CRPE bac + 5 2026 : corrigé de français, groupement 2, texte de Miguel Bonnefoy
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Proposition de correction non officielle. Le sujet de français du CRPE 2026, groupement académique 2, s’appuie sur un extrait du Rêve du jaguar de Miguel Bonnefoy. Cristóbal, qui change sans cesse de pays avec sa mère diplomate, trouve dans les romans un lieu où demeurer. Le PDF indique une épreuve de trois heures commune aux concours externe bac + 5, externe spécial langue régionale, troisième concours, second concours interne et interne spécial langue régionale.
Sujet officiel · Annales du CRPE
I. Étude de la langue — 8 points
1. Temps, voix et infinitif des verbes soulignés
- « grandissait » : imparfait de l’indicatif, voix active, infinitif grandir. L’imparfait décrit une situation durable dans l’enfance de Cristóbal.
- « fut nommée » : passé simple de l’indicatif, voix passive, infinitif nommer. « Venezuela » subit la nomination ; l’auxiliaire être porte la marque du passé simple et le participe passé s’accorde au féminin singulier.
- « commença » : passé simple de l’indicatif, voix active, infinitif commencer. Cette forme marque le début des voyages, après la nomination.
- « avaient accomplie » : plus-que-parfait de l’indicatif, voix active, infinitif accomplir. Les chroniqueurs avaient effectué leur tâche avant le moment évoqué. Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct qu’, placé avant le verbe et reprenant « la même tâche » : d’où accomplie au féminin singulier.
2. Nature des mots soulignés
- « un », devant « univers », est un déterminant article indéfini masculin singulier. Il introduit le nom sans désigner un univers déjà identifié.
- « des », devant « affaires culturelles », est la contraction de la préposition de et de l’article défini pluriel les : « chargée de les affaires » prend la forme correcte « chargée des affaires ». Le groupe complète l’adjectif chargée. Il ne s’agit donc pas ici d’un simple article indéfini pluriel.
- « l’ », devant « ambassade », est un déterminant article défini élidé féminin singulier. L’élision évite la rencontre de deux voyelles.
- « son », devant « pays », est un déterminant possessif masculin singulier, accordé avec le nom pays et renvoyant à Venezuela comme possesseur.
3. Le lien exprimé par « or »
a. « Or » est une conjonction de coordination. b. Elle introduit une opposition : villes, langues et cultures changent pendant les voyages, alors que les livres demeurent les mêmes. c. On peut écrire : « Les villes changeaient, les langues se multipliaient, les cultures défilaient sous ses yeux, tandis que les livres, eux, ne changeaient pas. » Tandis que est une conjonction de subordination qui exprime ici le contraste ; sa proposition dépend de la première partie de la phrase.
4. Nature et fonction des deux propositions soulignées
« qui se demandaient, dans une langue rongée par le latin et les octosyllabes » est une proposition subordonnée relative introduite par qui. Son antécédent est « les cardinaux » : elle complète ce groupe nominal, dont elle précise l’activité. Qui est sujet de « se demandaient ». Le groupe « dans une langue… » appartient à la relative et précise la manière dont ils s’interrogent ; le soulignement s’arrête avant la question qu’ils se posent.
« si les conquistadors de la Patagonie avaient réellement vu la nation des géants » est une proposition subordonnée interrogative indirecte totale. Elle est introduite par si et remplit la fonction de complément d’objet direct du verbe « se demandaient » : les cardinaux se demandaient quoi ? Ce si ne pose pas une condition ; il rapporte une question à laquelle on pourrait répondre par oui ou non.
5. Mise au pluriel des deux premiers mots soulignés
« Ils les commencèrent lors d’un énième voyage avec leurs parents et, rapidement plongés dans la lecture, sans lever les yeux, ils oublièrent les aéroports et les gares, les trains et les valises, car ils les avaient lus jusqu’à la fin sans s’en rendre compte […]. »
Dans l’extrait complet, la phrase précédente est « Ce fut un roman » : le reprend donc roman. Mettre « Il le » au pluriel donne « Ils les » ; les autres reprises du sujet deviennent aussi ils, et ses parents devient leurs parents. Les verbes au passé simple deviennent commencèrent et oublièrent. Le participe détaché plongés s’accorde avec le sujet pluriel. Enfin, le dernier l’ reprend lui aussi le roman devenu plusieurs romans : les est placé avant « avaient lus », d’où l’accord de lus au masculin pluriel. La tournure « lors d’un énième voyage » demeure au singulier, car la consigne ne demande pas de multiplier cette circonstance.
II. Lexique et compréhension lexicale — 3 points
1. Deux mots de la même famille qu’« émerveillement »
« Merveille » est le nom qui désigne ce qui suscite l’admiration ; « émerveiller » est le verbe qui signifie provoquer cet étonnement admiratif. Les deux mots partagent la même base lexicale et éclairent le sentiment que le roman éveille chez Cristóbal.
2. Formation et sens d’« invariable »
a. Le mot est construit avec le préfixe négatif in- et l’adjectif variable, lui-même formé sur varier avec le suffixe -able. Il signifie « qui ne varie pas ». b. Dans « la fondation invariable des hommes », « immuable » ou « stable » convient : le texte oppose cette base durable au mouvement incessant des villes et des voyages. Le mot ne signifie pas que les hommes seraient partout identiques ; il désigne ici le besoin de refuge qui demeure malgré les changements.
3. « Les romans sont une île entourée de terre »
Une île est normalement entourée d’eau. La formule inverse cette image : Cristóbal traverse des pays qui changent, mais ses livres forment au milieu de cette terre mouvante un lieu à part, familier et stable. L’île n’est donc pas ici un territoire à conquérir ; elle représente un refuge que l’on retrouve d’un déplacement à l’autre. Le singulier « une île » rassemble les romans en un espace imaginaire commun. Ce paradoxe prolonge la phrase précédente : lire, pour lui, c’est rester.
III. Réflexion et développement — 9 points
La mère de Cristóbal affirme que « lire, c’est voyager ». Elle parcourt réellement le monde pour son métier, tandis que son fils passe d’un pays à l’autre sans quitter les livres des yeux. L’extrait de Miguel Bonnefoy donne donc à la formule un sens moins évident qu’il n’y paraît : pour un enfant déjà contraint de voyager, la lecture peut offrir le sentiment de ne plus bouger. Peut-on malgré tout dire que lire, c’est voyager ? Oui, si l’on entend par voyage une découverte qui transforme le regard ; mais un livre permet aussi de demeurer quelque part et ne remplace pas toute expérience du monde.
La lecture fait d’abord franchir des distances sans imposer un déplacement physique. Un roman conduit son lecteur dans des lieux, des époques et des vies qu’il ne connaît pas. Dans Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, les passagers du Nautilus explorent un monde sous-marin auquel la plupart des lecteurs n’auront jamais accès. Le récit fait naître des images, de la curiosité, parfois l’envie d’apprendre ce que l’on ignore. Le lecteur suit un itinéraire, partage des surprises et revient avec d’autres questions. En ce sens, le livre accomplit une part de ce que l’on attend d’un voyage : il ouvre un horizon.
Ce déplacement peut être plus intime. Lire ne consiste pas seulement à regarder un paysage étranger ; c’est aussi essayer de comprendre un point de vue différent du sien. Cristóbal cherche dans les livres le pays de la cannelle, les expéditions de Magellan et les récits que l’on racontait autrefois sur la Patagonie. Ces récits ne lui livrent pas nécessairement des informations exactes sur ces lieux : les « géants » relèvent justement de la rumeur et de l’imagination. Ils l’invitent pourtant à éprouver la distance entre ce qu’il sait et ce que d’autres ont cru voir. Un livre fait voyager l’esprit lorsqu’il oblige à interroger ses certitudes autant qu’à admirer l’inconnu.
La formule de Venezuela devient cependant paradoxale dans la vie de son fils. Pour elle, la lecture semble promettre un départ ; pour Cristóbal, dont les départs sont imposés par les affectations maternelles, elle rend possible une halte. Les villes, les langues et les cultures défilent sous ses yeux, « or les livres, eux, ne changeaient pas ». Retrouver un roman dans un nouveau pays, reconnaître sa couverture et les noms de ses personnages lui apporte une continuité que les voyages réels lui refusent. Le texte le dit avec précision : « lire, c’était rester ». Les pages constituent un havre personnel, une « île entourée de terre » au milieu des changements. On pourrait éprouver la même chose en relisant une histoire familière après un déménagement : elle n’efface pas la nouveauté du lieu, mais aide à l’habiter.
Il faut enfin distinguer l’expérience de lecture et le voyage vécu. Un récit peut donner envie de voir la mer, une ville ou une œuvre ; il ne restitue ni la fatigue d’un trajet, ni les rencontres imprévues, ni les contradictions d’un lieu réel. Le monde représenté par un livre résulte de choix d’écriture. Même dans un roman nourri de voyages, le lecteur voit à travers la voix d’un narrateur et les limites de son savoir. On gagne donc à confronter les livres à d’autres lectures, à des témoignages et, lorsque c’est possible, aux personnes et aux lieux eux-mêmes. L’imagination ouvre la curiosité ; elle ne dispense pas d’écouter ceux qui vivent ailleurs.
Ainsi, lire peut être un voyage par les mondes imaginés et les regards rencontrés. Mais le texte de Bonnefoy rappelle que la valeur d’un livre ne se réduit pas au départ. Pour Cristóbal, le roman est surtout ce qui résiste aux déplacements et lui permet de se retrouver. La phrase de sa mère reste juste à une condition : accepter qu’un voyage de lecture puisse conduire aussi vers un lieu intérieur où l’on demeure.