Corrigé inspecteur des finances publiques 2025 : l’économie des Jeux de Paris 2024

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Cette proposition de correction non officielle traite l’ensemble du sujet de la session 2025, voie externe. Elle s’appuie sur les données et les documents fournis dans cette épreuve.

Le sujet officiel comporte 32 pages. Retrouvez les autres épreuves dans le catalogue du concours.

Note de synthèse — L’économie des Jeux de Paris 2024

Objet : Apports économiques attendus et risques financiers des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

À l’approche des Jeux, le dossier présente un événement susceptible de soutenir l’activité et de laisser des équipements utiles. Il montre aussi que les retombées annoncées restent des estimations, tandis que plusieurs coûts et effets d’éviction sont difficiles à mesurer. La distinction entre activité générée, bénéfice net et dépense publique est donc essentielle.

Des investissements, des marchés et un héritage territorial

L’organisation et les ouvrages mobilisent d’abord les entreprises. Le dossier évoque un budget d’organisation de l’ordre de 4,4 milliards d’euros et des investissements en infrastructures de plus de 4 milliards. Fin 2023, le comité d’organisation avait attribué 2,3 milliards d’euros de marchés à environ 2 200 prestataires ; trois quarts étaient des TPE ou PME françaises selon le document 5. Les chantiers, les transports, la sécurité, la restauration et l’événementiel créent des débouchés, mais un marché olympique peut aussi remplacer une autre commande dans le carnet d’une entreprise : le chiffre d’affaires constaté ne représente pas nécessairement une production supplémentaire pour l’économie nationale (documents 5 et 9, p. 15 et 27).

Les évaluations d’emploi emploient des périmètres différents. L’étude reprise par la CCI et Le Parisien annonce 150 000 emplois mobilisés sur la préparation et l’événement, dont 78 300 dans l’organisation, 60 000 dans le tourisme et 11 700 dans la construction. La présentation gouvernementale donne, elle, 181 000 emplois directs et indirects mobilisés, avec une autre ventilation. Il ne faut ni additionner ces estimations ni assimiler des emplois mobilisés à autant de postes permanents créés. La plateforme « Entreprises 2024 » informe les petites entreprises des marchés ; « ESS 2024 » accompagne les structures de l’économie sociale et solidaire. Le dossier indique que 79 % des attributaires des marchés publics sont des TPE ou PME, que plus de 88 % des prestataires du comité sont français et que 2,8 millions d’heures d’insertion ont déjà été réalisées. Ces données décrivent une diffusion territoriale et sociale recherchée, sans démontrer que toute la valeur ajoutée restera en France (documents 3, 4 et 6, p. 13–14 et 19–21).

La majeure partie des sites existait déjà ou était programmée, ce qui réduit le risque de construire des équipements sans usage futur. En Seine-Saint-Denis, les villages doivent devenir des quartiers comptant plus de 4 000 logements, dont près de 40 % de logements sociaux, et les ouvrages comprennent des bassins de natation, de nouvelles liaisons urbaines et des aménagements cyclables. Les travaux de baignabilité de la Seine et de la Marne, les terrains sportifs de proximité et l’accessibilité des transports et des espaces publics constituent d’autres legs annoncés. Leur bénéfice économique dépendra toutefois de leur livraison, de leur conversion et de leur utilisation après les compétitions (documents 1, 3 et 10, p. 6, 10–12 et 29).

Une visibilité touristique réelle, des recettes encore incertaines

L’exposition médiatique mondiale peut renforcer l’image de la France, ses savoir-faire et son attractivité. La diplomatie française présentait en 2017 une projection de 10,7 milliards d’euros d’impact entre 2017 et 2034, dont 3,5 milliards liés au tourisme. Il s’agit d’un scénario ancien, pas d’un résultat observé. L’étude de candidature évoquée en 2024 proposait une fourchette de 5,3 à 10,7 milliards sur l’ensemble du cycle ; les spécialistes demandaient son actualisation en raison de l’inflation et du contexte international. Pour la seule année 2024, d’autres calculs cités dans le dossier vont de 3,74 à 4,57 milliards. Ces évaluations n’ont ni la même période ni les mêmes hypothèses et ne se comparent donc pas comme des comptes définitifs (documents 2, 5 et 9, p. 9, 15 et 27–28).

Les hôtels, restaurants, commerces, transports et locations de courte durée peuvent bénéficier des visiteurs, particulièrement près des sites. Mais les touristes ordinaires et les voyageurs d’affaires peuvent reporter leur séjour en raison des prix ou des restrictions de circulation. En avril 2024, les hôtels parisiens du panel cité n’avaient réservé qu’environ 64 % des chambres pour les semaines olympiques ; le tarif moyen de 452 euros avait déjà reculé par rapport aux anticipations de l’automne 2023. Juin, début juillet et la période paralympique inquiétaient davantage les professionnels. À l’inverse, une tribune du dossier redoutait une capacité d’accueil insuffisante et défendait l’ouverture d’hébergements supplémentaires. Ces positions illustrent une incertitude, selon le calendrier, le prix et le type de clientèle ; elles ne prouvent ni pénurie générale ni succès hôtelier assuré (documents 5, 7 et 8, p. 16, 23–26).

Des dépenses publiques et des risques à suivre jusqu’après les Jeux

Le coût annoncé dans la candidature de 2017, 6,3 milliards d’euros, atteignait 8,8 milliards en avril 2024 selon le dossier. Cette hausse appelle un suivi précis, même si les montants recouvrent organisation et ouvrages, financés en proportions différentes par acteurs privés et publics. La ministre citée dans le document 9 chiffrait alors les engagements publics connus à environ 2,5 milliards ; la Cour des comptes évoquait une possible facture publique de 3 à 5 milliards, notamment parce que la sécurité et d’autres dépenses n’étaient pas toutes incluses dans les budgets initiaux. Ces estimations ne sont pas interchangeables et le chiffre final n’était pas établi à la date des documents (documents 1 et 9, p. 5–8 et 28).

Les délais incompressibles des chantiers et la sécurité peuvent conduire à des dépassements. La comparaison historique des Jeux montre que le faible nombre de constructions neuves à Paris constitue un atout, sans éliminer le risque. Un équipement n’est un héritage utile que si son fonctionnement et son entretien sont financés et si ses futurs usagers sont au rendez-vous ; sinon apparaît le risque d’« éléphant blanc ». Les restrictions de circulation peuvent aussi perturber les livraisons et l’activité des commerces pendant les compétitions. Enfin, l’effet ponctuel sur la consommation, très localisé, ne garantit pas une accélération mesurable de la croissance française : distinguer les visiteurs supplémentaires de ceux qui auraient voyagé en France de toute façon exige un bilan après l’événement (documents 1, 5, 7 et 9, p. 6–8, 16–18, 23–24 et 28).

Les Jeux offrent donc des contrats, des emplois mobilisés, une vitrine internationale et des équipements réutilisables. Leur bénéfice net ne découle pas mécaniquement de l’addition des marchés et des dépenses des visiteurs. Il dépendra des coûts publics complets, de l’activité réellement supplémentaire et de l’usage durable des infrastructures.

Courte note — L’intérêt pour la France des Jeux d’hiver 2030

Objet : Valoriser les Alpes françaises et organiser des Jeux d’hiver financièrement soutenables.

Accueillir les Jeux d’hiver en 2030 donnerait à la France une vitrine pour ses montagnes. Les Alpes disposent d’une offre touristique étendue : stations et domaines de ski, randonnée, cyclisme, alpinisme, lacs, parcs, patrimoine des villages et des villes, gastronomie et hébergements de différents niveaux. Le train et les réseaux routiers relient déjà plusieurs pôles. Les épreuves pourraient faire connaître au public international des destinations au-delà des seules stations les plus célèbres, puis encourager des séjours hors période de compétition. Cette visibilité est une occasion commerciale, pas une recette garantie : le tourisme habituel pourrait aussi être déplacé par les contraintes de l’événement.

Le projet devrait s’appuyer sur des sites sportifs existants, répartir les compétitions selon leurs capacités réelles et éviter des constructions réservées à quelques jours d’usage. Pour chaque ouvrage indispensable, un gestionnaire, un public futur, un budget d’entretien et un plan de reconversion devraient être établis avant la dépense. La neige moins fiable et les risques climatiques imposent un choix prudent des sites et des dates ; multiplier les installations artificielles coûteuses ou les déplacements entre vallées irait contre la maîtrise financière et environnementale. La desserte ferroviaire, les navettes collectives, l’accessibilité et l’hébergement doivent être dimensionnés pour les visiteurs comme pour les habitants, en évitant de bloquer l’économie locale. Les Jeux paralympiques exigent d’intégrer l’accessibilité dès la conception, et non à la fin des travaux.

La gouvernance doit réunir l’État, les régions, les communes hôtes, les opérateurs de transport, le mouvement sportif et les entreprises, avec une responsabilité claire pour chaque dépense. Un budget consolidé doit distinguer l’organisation, les ouvrages et les coûts supportés par les services publics : sécurité, transports, santé et remise en état des sites. Les recettes privées prévisibles — droits, partenariats, billetterie — doivent être évaluées avec des scénarios prudents, sans faire dépendre l’équilibre du seul afflux de touristes. Des réserves pour inflation, retard de chantier et aléas climatiques, des marchés ouverts à la concurrence et un suivi public des engagements limiteraient les dérives. Les collectivités doivent connaître à l’avance leur exposition maximale et le partage des risques en cas de dépassement.

La réussite financière se jugera aussi après 2030. Une évaluation indépendante devrait comparer les dépenses complètes aux recettes effectivement nouvelles, mesurer l’éventuel déplacement des clientèles ordinaires et suivre l’usage des équipements. L’intérêt des Jeux d’hiver serait alors d’accélérer des services utiles aux territoires alpins tout au long de l’année, sans laisser aux habitants des charges de fonctionnement disproportionnées. Cette appréciation relève ici d’une proposition argumentée ; elle ne doit pas être confondue avec les prévisions du dossier sur Paris 2024.