féminin singulier | Il détermine Cancalaise. |
| rire | Verbe à l’infinitif présent | Il dépend de « avait cessé de », comme bavarder. |
| des dans « le cortège des jours » | Article défini contracté, de + les | Il introduit le complément du nom cortège ; ce n’est pas ici l’article indéfini pluriel. |
| ni dans « sans pain ni cidre » | Conjonction de coordination | Elle coordonne les deux noms sous la négation portée par sans. |
| au dans « au grelot allègre » | Article défini contracté, à + le | Il introduit le groupe prépositionnel. |
| des dans « des bruits de disette » | Article indéfini pluriel | Il détermine bruits ; son emploi diffère du des de « des jours ». |
3. Temps et mode des quatre verbes soulignés
- « redescendent » : présent de l’indicatif. Le récit rend la scène immédiatement visible.
- « avaient grimpé » : plus-que-parfait de l’indicatif. L’ascension imaginaire du mur précède le moment où les gens redescendent de l’automobile.
- « saura » : futur simple de l’indicatif. La narratrice anticipe l’incertitude prochaine sur la propriété de la voiture.
- « voudrais » : conditionnel présent, mode indicatif dans la terminologie grammaticale ministérielle ; l’analyse traditionnelle le classe dans un mode conditionnel. La forme exprime le souhait contradictoire de quitter et de poursuivre le souvenir.
4. Nature et fonction des deux propositions soulignées
« ce qu’il lit » est une construction relative sans nom antécédent exprimé : ce est un pronom démonstratif repris par la relative qu’il lit. L’ensemble a la fonction de complément d’objet direct du verbe « écoute » : on n’écoute pas quoi ? ce qu’il lit. On peut le nommer proposition relative périphrastique ou relative substantivée, à condition de rendre compte de cette fonction.
« parce qu’on le sait » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de cause, introduite par parce que. Elle explique pourquoi l’annonce n’est pas écoutée : chacun en connaît déjà le contenu. Sa fonction est complément circonstanciel de cause de « on n’écoute pas ».
5. Réécritures
a. Au singulier : « Un adolescent pâlit et regarde devant lui en somnambule. » Les deux verbes s’accordent avec le sujet singulier ; eux devient lui et le nom employé après en passe au singulier.
b. Au pluriel : « Les automobiles qui nous portent s’arrêtent, étroitement insérées dans les foules qui se figent contre leurs roues. » L’accord de portent, s’arrêtent, insérées et se figent suit le passage au pluriel des groupes nominaux concernés. Le possessif leurs renvoie aux automobiles. Si l’on conserve l’idée d’une seule foule commune, « dans la foule qui se fige contre leurs roues » est également grammatical : la foule n’est alors pas transformée parce que le référent reste unique.
II. Lexique et compréhension lexicale — 4 points
1. « Avidement »
L’adverbe est formé à partir de l’adjectif féminin avide, auquel s’ajoute le suffixe -ment. Il signifie ici « avec un désir intense ». La narratrice voudrait à la fois s’arracher au souvenir pénible et le revivre avec force ; l’adverbe porte sur « poursuivre ».
2. Deux images en contexte
Les « journaux assoupis de l’été » sont des journaux que la narratrice se représentait jusqu’alors comme calmes, peu animés par des événements pressants. Assoupis est une personnification : un journal ne dort pas littéralement. L’énorme mot guerre brise cette quiétude supposée.
Les « rues étranglées » désignent des rues étroites et resserrées. L’image annonce aussi l’étouffement de la cité sous le bruit et la foule, sans imposer de lire un étranglement réel. Les enfants qui les remontent appartiennent encore à la scène ordinaire des vacances que la mobilisation va bouleverser.
3. Émotions de la population, lignes 20 à 27
Le passage associe l’effroi, la stupeur, la tristesse et l’incertitude. Les femmes courent puis s’arrêtent « comme frappées » : leurs gestes interrompus rendent visible le choc. Certaines pleurent avant de s’interrompre pour réfléchir ; l’annonce impose soudain des décisions et une compréhension encore incomplète. Leur bouche « stupide » signifie stupéfaite, selon la note du sujet. Les adolescents « pâlissent » et regardent « en somnambules » : la peur les laisse momentanément sans réaction assurée. La foule se fige autour de l’automobile, tandis que certains y grimpent pour voir et entendre. Enfin, « qui saura si ceci est tien ou mien ? » exprime une inquiétude sur la durée de l’ordre familier et de la propriété. Le groupe ne ressent pas une émotion unique : chacun manifeste différemment le même bouleversement collectif.
III. Réflexion et développement — 9 points
L’annonce de la mobilisation, chez Colette, traverse Saint-Malo comme un « coup de tonnerre ». Avant même que chacun ait entendu les mots de l’appariteur, la foule pleure, court, s’arrête et se presse. L’émotion semble circuler plus vite que l’information. Pourtant, ses manifestations ne sont pas identiques : des femmes réfléchissent au milieu des larmes, des adolescents restent figés, d’autres cherchent à mieux voir. Qu’est-ce qui donne à une émotion collective sa puissance, et cette puissance unit-elle nécessairement les personnes dans une même réaction ?
Une émotion se propage d’abord parce qu’un événement concerne plusieurs vies à la fois. La mobilisation annonce la séparation des proches, le danger, les privations et un avenir soudain impossible à prévoir. Ce contenu commun rend compréhensibles les cris et les pleurs. Mais la diffusion dépend aussi du lieu et des signes visibles : le tocsin, le tambour, l’appariteur, les gestes de la foule. Quelqu’un qui n’a pas entendu la proclamation peut deviner sa gravité au visage et au mouvement des autres. Chez Colette, les gens n’écoutent pas l’annonce « parce qu’on le sait » ; la communauté reconnaît ce qui arrive avant de l’avoir formulé calmement.
Cette circulation peut donner une force d’action. Devant une catastrophe, la peur partagée peut amener des voisins à se prévenir, à protéger les enfants et à chercher ensemble des ressources. La joie agit aussi : lors de la victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde de football de 1998, des personnes qui ne se connaissaient pas ont chanté et célébré le même résultat dans les rues. Une fête de quartier ou un concert peuvent créer, pour quelques heures, une attention commune qui dépasse les préoccupations privées. La puissance des émotions collectives ne se limite donc pas aux événements dramatiques. Elle naît aussi du plaisir de se sentir lié aux autres par une œuvre, un jeu ou une réussite.
Ce lien n’efface pas les différences individuelles. La narratrice de Colette éprouve un choc particulier : après avoir quitté la ville, elle voit la campagne comme un décor irréel et pense à Paris, où vit « la moitié » d’elle-même. L’événement est commun, mais il prend la couleur d’une histoire personnelle. De même, la victoire d’une équipe réjouit diversement un joueur, un spectateur fidèle et une personne qui découvre le match. Dire qu’une foule est émue ne signifie pas que chacun éprouve la même chose au même degré. Les émotions circulent entre des personnes, elles ne les fondent pas en un seul être.
Leur puissance a également un revers. Une peur partagée peut rendre une rumeur crédible avant qu’elle ait été vérifiée ; l’empressement de la foule autour de l’automobile de Colette montre combien l’attention peut se porter sur un signe ou un bruit. Une joie unanime peut décourager celui qui reste réservé d’exprimer son désaccord. L’énergie du groupe n’est pas un critère de vérité ni de justice. Pour devenir féconde, elle doit laisser place à l’information, à la parole et à l’examen des effets de l’action commune. S’entraider après un choc est précieux ; désigner hâtivement un responsable parce que d’autres le font serait dangereux.
Les émotions collectives sont ainsi puissantes par leurs causes partagées, leur diffusion sensible et la possibilité d’agir ensemble qu’elles ouvrent. Elles peuvent consoler, réjouir et mobiliser ; elles peuvent aussi amplifier l’erreur ou étouffer une voix isolée. Le texte de Colette garde cette complexité : la même nouvelle unit la foule dans la stupeur et bouleverse chaque vie d’une manière singulière. Accueillir une émotion commune demande donc de reconnaître sa force sans renoncer à comprendre ce qui l’a produite et ce qu’elle nous pousse à faire.