CRPE 2025 : corrigé de français, groupement 3, texte d'Isabelle Jarry

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Proposition de correction non officielle. Le sujet de français du CRPE 2025, groupement académique 3 propose un passage du Jardin Yamata d’Isabelle Jarry. Agathe vient au Japon éclaircir un secret familial, mais découvre d’abord son ignorance et son sentiment d’étrangeté. L’épreuve de trois heures réunit des questions de langue, de lexique et un développement sur le rapport entre voyage et connaissance de soi. Le PDF indique les voies externe, externe spécial langue régionale, troisième concours, second concours interne et interne spécial langue régionale.

Sujet officiel · Annales du CRPE

I. Étude de la langue — 7 points

1. Temps et modes des verbes personnels

Dans « tout ce que j’allais trouver serait une réponse dont je m’accommoderais, quelle qu’elle soit », les formes demandées sont :

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FormeTempsModeSens dans le passage
allais dans « j’allais trouver »ImparfaitIndicatifLe procès de trouver est envisagé comme à venir depuis un moment du passé ; trouver reste un infinitif, donc ne figure pas parmi les verbes conjugués personnels.
seraitConditionnel présentIndicatif dans la terminologie grammaticale ministérielle ; traditionnellement analysé comme mode conditionnelLa réponse est envisagée comme future depuis un moment passé du récit.
m’accommoderaisConditionnel présentIndicatif dans la terminologie grammaticale ministérielle ; traditionnellement analysé comme mode conditionnelL’acceptation de cette réponse est elle aussi future par rapport au même moment passé.
soitPrésentSubjonctif« Quelle qu’elle soit » admet toutes les réponses possibles, sans en arrêter une.

2. Accord des participes passés soulignés

« reçu » reste au masculin singulier, forme non marquée : avec l’auxiliaire avoir, le complément d’objet direct « ma lettre » vient après le verbe. « lue » et « comprise » prennent le féminin singulier, car le pronom complément « l’ », placé avant chaque participe, reprend « ma lettre ». Enfin, « partie » s’accorde au féminin singulier avec le sujet « je », qui désigne Agathe : le verbe partir est conjugué avec être. La présence du même objet, la lettre, ne suffit donc pas : sa place par rapport au participe est décisive dans les deux constructions avec avoir.

3. Valeur de « et » et transformation

a. « Et » est une conjonction de coordination.

b. Elle marque ici une opposition, ou une concession implicite, entre la pensée de la narratrice — « c’est normal » — et son expérience — « rien ne me paraissait normal ». Elle ne se contente pas d’ajouter une seconde observation indépendante.

c. On peut écrire : « Je pensais que c’était normal, alors que rien ne me paraissait normal. » Alors que introduit une subordonnée circonstancielle d’opposition et conserve l’indicatif. Autre transformation possible, si l’on privilégie la concession : « Bien que je pensasse que c’était normal, rien ne me paraissait normal. » La première proposition est alors subordonnée et pensasse est à l’imparfait du subjonctif ; cette seconde formulation est grammaticalement correcte mais plus littéraire.

4. Nature et fonction des quatre éléments soulignés

  • « à la magie du lieu » est un groupe nominal prépositionnel, complément d’objet indirect de « croire ». À l’intérieur du groupe nominal, « du lieu » complète le nom magie.
  • « docilement » est un adverbe, complément circonstanciel de manière du verbe « se livrerait » : il précise la manière dont le lieu se révélerait, selon l’espoir de la narratrice.
  • « c’ », dans « c’était là tout mon bagage », est un pronom démonstratif élidé. Il est sujet de « était ».
  • « tout mon bagage » est un groupe nominal. Il est attribut du sujet « c’ » par l’intermédiaire du verbe d’état « était ». La formule fait le bilan dérisoire des quelques noms dont dispose Agathe.

5. Passage à la voix active

a. « Mon grand-père avait instauré le secret et l’avait farouchement gardé. » La reprise par « l’ » évite de répéter le secret et maintient l’adverbe auprès du second verbe.

b. Le complément d’agent « par mon grand-père » devient le sujet « mon grand-père ». Le sujet patient « le secret » devient le complément d’objet direct de « avait instauré », puis est repris par « l’ », COD antéposé de « avait gardé ». Le groupe verbal passif « avait été instauré et […] gardé » se change en deux formes actives au plus-que-parfait, « avait instauré » et « avait gardé » ; l’auxiliaire être propre au passif disparaît. Le participe gardé reste ici au masculin singulier, en accord avec « le secret » repris par « l’ ».

II. Lexique et compréhension — 3 points

1. « Improbable »

a. Le mot est formé de l’adjectif probable et d’un préfixe négatif im-, variante de in- devant la consonne p. Il signifie « peu vraisemblable » : Agathe doute que quelqu’un ait reçu et compris sa lettre.

b. Improbable s’écrit avec m avant p, tandis qu’inabordable conserve n devant la voyelle a. La différence vient de l’adaptation orthographique du même préfixe négatif à la lettre qui suit ; elle ne change pas son sens d’opposition.

c. Deux mots de la même famille sont probable et probabilité. On peut aussi citer probablement.

2. « M’enfoncer dans les eaux vertes et troubles »

L’image ne décrit pas une baignade. Le « vaisseau englouti » vient de représenter la part d’elle-même que la narratrice cherche à découvrir ; les eaux profondes et troubles figurent le passé familial obscur dans lequel elle hésite à entrer. Leur couleur rappelle aussi le paysage japonais aperçu ensuite, mais leur trouble désigne surtout l’incertitude et les secrets. « Je reculais » et « j’avais un peu peur » confirment que le mouvement imaginé est une exploration intérieure autant qu’une enquête au Japon.

III. Réflexion et développement — 10 points

Agathe a quitté Paris pour le Japon parce qu’elle croit y trouver la vérité sur son grand-père et, avec elle, une part inconnue d’elle-même. Pourtant, dès le premier jour, elle se sent « terriblement étrangère ». Le voyage ne lui livre pas un souvenir enfoui : il commence par défaire l’idée qu’elle se faisait de ses origines. Un déplacement permet-il de mieux se connaître parce qu’il révèle ce que l’on ignorait de soi, ou risque-t-on d’y projeter des attentes que les lieux ne peuvent satisfaire ?

Partir expose à des situations qui rendent visibles nos habitudes. Dans son pays, Agathe sait généralement lire les gestes, les rues et les voix sans y penser. Au Japon, elle regarde des passants accomplir des actes ordinaires et se dit que tout est « normal » ; néanmoins, rien ne lui paraît normal. L’écart ne renseigne pas seulement sur le pays visité. Il lui fait sentir combien son propre jugement dépend de repères acquis ailleurs. Elle découvre sa dépendance aux choses familières et la difficulté d’habiter une origine qu’elle ne connaît qu’à travers des récits incomplets. Le voyage devient ainsi un miroir indirect : c’est en rencontrant autre chose que soi qu’on reconnaît ses attentes et ses limites.

Il permet aussi de mettre à l’épreuve une question intime. Agathe ne vient pas admirer un jardin ; elle voudrait comprendre pourquoi son grand-père a imposé le silence autour des années passées à Kyoto. Sa décision de partir révèle déjà un désir qu’elle ne pouvait ignorer plus longtemps. Chercher des noms et des lieux l’oblige à formuler ce qu’elle attend d’une réponse, et à constater qu’elle en a peur. Dans les récits de voyage, le retour peut également éclairer ce à quoi le voyageur tient. L’Odyssée en donne une figure : l’itinéraire d’Ulysse ne consiste pas seulement à traverser des terres inconnues, mais à vouloir rejoindre sa maison et les siens. L’éloignement rend perceptible la valeur du lien que l’on souhaite retrouver.

Cependant, ni la distance parcourue ni l’exotisme d’un lieu ne garantissent une connaissance plus juste. Agathe croyait qu’une « fibre naturelle » la relierait sans effort à la terre de ses ancêtres. Elle espérait qu’un « sésame » délierait les langues et qu’un lieu se livrerait « docilement ». Ces images sont séduisantes, mais elles prêtent au Japon un pouvoir qu’il ne possède peut-être pas. Sa mère et son grand-père ont pu se taire pour des raisons qu’aucun paysage ne révélera. La rencontre des personnes, l’examen de documents et l’acceptation d’une réponse incomplète compteront davantage qu’une impression immédiate d’appartenance.

Le voyage peut même détourner de soi si l’on s’y cherche comme dans un objet déjà prêt à être découvert. Agathe compare sa part cachée à un « vaisseau englouti », mais cette image n’assure pas qu’il existe au fond du passé une identité intacte. Ce qu’elle apprendra modifiera peut-être son regard sans fournir une réponse définitive à la question « qui suis-je ? ». On ne se connaît pas seulement par des origines retrouvées : on se connaît aussi par ses choix présents, par la manière dont on parle aux autres et dont on vit avec ce que l’on ne sait pas.

Le voyage est donc une occasion de mieux se connaître, non une preuve automatique. Il révèle nos repères lorsque ceux-ci cessent de fonctionner, il éprouve nos désirs et peut faire comprendre nos attaches. Mais cette découverte exige de confronter les attentes aux faits et d’écouter les personnes rencontrées. Agathe commence à apprendre quelque chose d’essentiel quand elle cesse de croire que le Japon sera spontanément familier : reconnaître son étrangeté est déjà une manière plus lucide d’habiter sa propre histoire.