CRPE supplémentaire 2025 : corrigé de français sur un texte de Clara Arnaud

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Proposition de correction non officielle. Le sujet de français du CRPE externe supplémentaire 2025, commun aux académies de Créteil et de Versailles, s’appuie sur un extrait du roman Et vous passerez comme des vents fous de Clara Arnaud. Gaspard garde ses brebis en haute montagne avec sa chienne Lunita. Le sujet de trois heures comporte une étude de la langue, des questions de lexique et une réflexion rédigée sur la solitude dans la nature.

Sujet officiel · Annales du CRPE

I. Étude de la langue — 7 points

1. Nature et fonction des éléments soulignés

  • « énormes » est un adjectif qualificatif, épithète du nom « fruits ». Il donne la taille des framboises qui ont attiré Gaspard avant sa chute.
  • « sur une dalle » est un groupe prépositionnel, complément circonstanciel de lieu de « avait basculé » : il indique où il est tombé.
  • « héroïquement » est un adverbe, complément circonstanciel de manière du verbe « se faisait mal » : il caractérise la façon de se blesser, et non l’ensemble de l’énoncé comme le ferait un complément de phrase. L’adverbe de fréquence « rarement » signifie « peu souvent » ; il ne rend pas la phrase négative. Ensemble, les deux adverbes défont l’image d’un accident glorieux.
  • « le fruit » est un groupe nominal, attribut du sujet « les accidents » par l’intermédiaire de « étaient ». Il présente l’accident comme le résultat d’une accumulation de gestes.
  • « de petites inattentions » est un groupe prépositionnel, complément du nom « somme ». Ce groupe précise les éléments dont la somme produit le dommage.

2. Temps, mode et voix des verbes conjugués

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Forme dans le sujetTemps et modeVoix ou formeExplication
« aurait pu » dans « aurait pu faire dérocher »Passé du conditionnelActiveLa possibilité d’une chute est envisagée comme non réalisée. Faire et dérocher sont des infinitifs et ne reçoivent pas de temps personnel.
« n’avait […] vu »Plus-que-parfait de l’indicatifActiveLes visites absentes précèdent le moment du récit.
« était lavé »Imparfait de l’indicatifPassiveLe ciel, sujet, reçoit l’action évoquée de « laver » : les orages en ont ôté les « scories ». Le participe peut aussi se lire comme décrivant l’état résultant ; l’analyse passive rend compte de la construction verbale demandée.
« se décrochaient »Imparfait de l’indicatifForme pronominale, de sens actifLes pierres se détachent des parois ; il ne s’agit pas d’un passif dont un agent serait sous-entendu.

3. Nature des trois propositions soulignées

« dont elles exploitaient la moindre touffe » est une proposition subordonnée relative. Dont reprend les « petits morceaux de pelouse » et correspond à « de ces morceaux de pelouse » dans « exploitaient la moindre touffe de ces morceaux » ; la relative complète son antécédent.

« après que tout avait cramé, séché » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps, introduite par après que. Elle place la pluie après la sécheresse et la canicule ; l’indicatif « avait » convient après cette locution.

« l’eau s’était mise à ruisseler » est la proposition principale dont dépend la précédente subordonnée temporelle. Elle exprime le nouvel événement après la chaleur et la sécheresse.

4. Accords des quatre formes soulignées

« prenaient » est à la troisième personne du pluriel, car son sujet est « les brebis ». « passés » est un participe passé employé comme adjectif, accordé au masculin pluriel avec « jours », qu’il qualifie. « mise », dans « l’eau s’était mise à ruisseler », s’accorde au féminin singulier avec le sujet « l’eau » dans cette construction pronominale. « pris », dans « le monde avait pris une consistance aqueuse », ne s’accorde pas : avec l’auxiliaire avoir, le complément d’objet direct « une consistance aqueuse » suit le participe.

II. Lexique et compréhension lexicale — 4 points

1. Formation de « téléphone »

a. Le mot réunit télé-, du grec « au loin », et -phone, issu du grec pour la voix ou le son. Il désigne un appareil qui transmet la voix à distance. Le Dictionnaire de l’Académie française atteste le sens de l’élément grec phônê.

b. Deux mots construits avec le premier élément sont télévision et télésurveillance : l’image est transmise à distance, la surveillance s’exerce à distance. Deux mots utilisant le second sont microphone et phonographe, liés à la prise, à la transmission ou à l’enregistrement du son. Phon- et -phone sont deux réalisations du même élément savant.

2. Sens des expressions soulignées

Les brebis gagnent les touffes d’herbe « en funambules » : elles se déplacent avec une adresse et un équilibre comparables à ceux d’un marcheur sur une corde, sur des pentes où une glissade serait dangereuse. La comparaison rend la précarité de leur déplacement sensible.

Le « temps élastique du voyage » désigne une durée vécue qui semble s’étirer ou se contracter selon l’attention et les événements. Ici, le téléphone ne capte pas, les nouvelles du monde paraissent lointaines, les heures « s’étalent » dans l’ennui : le temps n’est plus rythmé par les messages et les horaires ordinaires, mais par le soleil, les brebis et le corps du berger. Il ne devient pas physiquement plus long.

3. Quatre antonymes en contexte

  • « éphémère » : durable ou permanent, pour un camp qui resterait longtemps en place.
  • « progressait » : reculait, au lieu d’avancer dans le passage difficile.
  • « véhément » : doux ou mesuré, pour un mouvement de la chienne qui ne précipiterait pas les brebis.
  • « hâtifs » : lents ou réfléchis, pour des gestes accomplis sans précipitation.

III. Réflexion et développement — 9 points

Gaspard se trouve loin des randonneurs, sans téléphone utilisable, avec sa chienne et son troupeau. Le récit de Clara Arnaud ne présente pas cette solitude comme un vide : il y a le travail des brebis, la lecture du ciel, le bruit de la pluie. Mais la roche qui se détache et ses côtes blessées montrent qu’elle peut aussi devenir dangereuse. Comment vivre seul dans la nature sans réduire cette expérience à une liberté heureuse ni à un isolement subi ?

La solitude peut d’abord offrir une distance à l’égard des sollicitations habituelles. Gaspard juge les informations du monde « dispensables » parce que son attention se porte sur ce qui lui permet de guider les bêtes : le soleil, les nuages, l’herbe, les passages. Les heures paraissent s’étendre. Cette lenteur donne la possibilité d’observer des détails que l’on manque dans un quotidien pressé. Dans Walden, Henry David Thoreau raconte son séjour près d’un étang et sa volonté d’examiner les nécessités de sa vie. Sans faire du berger un disciple de Thoreau, on peut rapprocher leurs démarches : s’éloigner des habitudes fait voir ce qui paraît essentiel.

Cette disponibilité n’efface pas les tâches concrètes. Gaspard n’est pas seul dans un décor destiné à le distraire : il a la responsabilité des brebis. Il connaît leurs chemins, mesure ses gestes et chuchote des ordres à Lunita pour ne pas provoquer une chute. Vivre la solitude dans la nature peut ainsi signifier entrer dans un rapport d’attention et de soin envers des êtres qui ne parlent pas notre langue. Le silence humain n’est pas l’absence de relations. Les animaux, la météo et les matériaux imposent au berger une écoute précise. Son isolement l’oblige à reconnaître une dépendance au milieu qu’une présence humaine permanente pourrait masquer.

Mais cette expérience a un coût. Le téléphone ne capte pas et l’aide ne se trouve pas à portée de voix. Une simple erreur de mouvement lui a cassé des côtes ; chaque effort devient pénible. L’image de la solitude réparatrice serait trompeuse si elle effaçait ce risque ou l’épuisement d’une personne qui doit continuer à travailler malgré une blessure. Choisir de marcher seul quelques heures dans un lieu connu n’est pas vivre seul plusieurs semaines en haute montagne. La valeur de la solitude dépend aussi de sa durée, de la sécurité et de la possibilité de retrouver d’autres personnes lorsque cela devient nécessaire.

L’expérience peut, enfin, modifier le rapport à soi. Les douleurs de Gaspard le forcent à guider le troupeau « à l’économie » : il doit reconnaître les limites de son corps au lieu de se croire toujours maître de ses gestes. Les orages transforment la montagne en « océan vertical » ; un lieu connu devient soudain méconnaissable. La solitude ne livre donc pas une vérité simple. Elle peut donner de la confiance en ses capacités d’observation, puis rappeler la fragilité de ces capacités devant un changement de temps. Ce mouvement entre attention, autonomie et vulnérabilité fait sa profondeur.

On peut ainsi vivre la solitude dans la nature comme un temps de liberté, de travail ou d’épreuve, parfois les trois ensemble. Elle devient féconde si l’on respecte le milieu, si l’on prépare les conditions de sa sécurité et si l’on accepte ce qu’elle révèle de nos limites. Chez Gaspard, elle ne consiste ni à fuir tous les liens ni à conquérir une montagne indifférente : il demeure lié aux brebis, à Lunita et aux rythmes d’un monde auquel il doit s’ajuster.