Directeur des soins 2025 : améliorer l’expérience patient
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Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. Concours interne et externe — note de synthèse du 3 juin 2025. Durée : 5 heures. Coefficient : 4.
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Comprendre la commande
Le directeur demande une note sur l’amélioration de l’expérience patient dans l’établissement. Le dossier relie cette question à la certification, à l’engagement des usagers, au recueil de leur vécu, aux conditions de travail et à la formation. Une réponse centrée uniquement sur e-Satis ou sur le patient partenaire laisserait donc une partie du sujet de côté.
La proposition suivante organise les informations du dossier en une note rédigée. Elle ne suppose aucun résultat d’enquête propre à l’établissement.
Proposition de note de synthèse
À l’attention du directeur de l’établissement
Objet : améliorer l’expérience patient par le recueil du vécu, le partenariat et l’évolution des organisations
La qualité d’une prise en charge ne se réduit pas à son résultat clinique. L’écoute, l’information, les relations avec les équipes, les conditions d’accueil et la continuité du parcours comptent aussi pour la personne soignée. Le référentiel de certification de 2025 intègre cette perspective et demande que l’expression des patients se traduise dans les pratiques. Améliorer l’expérience patient suppose ainsi d’associer les personnes concernées, de croiser les méthodes de recueil et de soutenir les professionnels qui conduisent les changements.
I. Reconnaître une expérience qui complète les savoirs professionnels
A. Distinguer satisfaction, expérience et résultats de santé
La satisfaction exprime un jugement, dépendant notamment des attentes de la personne. L’expérience décrit ce qu’elle a vécu au cours de son parcours : compréhension des informations, attente, respect de l’intimité, qualité des échanges ou difficulté de retour à domicile. Ces dimensions se complètent, sans se confondre. Un patient peut se déclarer satisfait tout en rapportant une information insuffisante ; un score global ne renseigne pas, à lui seul, sur cette difficulté.
Les questionnaires PREMs mesurent l’expérience rapportée par les patients. Les PROMs portent sur les résultats de santé qu’ils perçoivent, par exemple leurs symptômes, leurs capacités fonctionnelles ou leur qualité de vie. Le dispositif e-Satis recueille satisfaction et expérience. Il ne remplace ni la mesure clinique ni les autres modes d’expression des usagers.
La note de cadrage de la Haute Autorité de santé de septembre 2023 rappelle également que l’expérience individuelle s’inscrit dans une vie avec la maladie, le handicap ou la vulnérabilité. Les échanges entre pairs peuvent faire émerger une expérience collective qui n’est pas une simple addition de témoignages. L’établissement doit donc éviter une vision exclusivement consumériste, réduisant le patient à un client dont il faudrait améliorer une note.
B. Faire du partenariat un moyen d’action, avec des rôles distincts
L’engagement concerne d’abord la personne dans ses propres soins, mais peut aussi contribuer à l’organisation des parcours, à la formation et aux orientations collectives. Le modèle de Montréal présenté dans le dossier distingue les degrés de participation — information, consultation, collaboration et partenariat — et les niveaux où elle intervient. Une consultation ponctuelle ne constitue pas encore une décision coconstruite.
Les représentants des usagers, les associations, les pairs-aidants et les patients partenaires apportent des contributions complémentaires. Leur légitimité et leur mission diffèrent : un patient partenaire ne remplace pas la représentation des usagers, pas plus qu’un témoignage individuel ne représente toutes les personnes soignées. L’expérience vécue doit être travaillée pour devenir un savoir transférable et utile à la mission confiée.
Le référentiel de certification soutient leur participation à la construction des parcours, à l’éducation thérapeutique et aux démarches d’amélioration des pratiques. Il prévoit l’articulation du projet des usagers avec les projets médical et soignant. Les représentants des usagers contribuent aussi aux projets concernant l’accueil, les locaux et la vie quotidienne.
La commission des usagers doit disposer des résultats utiles : enquêtes, événements indésirables associés aux soins, actions qui en découlent et suivi des demandes d’accès aux dossiers. La participation perdrait sa portée si les personnes étaient invitées aux réunions sans informations ni possibilité de contribuer.
II. Recueillir le vécu pour transformer les parcours et les pratiques
A. Croiser des méthodes adaptées aux questions posées
Le guide de l’Agence nationale d’appui à la performance propose quatre familles complémentaires : observations, entretiens, autodocumentation et collecte ou analyse de données. Leur choix dépend du problème étudié. Une enquête standardisée permet un suivi ; un entretien explique un vécu ; l’observation révèle une difficulté que la personne n’a pas formulée ; un journal de bord éclaire la continuité d’un parcours dans le temps.
L’observation peut être postée, participante ou suivre le parcours d’une personne. Le recueil doit préciser son périmètre, ses finalités et les conditions de participation, en respectant l’intimité. Les entretiens directifs facilitent la comparaison ; les entretiens semi-directifs ou en contexte laissent davantage de place au récit et aux situations imprévues. Les groupes de discussion produisent d’autres échanges, mais nécessitent de tenir compte des effets de groupe.
Les questionnaires et les données d’activité complètent ces approches. Les verbatims positifs comme négatifs permettent de comprendre ce qui compte pour les patients. Les supports doivent être accessibles et les modalités variées pour ne pas recueillir seulement l’avis de personnes à l’aise avec le numérique. Les récits ou observations d’un petit groupe ne doivent pas être présentés comme une fréquence valable pour tous les patients.
Le référentiel de 2025 invite le patient à exprimer son expérience, à formuler une réclamation ou un éloge et à déclarer un événement indésirable. Il prévoit le suivi de la participation aux enquêtes, notamment de la collecte des adresses électroniques pour e-Satis. Les résultats et verbatims sont partagés semestriellement avec les équipes ; leur analyse doit alimenter des actions concrètes. Le soutien aux PROMs inclut le choix de questionnaires adaptés et un bilan annuel dans les instances.
B. Passer du constat à une amélioration perceptible
Le guide de l’Agence nationale d’appui à la performance organise l’analyse en enseignements : rassembler les données, regrouper les thèmes, confronter éventuellement l’interprétation à des tiers et restituer les résultats sous une forme exploitable. Une cartographie du parcours ou des récits contextualisés peuvent rendre une difficulté plus compréhensible qu’une moyenne seule.
Les exemples du dossier montrent plusieurs applications : associer les adolescents à l’accueil dans leur service, coconcevoir les repas ou les espaces, préparer la sortie, faciliter le dialogue entre associations et soignants. L’éducation thérapeutique et la pair-aidance peuvent soutenir l’autonomie, tandis que les retours d’anciens patients éclairent des séjours difficiles, notamment en réanimation. Ces expériences illustrent des possibilités, sans démontrer que chaque dispositif produira le même effet dans tout établissement.
Le numérique peut faciliter l’information, le suivi et l’analyse, mais doit rester au service de la relation. Une classification automatisée des commentaires ne dispense pas d’en comprendre le contexte. Les changements doivent ensuite être évalués : amélioration du vécu concerné, effet sur le parcours, participation des personnes et conséquences pour les équipes.
III. Soutenir les professionnels et encadrer la participation
A. Relier expérience patient et conditions de travail
L’écoute et la disponibilité nécessitent une organisation qui les rende possibles. Le dossier relie l’expérience patient à l’autonomie des équipes, à la coordination, au climat de travail et à la reconnaissance. Les difficultés d’information ou les interruptions répétées peuvent peser sur les patients comme sur les professionnels.
Ces liens invitent à analyser les retours avec les équipes, sans transformer chaque insatisfaction en accusation individuelle. Les éloges peuvent soutenir la reconnaissance ; les difficultés doivent conduire à rechercher leurs causes et les moyens d’agir. Des temps d’échange, des responsabilités claires, des outils utilisables et une réduction des tâches évitables favorisent la démarche. La corrélation entre conditions de travail et expérience patient n’établit cependant pas, à elle seule, une causalité uniforme.
B. Former et protéger les personnes engagées
Le retour de transplantation hépatique du CHRU de Tours illustre le passage d’un patient témoin à un patient partenaire formé, avec une convention, des ateliers coanimés et un accompagnement du cadre de santé. Celui-ci prépare l’équipe, clarifie les responsabilités et régule les échanges, sans transformer le patient partenaire en soignant. Les professionnels conservent leurs obligations d’information et de prise en charge.
La confidentialité, les limites de compétence, l’accompagnement émotionnel et les conditions d’intervention doivent être explicites. Pour l’éducation thérapeutique, la formation exigée relève du cadre propre à cette activité ; elle ne doit pas devenir une exigence indifférenciée pour toute expression d’un usager. Le rapport de l’Académie nationale de médecine souligne ces précautions et recommande d’encadrer la légitimité des interventions.
La formation des futurs professionnels constitue aussi un levier. L’enquête conduite en 2018 auprès des instituts de formation en soins infirmiers montre une pratique déjà présente : 102 des 120 répondants déclarent solliciter des personnes vivant avec une maladie. Ce résultat porte sur les répondants, parmi 307 instituts contactés, et ne prouve pas une couverture identique dans tous les instituts. Il souligne l’intérêt d’une préparation pédagogique et d’un accompagnement des patients intervenants.
L’arrêté du 27 janvier 2025 prévoit, pour les études de médecine, la participation possible de patients en binôme avec un enseignant, selon un calendrier distinct : premier cycle à partir de 2024-2025, troisième cycle en 2025-2026 et deuxième cycle en 2026-2027. Il ne crée donc pas une obligation immédiatement uniforme pour tous les cursus de santé.
L’amélioration de l’expérience patient repose finalement sur une continuité : recueillir, comprendre, coconstruire, mettre en œuvre et évaluer. La certification fournit des repères ; le partenariat et le soutien aux équipes permettent d’en faire un changement réel pour les personnes soignées.
Les confusions à éviter
Un PROM n’est pas une enquête de satisfaction ; un PREM ne mesure pas directement un résultat clinique. Un patient partenaire n’est pas automatiquement représentant des usagers. Enfin, publier un score ou recueillir un témoignage ne suffit pas : la note doit montrer comment les résultats contribuent aux pratiques et au parcours.