CRPE bac + 5 2026 : corrigé de français, groupement 3, texte de Rousseau
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Proposition de correction non officielle. Le sujet de français du CRPE 2026, groupement académique 3 prend appui sur un passage du livre III d’Émile ou de l’Éducation. Rousseau propose d’éveiller la curiosité de l’élève par l’observation, puis de laisser sa raison travailler. Cette épreuve de trois heures relève du concours externe, pour les secteurs public et privé indiqués sur le sujet ; la page ministérielle la classe parmi les sujets de la voie bac + 5.
Sujet officiel · Annales du CRPE
I. Étude de la langue — 9 points
1. Justification des trois terminaisons
- Dans « les objets qui rendent reconnaissable le lieu de son coucher », reconnaissable est un adjectif attribut du complément d’objet direct « le lieu de son coucher ». C’est ce lieu, masculin singulier, que les objets rendent reconnaissable. L’adjectif ne s’accorde donc pas avec « les objets » : il reste au singulier.
- Dans « des sentiments qu’il n’a point éprouvés », éprouvés est le participe passé du verbe éprouver, conjugué avec avoir. Son complément d’objet direct est qu’, placé avant le verbe et reprenant « des sentiments », masculin pluriel. Le participe passé prend donc la terminaison -és. La négation ne… point ne change pas l’accord.
- Dans « Continuez d’être clair, simple et froid », clair est un adjectif attribut du sujet sous-entendu vous. Rousseau s’adresse ici au maître, une seule personne désignée par un vous de politesse. L’adjectif reste au masculin singulier, comme simple et froid ; le -ez de l’impératif ne commande pas, à lui seul, un accord au pluriel.
2. Nature et fonction des quatre éléments soulignés
- « attentif » est un adjectif qualificatif, attribut du complément d’objet direct « votre élève » après « rendez » : on rend l’élève attentif.
- « pour nourrir sa curiosité » est un groupe infinitif introduit par la préposition pour, complément circonstanciel de but de « ne vous pressez jamais de la satisfaire ». À l’intérieur du groupe, « sa curiosité » est le groupe nominal complément d’objet direct de l’infinitif « nourrir ».
- « lui », dans « lui montrer l’objet même », est un pronom personnel de troisième personne, complément d’objet indirect de « montrer » : montrer à qui ? à l’enfant. « L’objet même » est, lui, le complément d’objet direct.
- « une vigueur nouvelle » est un groupe nominal (déterminant une, nom vigueur, adjectif épithète nouvelle), complément d’objet direct de « a pris » : la verdure a pris quoi ? une vigueur nouvelle. « Durant la nuit » apporte seulement une indication de temps.
3. Réécriture de tous les « il » en « ils »
« Qu’ils ne sachent rien parce que vous le leur avez dit, mais parce qu’ils l’ont compris eux-mêmes ; qu’ils n’apprennent pas la science, qu’ils l’inventent. Si jamais vous substituez dans leur esprit l’autorité à la raison, ils ne raisonneront plus. »
Le passage vise désormais plusieurs élèves. Les subjonctifs sache, apprenne et invente deviennent sachent, apprennent et inventent ; le passé composé « il l’a compris » devient ils l’ont compris, et le futur « il ne raisonnera plus » devient ils ne raisonneront plus. Le pronom indirect lui, qui désignait l’élève, devient leur ; l’intensif lui-même devient eux-mêmes. « Son esprit » devient leur esprit : chaque élève a le sien. En revanche, le et l’ qui reprennent ce qui est dit, compris ou inventé ne changent pas de nombre par cette seule consigne.
4. Type et forme des deux phrases
« C’est dans le cœur de l’homme qu’est la vie du spectacle de la nature. » est une phrase de type déclaratif, de forme affirmative et emphatique. Elle énonce une idée et encadre « dans le cœur de l’homme » par c’est… que pour mettre ce lieu intérieur en relief. La présence de c’est ne suffit pas à en faire une question.
« Ne tenez point à l’enfant des discours qu’il ne peut entendre. » est une phrase de type injonctif, construite à l’impératif ; elle est de forme négative par « ne… point ». Rousseau donne au maître une consigne d’abstention. La proposition relative « qu’il ne peut entendre » précise les discours visés ; elle ne modifie pas le type de la phrase principale.
5. Toutes les propositions du passage
Dans « Une belle soirée on va se promener dans un lieu favorable, où l’horizon bien découvert laisse voir à plein le soleil couchant, et l’on observe les objets qui rendent reconnaissable le lieu de son coucher », on relève quatre propositions à verbe conjugué :
- « Une belle soirée on va se promener dans un lieu favorable » : première proposition principale ; va est conjugué, tandis que se promener fait partie de la périphrase verbale.
- « où l’horizon bien découvert laisse voir à plein le soleil couchant » : subordonnée relative, introduite par où, complément de l’antécédent « un lieu favorable ». Laisse est le verbe conjugué ; voir est un infinitif dépendant de lui.
- « et l’on observe les objets » : seconde proposition principale, coordonnée à la première par et.
- « qui rendent reconnaissable le lieu de son coucher » : subordonnée relative, introduite par qui, complément de l’antécédent « les objets » ; qui est le sujet de « rendent ».
L’expression initiale « Une belle soirée » est un complément de temps, non une proposition autonome. De même, « bien découvert » ne contient pas de verbe personnel supplémentaire.
II. Lexique et compréhension lexicale — 3 points
1. « Géographie » et ses éléments
a. Géographie assemble les éléments d’origine grecque géo-, « terre », et -graphie, « écriture » ou « description ». Le mot désigne la connaissance et la description de la Terre, de ses espaces et de leurs caractéristiques. Chez Rousseau, l’enfant ne devrait pas en apprendre les noms sur des globes avant d’avoir observé un lieu réel.
b. Deux mots formés avec géo- sont géologie (étude des roches et de l’histoire de la Terre) et géothermie (chaleur provenant du sous-sol terrestre). Deux mots formés avec -graph(i)e sont biographie (récit écrit d’une vie) et cartographie (étude ou réalisation de cartes). Ces exemples montrent que le premier élément précise ce dont on parle, tandis que le second renvoie à une description ou à une représentation.
2. « Les oiseaux en chœur… le père de la vie »
Rousseau décrit les oiseaux qui chantent ensemble au lever du jour. « En chœur » et « de concert » font entendre l’accord de leurs chants, comme s’ils formaient un ensemble musical. « Le père de la vie » désigne ici le soleil, dont l’apparition éclaire et réchauffe le paysage. L’auteur personnifie les oiseaux : ils ne saluent pas réellement un père, mais leur chant donne au lever du soleil l’allure d’une célébration. Cette image traduit l’enthousiasme du maître ; Rousseau rappelle ensuite que l’enfant ne ressent pas nécessairement la même émotion avant d’en avoir l’expérience.
III. Réflexion et développement — 8 points
Rousseau refuse que l’élève sache quelque chose seulement parce que son maître le lui a dit. Il veut qu’il observe, se pose des questions et comprenne par lui-même. Sa mise en garde reste vive : un enfant habitué à recevoir des réponses par autorité risque de devenir « le jouet de l’opinion des autres ». Quel rôle l’École joue-t-elle dans le développement de l’esprit critique ? Elle transmet des savoirs indispensables, mais surtout des moyens de vérifier, de discuter et de corriger ce que l’on croit savoir.
L’École peut d’abord apprendre à partir des faits. Dans le passage, Rousseau reproche au maître de présenter des globes et des cartes avant que l’enfant ait vu « l’objet même ». Pour faire découvrir le lever du soleil, il propose d’observer le même horizon le soir puis le matin, afin que l’élève remarque les positions et les changements. Cette expérience ne livre pas d’emblée toute la géographie ou l’astronomie. Elle donne néanmoins une raison de chercher : l’enfant peut comparer ce qu’il a vu à une explication, poser une nouvelle question et comprendre qu’une connaissance se construit. En classe, une observation de plante, une mesure ou un problème mathématique jouent un rôle semblable lorsque les élèves expliquent comment ils obtiennent leur résultat.
Cette démarche a besoin de connaissances. Sans vocabulaire pour décrire, sans maîtrise de la lecture et du calcul, il devient difficile d’examiner une affirmation. Apprendre des faits établis ne signifie pas se soumettre aveuglément à une personne. Un professeur peut enseigner ce qu’est un argument, montrer une source, exposer une expérience reproductible et signaler les limites d’une explication. L’élève découvre alors que l’autorité d’un savoir vient aussi de preuves contrôlables, pas seulement du statut de celui qui parle. Rousseau n’interdit d’ailleurs pas au maître d’agir : il lui demande de choisir des questions à la portée de l’enfant et de guider son attention sans lui voler le plaisir de résoudre.
La lecture offre un autre terrain d’exercice. Dans « Le Loup et l’Agneau » de La Fontaine, le loup accuse l’agneau de troubler son eau. L’agneau répond qu’il se trouve en aval ; le loup change alors d’accusation, puis finit par le dévorer. Des élèves peuvent distinguer l’affirmation du loup, l’observation qui la contredit et la force qui lui permet de l’emporter malgré tout. Ils voient ainsi que le pouvoir de parler fort ne rend pas une proposition vraie. La discussion d’un texte sert à demander « qu’est-ce qui le prouve ? » et à accepter qu’un camarade remarque un détail que l’on avait manqué.
L’esprit critique se travaille aussi dans la vie collective. Un désaccord entre élèves peut tourner à l’affrontement si chacun défend seulement sa place. Avec des règles de parole et l’aide du maître, chacun apprend à reformuler l’avis de l’autre, à donner une raison et à revoir son propre jugement. Ce travail n’exige pas que toutes les opinions se valent : certaines affirmations sont fausses ou blessantes, et l’adulte doit protéger les élèves. Il ouvre toutefois un espace où l’on peut distinguer une personne de l’idée qu’elle propose. Savoir reconnaître « je me suis trompé » devient alors un progrès, non une humiliation.
Il serait excessif de penser que l’École peut se passer de toute autorité. Un enfant a besoin d’un cadre sûr, d’un enseignement explicite et parfois d’une réponse qu’il n’est pas encore en mesure de découvrir seul. Rousseau lui-même note que l’enfant ne saisit pas immédiatement les rapports entre les objets et qu’il faut du temps pour que naissent certains sentiments. Le maître doit donc doser son aide : donner assez de repères pour avancer, laisser assez de place pour chercher. Une liberté sans ressources laisserait les élèves les plus fragiles seuls face aux affirmations des autres ; une autorité qui tranche tout à leur place les empêcherait d’exercer leur jugement.
L’École développe l’esprit critique lorsqu’elle associe ces deux exigences. Elle donne des mots et des connaissances, puis invite les élèves à observer, confronter les raisons, lire attentivement et corriger leurs erreurs. L’élève ne sort pas de la classe avec le devoir de douter de tout ; il y apprend à accorder sa confiance pour des raisons qu’il peut comprendre et, si besoin, remettre à l’épreuve.