G2E 2025 : corrigé de composition française
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Proposition de corrigé — non officielle. Composition française G2E 2025 : individu et communauté, avec Eschyle, Spinoza et Wharton.
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Analyse du sujet
Elias ne se contente pas d’affirmer que l’individu a besoin des autres pour survivre. Il soutient que la conscience de soi, l’intériorité et jusqu’à la manière de vivre sa solitude portent la marque des relations humaines. Il faut donc examiner la formation sociale de l’individu, puis se demander si ce lien laisse une place à la singularité et à la critique de la communauté.
Le développement ci-dessous s’appuie sur les quatre œuvres du programme : Les Suppliantes et Les Sept contre Thèbes d’Eschyle, les passages prescrits du Traité théologico-politique de Spinoza et Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton.
Introduction
Nous opposons souvent l’individu à la communauté comme si un être déjà constitué rencontrait ensuite un groupe extérieur à lui. Elias inverse cette représentation : le « je » se forme dans un ensemble de relations qui lui permet aussi de dire « nous ». Les œuvres au programme montrent effectivement des personnages et des sujets dont les choix prennent sens dans une cité, un ordre politique ou un milieu social. Mais cette dépendance peut devenir contrainte et rendre nécessaire la contestation. Comment penser une individualité issue des relations communes sans la réduire à l’obéissance au groupe ? Les œuvres confirment d’abord la formation sociale du sujet ; elles montrent ensuite les effets d’une communauté qui enferme ses membres ; elles invitent enfin à concevoir des liens qui rendent la singularité possible.
I. La communauté donne à l’individu ses repères et les moyens d’agir
Une identité se forme dans des relations
Dans Le Temps de l’innocence, Newland Archer ne construit pas ses jugements en dehors du monde new-yorkais auquel il appartient. Les manières de parler, de se tenir et d’envisager le mariage organisent ce qu’il peut reconnaître comme respectable ou choquant. Même son désir de distance se formule par rapport à ces codes. Sa singularité n’apparaît donc pas dans un vide social : elle se dessine à partir de ce qu’il partage avec les autres.
Les Danaïdes des Suppliantes expriment, elles aussi, leur demande à partir de liens collectifs : elles forment un groupe, invoquent une ascendance et s’adressent à une cité capable de leur offrir une protection. Leur refus du mariage imposé ne peut devenir une possibilité effective par la seule affirmation d’une volonté individuelle. Il demande l’accueil et l’engagement d’autres personnes.
La protection politique rend la liberté praticable
Spinoza distingue l’existence selon le seul droit naturel et l’organisation d’une vie politique commune. Un individu isolé ne dispose pas nécessairement des moyens d’assurer sa sécurité ni de développer pleinement ses capacités. L’association permet de produire une puissance plus grande et des règles communes. La communauté n’est donc pas seulement ce qui retire une liberté initiale : elle peut fournir les conditions de son exercice.
Dans Les Sept contre Thèbes, la défense de la ville donne aux décisions d’Étéocle une portée qui dépasse son existence particulière. Le chef doit répondre d’une cité menacée. Les relations de pouvoir, les attentes des habitants et les obligations de défense structurent son rôle. L’individu ne peut être compris sans ce réseau de responsabilités.
II. Le lien collectif peut pourtant enfermer la singularité
Les normes communes ne coïncident pas toujours avec une liberté vécue
Le monde de Wharton protège une continuité sociale, mais il organise aussi les silences et les exclusions. Ellen Olenska éprouve la difficulté d’une existence qui ne correspond pas aux attentes du milieu. Archer découvre que ses sentiments personnels ne suffisent pas à suspendre les obligations et les jugements qui entourent son mariage. Le groupe agit d’autant plus efficacement que ses règles paraissent naturelles à ceux qui les ont intériorisées.
Cette situation confirme Elias tout en en révélant une face inquiétante. Si l’intériorité reçoit l’empreinte des relations, l’individu peut éprouver comme une volonté propre ce qui relève en partie d’une norme apprise. Sa solitude ne constitue pas automatiquement un refuge affranchi du groupe : les attentes sociales l’accompagnent jusque dans la manière d’imaginer une autre vie.
L’appartenance n’efface ni le conflit ni la responsabilité
Dans Les Sept contre Thèbes, le conflit des frères fait intervenir une histoire familiale qui rencontre le destin politique de la cité. Le chef ne se réduit pas au rôle protecteur que le groupe lui assigne : une décision personnelle peut exposer la communauté à ses propres passions. Les relations produisent l’individu, mais elles ne déterminent pas un comportement sans contradiction.
Les Suppliantes montre également qu’accueillir un groupe extérieur pose une difficulté à la communauté protectrice. Pélasgos doit considérer la demande des Danaïdes et les conséquences pour Argos. Un « nous » ne se définit donc pas une fois pour toutes : il est mis à l’épreuve par ceux qui demandent à y entrer. Le lien commun peut protéger les uns tout en menaçant d’exclure les autres.
III. La singularité se développe dans des relations susceptibles d’être discutées
Reconnaître la formation sociale ne supprime pas le jugement personnel
La proposition d’Elias ne signifie pas que toute pensée soit la répétition passive d’une règle collective. Un individu reçoit une langue et des repères qu’il peut ensuite comparer, critiquer et transformer. Archer peut discerner l’étroitesse de son milieu précisément parce que ses relations lui font rencontrer d’autres manières de vivre. Ellen n’est pas l’incarnation d’une liberté sans passé ; sa différence provient elle aussi d’une histoire et d’expériences.
Spinoza permet d’approfondir cette distinction. L’autorité politique peut régler des actions, mais elle ne dispose pas d’un pouvoir illimité sur le jugement intérieur. Chercher à imposer une pensée uniforme ne garantit pas la stabilité d’une communauté. La possibilité de raisonner et de s’exprimer contribue au contraire à une vie commune qui ne repose pas seulement sur la peur.
Le « nous » peut devenir une condition d’émancipation
Dans Les Suppliantes, la décision politique d’accueillir les Danaïdes illustre une médiation entre une volonté de se soustraire à la violence et une protection commune. La liberté recherchée devient effective parce qu’une cité accepte de l’inscrire dans ses obligations. La communauté peut donc soutenir une résistance plutôt que l’étouffer.
Le contraste entre les œuvres empêche une conclusion trop simple. Une cité accueillante, un pouvoir qui tolère le jugement et un milieu social qui impose le silence ne donnent pas les mêmes possibilités aux individus. La question ne porte pas seulement sur la présence ou l’absence du lien, mais sur sa forme. Des relations ouvertes à la discussion permettent d’assumer une appartenance tout en transformant ce qu’elle exige.
Conclusion
Les œuvres confirment la force de la proposition d’Elias : l’individu, son langage et son intériorité se forment dans des relations. Elles montrent aussi que ces liens peuvent produire de la protection ou de l’enfermement. Le « je » n’a donc pas à se rêver sans « nous » pour devenir libre ; il doit pouvoir interroger et transformer les formes de ce « nous ». L’individualité apparaît moins comme une séparation absolue que comme une manière singulière de prendre place dans un monde commun.
Repère de programme
Les recommandations du lycée Jeanne-d’Albret pour 2024-2025 précisent les œuvres et les traductions prescrites. Les références doivent être adaptées à l’édition étudiée.