Corrigé secrétaire administratif classe normale 2025 : transformation numérique

Aller à un exercice ou une partie

Cette proposition de correction non officielle traite l’ensemble du sujet de la session 2025, voie externe et interne. Elle s’appuie sur les données et les documents fournis dans cette épreuve.

Le sujet officiel comporte 18 pages. Retrouvez les autres épreuves dans le catalogue du concours.

Note proposée

Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche
Direction des ressources humaines
Note à l’attention du chef de bureau
Objet : transformation numérique de la fonction publique, accès des usagers et évolution des métiers

La transformation numérique facilite de nombreuses démarches et renouvelle le travail administratif. Elle peut toutefois éloigner certains usagers de leurs droits et déstabiliser les pratiques professionnelles. Pour le ministère, son déploiement doit donc associer l’accessibilité du service rendu, une conduite cohérente des projets et l’accompagnement des agents.

I. Réduire la fracture numérique suppose de garantir plusieurs modalités d’accès au service public

A. Des difficultés matérielles, sociales et d’usage qui peuvent entraîner des ruptures de droits

La fracture numérique sépare les personnes qui disposent des équipements et des compétences nécessaires de celles qui ne peuvent utiliser pleinement les services numériques. L’illectronisme désigne plus précisément les difficultés à utiliser ces outils. Avoir une connexion ou un téléphone ne garantit donc pas l’autonomie dans une démarche administrative.

Les obstacles tiennent au coût ou à l’ancienneté du matériel, à l’accès à internet, à la maîtrise des interfaces et à la compréhension des demandes. Ils touchent notamment les personnes âgées, les personnes handicapées, les ménages modestes et certaines personnes jeunes. La dématérialisation peut reporter sur l’usager des tâches auparavant accompagnées : identifier le bon service, numériser les pièces, suivre un dossier ou résoudre une difficulté technique.

Le bilan publié en 2022 relève ces inégalités malgré la progression de la couverture et de l’équipement. Les réclamations relatives aux services publics constituent la majorité des saisines du Défenseur des droits ; elles ne doivent pas être toutes assimilées à des litiges numériques. Les difficultés d’accès peuvent conduire à l’abandon d’une demande et à une interruption des droits. L’égalité devant le service public doit donc guider les choix de dématérialisation.

B. Une réponse associant accès humain, médiation et qualité des démarches

Le Défenseur des droits recommande de maintenir des accueils physiques et téléphoniques, de simplifier le langage et l’ergonomie et de contrôler l’accessibilité. L’accompagnement doit permettre de réaliser la démarche sans exclure les personnes qui resteront durablement dépendantes d’une aide.

La politique d’inclusion mobilise les conseillers numériques, les lieux de médiation et Aidants Connect, qui sécurise l’intervention de professionnels pour le compte d’usagers. Les espaces France services proposent un accueil mutualisé de proximité, y compris dans des bus mobiles. Le développement du réseau répond aux besoins territoriaux ; son financement et la saturation de certains accueils demeurent des points de vigilance.

Le suivi des 250 démarches essentielles déplace l’attention vers la qualité du service en ligne. Il porte sur la réalisation complète de la démarche, la satisfaction, l’accessibilité aux personnes handicapées, la réutilisation des informations déjà détenues par l’administration et l’usage effectif de la version numérique. La simplicité du langage fait aussi l’objet d’un objectif de progression. Ces indicateurs permettent de repérer les obstacles concrets et de prioriser leur correction.

La confiance constitue un complément à cet accompagnement. La campagne de janvier 2025 portée notamment par la Caisse des Dépôts présente des situations courantes et des conseils pour sécuriser les usages, les mots de passe et les échanges en ligne. Une telle sensibilisation soutient l’autonomie sans remplacer l’assistance ni les autres voies d’accès.

II. La transformation des organisations doit s’accompagner d’une évolution préparée des compétences

A. Une stratégie interministérielle orientée vers les besoins et des outils communs

La DINUM élabore la stratégie numérique de l’État et en pilote la mise en œuvre. Sa feuille de route de mars 2023 retient quatre priorités : transformer la conduite des projets, renforcer les compétences internes, mieux exploiter les données et préserver la souveraineté grâce à des outils mutualisés.

La conduite des projets doit associer les métiers et les compétences techniques au sein d’équipes pluridisciplinaires. L’expérimentation, les améliorations successives et la mesure régulière des effets doivent permettre d’ajuster les services aux besoins réels. L’exploitation des données peut simplifier les démarches et éclairer l’action des agents ; elle suppose un cadre assurant la maîtrise des informations et la sécurité des échanges. L’accessibilité et l’écoresponsabilité sont également intégrées à la doctrine numérique publique.

La Suite numérique, présentée en mai 2024, illustre cette mutualisation. Elle rassemble des services interconnectés de communication et de collaboration, notamment Tchap, les outils de réunion à distance, FranceTransfert et Resana. L’authentification commune facilite l’accès ; les logiciels libres et les infrastructures sécurisées contribuent à la maîtrise des outils. Certains services sont déjà largement utilisés, d’autres restent expérimentaux : leur généralisation nécessite des retours d’usage et une participation des ministères.

La Cour des comptes souligne en juillet 2024 les difficultés d’un pilotage affecté par des changements d’orientation et de direction. Elle préconise une gouvernance interministérielle durable, une stratégie comprenant objectifs et jalons ainsi qu’une meilleure connaissance des dépenses. Le renforcement du contrôle des grands projets et l’écoute des besoins ministériels doivent consolider le rôle de la DINUM. La construction d’une filière de ressources humaines numériques participe à cette capacité de pilotage.

B. Des perspectives professionnelles qui exigent un accompagnement des agents

L’étude prospective de la DITP analyse seize familles de métiers des fonctions publiques de l’État et hospitalière. Elle estime que plus de 70 % des 3,5 millions d’agents de son périmètre pourraient connaître une transformation sensible de leur métier. Ce potentiel ne constitue ni une prévision de suppressions d’emplois ni une mesure couvrant indistinctement les trois fonctions publiques.

L’automatisation des tâches répétitives, l’accès plus rapide aux données et les outils d’analyse peuvent dégager du temps pour l’accueil, l’expertise et les situations complexes. Les agents doivent toutefois comprendre le sens des évolutions et acquérir les pratiques nécessaires. Les risques de déploiement, les investissements et la complexité des organisations interdisent de considérer les gains comme automatiques.

La DRH a donc intérêt à cartographier les métiers, les tâches et les compétences, puis à identifier les formations et les mobilités nécessaires dans une démarche de gestion prévisionnelle. Les trajectoires numériques doivent être priorisées avec les services métiers. L’accompagnement de proximité et le partage des expériences facilitent l’appropriation et permettent de corriger les difficultés. L’évaluation doit enfin porter sur le temps réellement utile libéré et sur la qualité de l’interaction avec l’usager, pour que la transformation des outils soutienne effectivement les missions du service public.