Corrigé inspecteur des finances publiques interne 2026 : pouvoir d’achat
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Cette proposition de correction non officielle traite l’ensemble du sujet de la session 2026, voie interne. Elle s’appuie sur les données et les documents fournis dans cette épreuve.
Le sujet officiel comporte 28 pages. Retrouvez les autres épreuves dans le catalogue du concours.
Exercice 1 — Note de synthèse : pouvoir d’achat des ménages français
Le dossier distingue l’évolution moyenne du pouvoir d’achat, le prix du panier effectivement consommé et les difficultés de certains ménages. Leur juxtaposition explique pourquoi une amélioration agrégée peut coexister avec des privations durables. Les chiffres sont ceux des études reproduites dans l’épreuve, à leurs dates respectives.
I. Après le choc de prix, un redressement moyen limité
Une hausse forte et inégale des prix. Le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge relève que l’indice des prix à la consommation a progressé d’environ 12 % de janvier 2021 à avril 2023, avec 41 % pour l’énergie et 20 % pour l’alimentation. Entre avril 2022 et avril 2023, la hausse d’ensemble est de 5,9 % ; les prix alimentaires montent alors d’environ 15 %. Ces postes pèsent davantage sur les budgets modestes et familiaux que les dépenses reportables. Le ralentissement ultérieur de l’inflation mesure une progression moins rapide : il n’efface pas le niveau de prix atteint. L’exposition dépend aussi de la composition familiale ; à caractéristiques comparables, le dossier mesure une inflation légèrement plus élevée lorsque le nombre d’enfants augmente (document 1, p. 5–7).
Les revenus ont augmenté, mais à peine plus vite que les prix en moyenne. Selon l’Insee, le revenu disponible brut des ménages croît de 8,0 % en euros courants en 2023, tandis que le prix de leur consommation augmente de 7,1 %. Le pouvoir d’achat du revenu disponible gagne ainsi 0,8 %, après 0,3 % en 2022. Rapporté aux unités de consommation, qui tiennent compte de la taille des ménages, le gain de 2023 n’est plus que de 0,3 %, après une baisse de 0,4 % en 2022. Les salaires, les prestations sociales et certains revenus du patrimoine ont soutenu le revenu ; ce dernier soutien profite cependant davantage aux ménages qui possèdent des actifs. Le taux d’épargne moyen de 2023 demeure élevé, à 16,9 %, sans décrire la capacité d’épargne de toutes les familles (document 2, p. 10–12).
Comparer les niveaux de vie exige de garder les bons indicateurs. L’Insee situe en 2021 le niveau de vie médian français à 20 600 standards de pouvoir d’achat, au-dessus de la moyenne de l’Union européenne de 18 700. Ce classement agrégé ne signifie ni que tous les ménages français disposent de cette somme, ni que leur pouvoir d’achat a suivi la même trajectoire en 2022–2024. Les écarts de revenus et de patrimoine restent importants : dans la zone euro, les 10 % les mieux dotés détiennent 54 % du patrimoine net, alors que les 40 % les moins dotés en détiennent moins de 3 %. Les marges pour absorber une hausse imprévue des prix ne sont donc pas réparties de manière égale (documents 3 et 4, p. 14–17).
II. Des contraintes persistantes pour les familles et les ménages fragiles
Les dépenses essentielles réduisent le choix. Les familles avec enfants consacrent une part importante de leur budget à l’alimentation et au logement. Le document 1 estime que l’érosion réelle des prestations familiales d’avril 2021 à avril 2023 représente environ 125 € par unité de consommation pour les familles monoparentales d’au moins deux enfants et 200 € pour les couples d’au moins trois enfants. Il s’agit d’une estimation de perte cumulée de pouvoir d’achat des prestations, pas d’une baisse nominale de même montant versée à chaque famille. En décembre 2022, 76 % des ménages avec enfants, contre 62 % des ménages sans enfant, déclaraient avoir modifié leurs habitudes de consommation à cause de l’inflation. Les restrictions portent notamment sur la qualité alimentaire et la capacité à chauffer le logement (document 1, p. 7–9).
La désinflation ne ramène pas immédiatement les achats antérieurs. Dans l’enquête citée par l’UFC-Que choisir en octobre 2024, environ deux tiers des répondants disent limiter encore leurs achats. Ce résultat décrit les personnes interrogées ; il ne doit pas être transformé en mesure exhaustive de toutes les dépenses nationales. Il éclaire néanmoins l’écart entre un indicateur moyen de revenu réel et l’expérience de ménages qui ont déjà épuisé leurs économies, renoncé à des achats ou substitué des produits moins chers (document 5, p. 18–19).
Les fragilités financières apparaissent avec retard. La Banque de France dénombre 134 803 dossiers de surendettement déposés en France métropolitaine en 2024, soit 10,8 % de plus qu’en 2023. Elle relie cette progression récente, notamment, à l’effet différé du choc inflationniste sur les budgets les plus contraints. Le niveau reste pourtant inférieur à celui de 2019 : la hausse d’une année n’annule pas la baisse de long terme. Les ménages surendettés ont, dans le dossier, un niveau de vie médian mensuel de 1 180 €, contre 2 028 € pour l’ensemble de la population, et sont plus souvent sous le seuil de pauvreté. À l’autre extrémité, l’épargne brute des ménages reste proche de ses niveaux hauts au troisième trimestre 2024 et le taux d’épargne atteint 17,7 %. Cette moyenne est compatible avec une absence de réserve chez d’autres foyers : l’épargne est inégalement répartie (documents 6 et 7, p. 20–22).
Le pouvoir d’achat moyen a donc cessé de reculer en 2023 selon l’Insee, mais sa progression par personne est faible au regard du choc antérieur. Les différences de composition familiale, de revenu et de patrimoine expliquent la persistance de difficultés concrètes derrière cette moyenne.
Exercice 2 — Courte note : prix et protectionnisme
Objet : mécanismes des prix, pouvoir d’achat et effets sociaux des barrières commerciales
I. Comment les prix se forment et touchent les ménages
Le prix d’un bien résulte de la rencontre entre la demande et l’offre, sous l’influence des coûts, de la concurrence et des règles publiques. Une demande plus forte pour une production qui ne peut augmenter immédiatement pousse le prix à la hausse. Un choc de coûts — énergie, matières premières, transport, salaires ou taux d’intérêt — peut faire monter les prix même si la demande stagne. L’augmentation du prix de l’énergie se diffuse aux produits fabriqués et transportés ; le dossier montre ainsi la forte hausse conjointe de l’énergie et de l’alimentation après 2021. Les entreprises ne répercutent pas toutes le choc au même rythme : leurs contrats, stocks, marges et la possibilité pour les clients de se tourner vers un concurrent comptent. La politique monétaire peut freiner une inflation persistante par le crédit plus cher, mais elle renchérit aussi le financement du logement et des entreprises à court terme (documents 1 et 2).
Le pouvoir d’achat compare l’évolution du revenu disponible à celle des prix du panier consommé. À revenu nominal stable, une hausse des prix réduit la quantité de biens et services accessible. Une hausse du salaire ou d’une prestation qui ne compense pas cette inflation laisse aussi le revenu réel reculer. Le panier de référence n’est toutefois pas celui de chaque famille : un foyer qui consacre davantage à la nourriture ou au chauffage subit plus fortement leur renchérissement. Il peut réduire d’autres dépenses, puiser dans son épargne ou s’endetter. Les données du surendettement et des restrictions d’achat du dossier rappellent que les effets sociaux ne se lisent pas dans la seule moyenne du revenu réel (documents 1, 5 et 6).
II. Ce que change une protection commerciale
Un droit de douane augmente le coût d’entrée d’un produit importé ; des normes, quotas ou contrôles peuvent aussi limiter les échanges. La protection peut soutenir temporairement une filière et ses emplois face à une concurrence jugée déloyale, procurer des recettes publiques et donner le temps d’investir. Pour le consommateur, elle peut cependant augmenter le prix du produit importé, mais aussi celui du produit local si la concurrence se réduit. Pour les entreprises qui utilisent des composants étrangers, le coût des intrants monte ; une partie est transmise aux prix finaux ou rogne les marges et l’investissement. L’effet dépend des possibilités de substitution, de la durée de la mesure et de la réaction des partenaires (document 8, p. 23–27).
La réponse des autres pays peut réduire les exportations de la filière que l’on cherchait à défendre et menacer les emplois correspondants. Les ménages modestes supportent proportionnellement davantage une hausse des biens courants ; les salariés d’un secteur protégé peuvent au contraire bénéficier d’emplois préservés. Il n’existe donc pas de gain social automatique pour un pays entier : il faut comparer les emplois soutenus, ceux exposés aux représailles, les prix payés par les ménages et les coûts pour les entreprises. Dans le cas UE–États-Unis décrit dans le dossier en avril 2025, la négociation et des mesures ciblées évitent de confondre riposte commerciale et amélioration du pouvoir d’achat. Cette analyse est conditionnelle : le dossier présente des annonces et des risques à sa date, pas le bilan constaté d’une politique commerciale ultérieure.