CRPE supplémentaire 2026 : corrigé de français, Jules Verne et la Lune
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Proposition de correction non officielle. Le sujet de français du CRPE supplémentaire 2026 pour Créteil et Versailles propose un extrait de De la Terre à la Lune de Jules Verne. Barbicane, président du Gun-Club, veut employer la balistique pour tenter d’atteindre la Lune. Le PDF indique le concours externe et une durée de trois heures ; cette épreuve est distincte des trois groupements académiques ordinaires.
Sujet officiel · Annales du CRPE
I. Étude de la langue — 9 points
1. Les propositions de la première phrase
Dans « Lorsque huit heures sonnèrent à l’horloge fulminante de la grande salle, Barbicane, comme s’il eût été mû par un ressort, se redressa subitement », on distingue trois propositions :
- « Lorsque huit heures sonnèrent à l’horloge fulminante de la grande salle » : proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps, introduite par lorsque. Elle situe le redressement de Barbicane.
- « Barbicane […] se redressa subitement » : proposition principale. Son verbe conjugué est se redressa ; les deux autres propositions lui sont rattachées.
- « comme s’il eût été mû par un ressort » : proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de comparaison hypothétique, introduite par comme si. Elle compare le geste de Barbicane au mouvement d’un mécanisme sans affirmer qu’un ressort le pousse réellement. Le verbe est eût été mû.
Les virgules encadrent la comparaison insérée dans la principale ; elles ne créent pas d’autres propositions.
2. Nature et fonction des trois mots soulignés
- Dans « le proclamer à haute voix », « le » est un pronom personnel de troisième personne, complément d’objet direct de l’infinitif « proclamer ». Il reprend l’idée que Barbicane s’apprête à annoncer : une guerre serait bienvenue pour les membres du club.
- Dans « toute guerre […] serait bienvenue », « toute » est un déterminant indéfini féminin singulier, qui détermine « guerre ». Il donne au nom une valeur générale : n’importe quelle guerre, quelle qu’elle soit.
- Dans « toute guerre qui nous remettrait les armes à la main », « qui » est un pronom relatif, sujet de « remettrait ». Son antécédent est « guerre » et il introduit la relative qui précise le type de guerre évoqué.
3. Tous les sujets et leur nature
- « J’ » est un pronom personnel sujet des trois verbes coordonnés « ai cherché, travaillé, calculé » : Barbicane énumère ses démarches.
- « cette conviction » est un groupe nominal sujet de « est résultée ». L’ordre est inversé : « cette conviction est résultée de mes études ». Le groupe « de mes études » n’est donc pas sujet.
- « nous » est un pronom personnel sujet de « devons » dans la proposition « que nous devons réussir… ».
- « qui » est un pronom relatif sujet de « paraîtrait » ; son antécédent est « une entreprise ».
Les infinitifs « réussir » et l’énumération de participes passés n’ajoutent pas de sujets personnels à relever. Le que après « conviction » introduit le contenu de cette conviction ; ce n’est pas le sujet de « devons ».
4. Temps, mode et voix des verbes soulignés
- « est » dans « Il n’est aucun de vous » : présent de l’indicatif, verbe être à valeur d’existence, sans voix passive. L’impersonnel il signifie ici « il n’y a ».
- « ait vu » : passé du subjonctif, voix active. Après « Il n’est aucun… qui », la relative présente une situation envisagée sous la négation ; l’auxiliaire avoir est au subjonctif présent et le participe vu forme le temps composé.
- « Ne vous étonnez pas » : présent de l’impératif, forme pronominale du verbe s’étonner, avec négation. L’action n’est pas subie comme dans une phrase passive : Barbicane demande à ses collègues de ne pas éprouver de surprise.
- « est […] réservé » dans « Il nous est peut-être réservé d’être les Colombs… » : présent de l’indicatif, voix passive du verbe réserver. Le groupe « à nous » est représenté par nous ; la possibilité d’explorer la Lune pourrait leur être réservée. L’adverbe « peut-être » s’insère entre l’auxiliaire et le participe passé sans changer l’analyse verbale.
5. Passage au discours indirect
« Barbicane déclara à ses braves collègues que, depuis quelques mois, il s’était demandé si, tout en restant dans leur spécialité, ils ne pourraient pas entreprendre quelque grande expérience digne du XIXe siècle, et si les progrès de la balistique ne leur permettraient pas de la mener à bonne fin. »
Le discours rapporté perd ses guillemets et l’incise « reprit Barbicane ». Le je de Barbicane devient il, le nous du club devient ils, et « notre spécialité » devient leur spécialité. Le passé composé « je me suis demandé » recule au plus-que-parfait, « il s’était demandé », puisque le nouveau verbe introducteur est au passé. Les deux questions indirectes restent introduites par si et les conditionnels pourrions et permettraient deviennent pourraient et permettraient, avec les personnes adaptées. L’invocation « mes braves collègues » est intégrée à l’introduction « à ses braves collègues ».
II. Lexique et compréhension lexicale — 3 points
1. « Mon honorable interrupteur »
Barbicane désigne J.-T. Maston, qui vient de couper son discours en réclamant la guerre. Interrupteur signifie ici personne qui interrompt la parole d’autrui, et non dispositif électrique. L’adjectif honorable est une marque de politesse devant les membres du club. Barbicane ménage son interlocuteur tout en écartant l’idée qu’une nouvelle guerre fournirait bientôt du travail aux artilleurs.
2. Les différents sens d’« épreuves »
a. Dans « la photographie a donné de notre satellite des épreuves d’une incomparable beauté », les épreuves sont des images photographiques obtenues à partir d’un procédé de reproduction. Le mot ne signifie pas ici des examens : la beauté concerne les images de la Lune dont parle Barbicane.
b. Le nom peut aussi désigner une difficulté ou une souffrance à traverser (« une douloureuse épreuve ») et une évaluation destinée à mesurer des connaissances ou des capacités (« l’épreuve écrite d’un concours »). Le contexte départage ces sens : photographie dans le premier cas, vie personnelle ou examen dans les deux autres.
3. Formation d’« impraticable »
L’adjectif est formé à partir de pratiquer ou praticable, avec le suffixe -able (« qui peut être pratiqué ») et le préfixe négatif im-, forme prise par in- devant p. Impraticable veut dire qu’on ne peut pas réaliser ou emprunter. Pour Barbicane, l’entreprise de communiquer directement avec la Lune semble impossible aux autres pays, mais il croit que le Gun-Club pourra tenter de la mener à bien. La forme du mot traduit donc une difficulté jugée presque insurmontable, et non une impossibilité démontrée.
III. Réflexion et développement — 8 points
À la fin de la guerre, les membres du Gun-Club ne savent plus que faire de leurs canons. Barbicane leur propose alors une entreprise qui paraît insensée : établir un contact avec la Lune. Dans le texte de Jules Verne, l’inconnu attire parce qu’il promet une tâche nouvelle et un dépassement des limites connues. Pourquoi l’être humain cherche-t-il encore à explorer ce qu’il ignore ? La curiosité, le besoin d’agir et l’espoir de mieux comprendre le monde le poussent en avant, mais cette impulsion demande aussi un jugement sur ses moyens et ses conséquences.
Explorer commence souvent par une question. Barbicane observe que la masse, la distance et les mouvements de la Lune sont étudiés, alors qu’aucune « communication directe » n’a encore été établie avec elle. Il distingue ainsi ce que les sciences permettent déjà de connaître et ce qui leur échappe. La curiosité naît de cet écart. Dans une situation ordinaire, un enfant qui voit une plante se tourner vers la lumière peut vouloir savoir pourquoi ; il observe, compare et cherche une explication. Les questions les plus simples et les projets les plus ambitieux ont en commun le refus de considérer le savoir présent comme achevé.
L’inconnu peut aussi offrir une manière de sortir d’une impasse. Les artilleurs de Verne ont construit leur identité autour de la guerre ; la paix les laisse inoccupés. Barbicane propose de convertir leur habileté technique en projet d’exploration. La scène est comique et inquiétante à la fois : certains accueilleraient une guerre comme une bonne nouvelle, tandis que leur président cherche une autre « activité » pour les occuper. L’appel de l’inconnu n’est donc pas une pure soif de connaissance. Il répond aussi au désir d’être utile, de se mesurer à une difficulté, parfois de retrouver une place dans un groupe. Une entreprise collective peut donner un sens nouveau à des compétences anciennes.
Les récits entretiennent cette impulsion. Dans L’Odyssée, Ulysse traverse des lieux et des épreuves imprévus tout en cherchant à regagner sa maison. Son parcours rappelle que la découverte n’est pas toujours choisie ni heureuse, mais qu’elle transforme celui qui la vit. Chez Verne, le voyage annoncé vers la Lune est encore un projet ; le discours de Barbicane invite déjà les membres du club et les lecteurs à imaginer un monde qu’ils n’ont pas vu. La littérature permet ainsi d’essayer des possibles. Elle donne envie d’aller plus loin, tout en montrant que l’inconnu peut résister aux rêves que l’on projette sur lui.
Cependant, tout désir d’explorer n’est pas juste parce qu’il est audacieux. Barbicane parle de « conquête » et se compare à Colomb. Ce vocabulaire associe l’exploit technique à la possession d’un espace présenté comme disponible. Le texte invite à demander qui décide du projet, qui en supporte le risque et ce que l’on veut faire du monde découvert. Les explorations scientifiques ont besoin d’hypothèses, de calculs et de vérifications ; elles ont aussi besoin de règles lorsqu’elles engagent des personnes ou transforment un milieu. Dans le passage, l’enthousiasme du Gun-Club ne suffit pas à prouver que sa capsule pourra atteindre la Lune ni que ce serait une bonne idée de la lancer.
Il faut enfin reconnaître qu’on n’a pas besoin d’une frontière lointaine pour rencontrer l’inconnu. Comprendre une personne, une œuvre ou un phénomène proche demande parfois autant de patience qu’un long voyage. Un élève qui enquête sur l’histoire de son quartier ou apprend une langue découvre une part du monde qui lui était fermée. Cette exploration modeste a une valeur propre : elle peut rendre attentif aux autres au lieu de chercher seulement un exploit spectaculaire. Elle permet aussi de distinguer la connaissance d’une chose du pouvoir que l’on voudrait exercer sur elle.
L’être humain explore donc l’inconnu parce qu’il veut comprendre, agir et imaginer d’autres possibilités. Verne fait sentir l’énergie de cet élan, mais la réaction du Gun-Club en révèle les ambiguïtés. La curiosité devient féconde lorsqu’elle s’accompagne de méthode et d’attention aux conséquences : découvrir ne vaut pleinement que si l’on apprend aussi à répondre de ce que l’on fait de sa découverte.